#WIP 3 | rue Saint-Joseph (un hiver à Québec)

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D’août 2009 à juin 2010, grâce à l’invitation de l’Institut canadien d’une part, des universités Laval/Québec et Udem/Montrél, nous vivrons comme une très grande chance la possibilité qui nous est offerte de vivre un an à et au Québec. Année de profonde mise en cause certainement, par le choc des espaces naturels, à mesure de nos découvertes. Par l’importance que prennent ces deux villes qui ancrent notre séjour, Québec et Montréal. Par les échappées vers Ottawa et Toronto, ou vers les US et ce que ça change de découvrir Boston ou revenir à New York sans quitter l’Amérique.

Mon site témoignera de cette influence retour, notamment via les textes qui deviendront Formes d’une guerre.

Ces écritures, dès la fin du séjour Québec, dans cette suite de semaines un peu funambules et pour nous très solitaires, plus de cours à la fac (ni les paiements qui justifiaient et permettaient le séjour) – mais de longues échappées grâce au faible coût des locations de voiture –, j’essaye d’aller plus loin avec ces textes, et c’est la rue où nous habitons, un lieu urbain emblématique du vieux Québec, qui les organise.

La rue Saint-Joseph, c’est, juste à notre porte, un espace urbain en contrebas de la vieille ville, lesté d’échangeurs urbains. Un lieu avec la présence de deux équipements pour les sans-abri, et qui porte les cicatrices de plusieurs tentatives de reconfiguration (la rue un temps fut même couverte). D’étranges galeries commerciales semi-vides et investies par les vitrines des machines de fitness à la mode. Mais c’est aussi le trajet pour rejoindre la bibliothèque municipale (étrange rapport à cette bibliothèque Gabrielle-Roy, où je vais le soir entre 18h et 20h, ou bien le dimanche après-midi, souvent moins pour lire que pour écrire, et dans des heures où en France l’accès ne m’en serait pas permis), ou bien la rue aussi qu’on traverse pour rejoindre le port et le fleuve.

Un texte sur Montréal, ville de vent, de nuit et de sable. Un texte sur ces transits dans le bus Orléans-Express entre les deux villes (voir traces dans mon journal images), un texte sur cette sensation dure de toute ville américaine quand on les vit en piéton, et j’y insère deux éléments pour moi indissociables, un diptyque sur l’immense écrivain canadienne (non québécoise) qu’est Gabrielle Roy, et la mort au Canada du français Louis Hémon.

Je commence à disposer de ce que je ressentais : un texte compact, dense et noir, qui témoigne de l’évolution de mon rapport à la ville et à l’écriture de la ville.

Au retour j’enverrai ce texte de 110 pages à Verdier, où je n’ai plus publié depuis 2002, mais c’est un moment difficile pour eux après la récente mort de Gérard Bobillier, je n’aurai même pas de réponse. Je garde ce texte avec moi depuis lors, j’y reviens, change une phrase ici et là, repars d’une des 4000 ou 7000 photographies numériques faites cette année-là.

C’est bien l’esprit dans lequel je veux élaborer ici cet espace : textes édités avec l’ergonomie du « vrai » livre (InDesign, version epub peut-être à suivre mais je ne suis pas sûr), lecture mode PDF sur ordi ou tablette, et la possibilité laissée au texte de continuer son mûrissement ou son évolution.

Il s’agit vraiment ici d’accueillir, comme ces heures du soir ou du dimanche dans la bibliothèque Gabrielle-Roy, d’accueillir dans sa propre bibliothèque. Entre les livres et le site, trouver un chemin intermédiaire, un autre mode de rapport. Question de respiration, mais des fois aussi je pense question de survie. Et tout simplement d’abord la libre possibilité de créer, rester maître de ses productions, dont l’ancien contrat d’édition nous dépossédait pour la durée de la propriété intellectuelle, soit 70 ans post-mortem (époque à laquelle il me sera difficile de revenir mettre mes textes en ligne – c’est peut-être pour ça, d’ailleurs, le texte sur le funnarium de Québec à la fin de cette Rue Saint-Joseph).

Bonne lecture donc. Ci-dessous à quoi ressemble ce matin la page d’accueil de l’espace WIP (comme Work In Progress), ça évoluera bien sûr à mesure qu’il accueillera plus de ressources.

 


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1ère mise en ligne et dernière modification le 19 janvier 2014
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