livres qui vous ont fait | Mallarmé, Pour un tombeau d’Anatole

quand l’écriture doit se refuser à devenir livre


Même dans les sommets absolus (Crise de vers, La musique et les lettres), ou les « tombeaux » et la poésie (Basse de basalte et de lave / À même les échos esclaves...), Mallarmé ne se livre pas : on surplombe d’étranges transparences et encore bien plus d’inconnu. Et tellement de difficulté à faire cadrer ça avec la biographie médiocre, entre yole à voile et adultère standard.

Et puis des monuments, comme Un coup de dés jamais n’abolira le hasard, qui semblent là des météorites.

Sans compter que le Pléiade de l’époque, fait par monsieur le médecin son gendre, aidait moins que les vertigineux aperçus de Maurice Blanchot (et quelques autres, mais de combien d’auteurs Blanchot nous a-t-il autorisé la lecture ?).

Alors ce Pour un tombeau d’Anatole, publié dans cette collection du Seuil au magnifique intitulé venu droit du Tiers Livre de Rabelais : Je ne construis que pierres vives, ce sont hommes, mais à l’intérieur l’insert du dépliant avec les sommaires de la revue Tel Quel, un autre mystère : livre qui aurait pu être un livre, mais se refuse à être un livre. L’écriture privée de son accomplissement. Oui, mais c’est ce qu’on fait pour soi-même, dans l’obéissance, voire la terreur, quand on est confronté à la mort d’un enfant. Anatole, huit ans. Dire les yeux de l’enfant, et dire les yeux de l’enfant mort.

Mallarmé s’interdit le livre au nom même de ce que porte et désigne l’écriture, elle implacable, elle nécessaire.

Et qu’on ait cette leçon à recueillir. Je ne savais pas que j’aurais en permanence cette frontière à négocier dans mes travaux narratifs, ou plus tard le web même. Toute valeur d’échelle prise en compte bien sûr.

En convergence avec cette lumière froide que Tel Quel portait (je pense à Drame de Sollers, au Seuil aussi), sur la littérature même.

 

LES MOTS-CLÉS :

responsable publication françois bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 23 avril 2014
merci aux 928 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page