024 | 47°24’29.09 N – 0°41’03.93 E

mesquineries de la recomposition urbaine non maîtrisée : entre la Tranchée et la place René-Coty, misère de la ville en pente


 

- ceci est le 24ème rond-point visité, voir liste des précédents ;

- première visite ? voir la présentation générale du projet, qui inclut aussi des invitations et un journal ;

- état actuel du protocole : vues depuis le rond-point devenu chambre à photographier la ville (14 photos) ; vues du rond-point depuis son pourtour (3 photos) ; vue de l’intérieur du rond-point (3 photos) ; vue aérienne (cc @mappy.com) avec le rond-point dans son contexte (1 copie écran) ; vidéo lecture (3’35), vidéo captation neutre (3’25) ; un livre enterré (voir protocole livres enterrés) ;

- performances YouTube la littérature se crie dans les ronds-points ;

- en partenariat Pôle des arts urbains Saint-Pierre des Corps (pOlau) & Ciclic.

 

journal de voyage


Une ville qui se reconstruit sur elle-même, couche après couche, et sans toucher à l’organisation des rues et des murs, c’est un peu comme ces cimetières en recomposition permanente. L’espace n’est pas souple.

En bas, le fleuve, la rue qui escalade (la Tranchée), et tout en haut une recomposition urbaine avec ses maisons de ciment, son église, et une place qu’on avait modelée à l’ancienne, rectangulaire, avec sa Poste et la banque. Deux fois par semaine, les mercredi et samedi matin, la place Coty accueille un marché, campement nomade, artisans légumiers et charcutiers, et la ville alentour se redonne l’impression d’être piétonne et conviviale.

Mais la Poste n’est plus un lieu de symbolique sociale, et juste à côté il y a le gros central opaque et cubique : ce qui irrigue la ville en numérique ne lui confère pas d’animation précise ici. Moi je suis à 3 600 mètres du central, qui émet un fil de cuivre par personne reliée, il ne me reste plus que la moitié de la bande-passante mais les rodomontades des politiques sur modernité et numérique ne s’intéressent pas à ces détails. Et, sur la place, près de l’auto)école et de la médecine du travail, cet établissement de rachat de crédits a des allures de croque-mort de la finance : ça indique plus la misère que ça ne la soulage.

Cet hétéroclite des rues : une expo-vente de micro-maisons, ces particuliers avec couloir donnant sur petit jardin à l’arrière, mais souvent on voit des volets clos. Et quand il peut s’en démolir une petite grappe, ce sont ces résidences qui prennent la place, avec leurs parkings fermés. L’important, c’est d’entasser de la famille au mètre carré.

Je descends les petites rues en pente. Un ancien couvent. De ces maisons bourgeoises avec parc, qui avaient profité de la position en surplomb de la ville, à l’écart du bon peuple. Chacune rogne sur l’ancien parc pour vendre ce qu’on peut aux promoteurs. Il n’y a pas de plan d’ensemble, rien que des entassements. C’est l’idéal pour les maisons de retraite. Les silhouettes vont lentement dans les rues sans aucune activité sociale possible.

Juste au-dessus du petit rond-point que j’ai choisi, un long mur, et sur la photo aérienne rien qu’un terrain libre – le seul – avec au milieu une bâtisse carrée et puis des plots réguliers. Pompage de nappe phréatique je suppose ?

Plus bas, le restaurant du chef Bardet, qui cultivait lui-même ses légumes, est devenu l’enceinte bien protégée d’un hôtel de luxe. Juste au-dessous, après le collège Léonard-de-Vinci, la clinique Saint-Augustin transférée en haut de ville sur la rocade, beaucoup plus fonctionnel (un pôle au sud, un pôle au nord, ce sont des industries prospères), a été démolie pour être remplacée elle aussi par des logements avec parking fermé.

C’est la ville dans sa vieille densité. Les jardins cessent, le béton s’organise. L’idée d’un paysage naturel, cette haute marche qui séparait la ville niveau fleuve de la ville niveau plateau, est mangée aux mites.

C’est ce qu’il rumine, cet étrange rond-point auquel on a imposé les mêmes proportions que l’urbanisme : mesquines.

On la sauvera comment, ici, la ville ?

 

éléments contingents et factuels


Comme le rond-point récemment exploré à la Rotonde, juste trois panneaux dont je sais désormais (et vérifie) qu’ils sont sur monture basculable. À leur sommet, un trou de 40 mm dans le plastique, j’ai apporté un livre de poésie non coupé, je le roule et l’y enfonce, sûr qu’il ne pourra pas sortir, mais on peut en déposer d’autres. Plus tard, je vois cette petite maison avec les cages à oiseaux colorées, je me dis que j’aurais dû les lui mettre dans la boîte aux lettres et lui faire la surprise, à cet inconnu. Mais respectons cette idée de la ville dont la carte devient lentement une bibliothèque secrète. Comme je voulais être mobile, j’ai laissé l’appareil en auto-focus mais il fait un craquement du diable, désolé. Heureusement que ça aussi ça fait partie du jeu, c’est toujours mieux que les photos de chats ou de canards sur Facebook.

 

ce que le rond-point voit de la ville


 

le rond-point vu depuis ce qui l’entoure


 

intérieur du rond-point, vue aérienne et vidéo


 

 


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François Bon © Tiers Livre Éditeur, tous droits réservés
1ère mise en ligne et dernière modification le 24 février 2015
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