dans ma bibliothèque | Céline, Rabelais il a raté son coup

en 1981, le Cahier de l’Herne consacré à Céline nous immerge dans son atelier, ses lettres et nous donne accès à ses inédits

François Bon © Tiers Livre Éditeur, tous droits réservés
1ère mise en ligne et dernière modification le 22 février 2015
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Si j’ai lu Céline tardivement, ce n’était pas pour la mauvaise réputation ou les oukazes de l’époque, plutôt que l’accès à la littérature s’est fait par d’autres chemins, il y en les traces ici. Le choc a été à peu près simultané, Faulkner et Voyage au bout de la nuit, et pour moi ça voulait dire l’autorisation romanesque, la compréhension du charroi. Une part des monologues de Sortie d’usine doit y trouver sa loi rythmique.

Évidemment, sur Céline je n’ai jamais fait marche arrière – il y a des continents de textes que je n’ai pas lus, toute la partie Guignol’s Band, pamphlets, mais la trilogie D’un château l’autre, Nord, Rigodon qui pour se dispenser de l’affronter ? Et nous avons eu la chance, avec la parution des Pléiade et les essais de Henri Godard, d’avoir à notre disposition, pour littérature et politique au sens le plus général, d’un outillage entièrement neuf, où l’écriture passait d’abord.

Quand ce Cahier de l’Herne est paru, en 1981, je suppose que les céliniens familiers de l’oeuvre avaient déjà accès à ces textes devenus collectors, mais ce n’était pas mon cas. D’un seul coup, nous arrivait enfin l’atelier de Louis-Ferdinand Céline. Son travail avec Semmelweis, son chemin dans la médecine sociale. Et puis une position littéraire. Dans la préface qu’il donne au Bezons d’Albert Serrouille, cette première phrase : « Pauvre banlieue parisienne, paillasson devant la ville où chacun s’essuie les pieds, crache un bon coup, passe, qui songe à elle ? » Pour moi c’était décisif. Et aussi le texte maintenant canonique, Rabelais il a raté son coup : « Mais non, en littérature faut rester propre. La mort le guettait, et ça inspire, la mort ! c’est même la seule chose qui inspire, je le sais, quand elle est là, juste derrière. Quand la mort est en colère. »

Les Cahiers de l’Herne c’était une magnifique collection, une sorte de coup de gong à côté de l’oeuvre, qui la solidifiait à distance, montrait les entrées. J’ai eu aussi Borges, Michaux. Mais là, n° 3 et 5 c’était un numéro double, une ouverture. Il n’a jamais quitté mon noyau des livres, pas plus que les 2 Pléiade avec Voyage, Mort à crédit et la trilogie Nord. Je suis surpris d’y retrouver Francis Ponge, mais c’est plutôt du détournement d’éditeur (Sollers ?) que publier la lettre par laquelle Ponge décline la proposition à écrire. Mais quel régal à y retrouver Leo Spitzer, et à côté de Jean Ray... Et Ponge y va quand même d’un bang ! bang ! qui tendrait à prouver que s’il décline, c’est en connaissance de cause.

C’est curieux, en un an j’ai reçu 3 propositions successives, amicales et insistantes, de participer à des numéros des Cahiers de l’Herne (Blanchot, Kafka, et Perec en préparation). La 1ère fois j’avais promis, la 2ème avec réserve et la 3ème j’ai décliné : en moi c’était vraiment un honneur. Mais intérieurement j’aurais écrit dans les Cahiers de l’Herne il y a 30 ans – ce gros volume, qui vous ouvrait les caves et greniers de l’auteur, c’était un émerveillement de lecteur. Je ne peux pas transgresser cette position-là, ce n’est pas pour moi, d’écrire dans ces numéros.

 

 


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