032 | 47°19’20.29 N – 0°42’33.22 E

de la commercialisation de fausse nature dans la ville, et de l’orthographe des vautours


 

- ceci est le 32ème rond-point visité, voir liste des précédents ;

- première visite ? voir la présentation générale du projet, qui inclut aussi des invitations et un journal ;

- état actuel du protocole : vues depuis le rond-point devenu chambre à photographier la ville (9 photos) ; vues du rond-point depuis son pourtour (2 photos) ; vue de l’intérieur du rond-point (3 photos) ; vue aérienne © mappy.com avec le rond-point dans son contexte (1 copie écran) ; vidéo lecture (5’26), vidéo captation neutre (1’20) ; un livre enterré (voir protocole livres enterrés) ;

- performances YouTube la littérature se crie dans les ronds-points ;

- en partenariat Pôle des arts urbains Saint-Pierre des Corps (pOlau) & Ciclic.

 

journal de voyage


« Située à l’entrée de ville, à proximité d’une zone d’activités commerciales, la parcelle offre un magnifique paysage agricole rural. Spécificités qui marquent clairement les enjeux de cette étude : s’écarter des clichés habituels d’entrée de ville poluée par la concentration des enseignes commerciales, établir une zone dynamique dédiée aux loisirs, sauvegarder l’identité première du paysage existant. Le projet, tout de bois vêtue, se veut, alors, respectueux et imite les mouvements naturels de terrain et le relief dans le but de donner l’idée d’une colline. » Il semble que la Compagnie de Phalsbourg, domiciliée place Vendôme à Paris, promoteur et chef de chantier, qui veut nous montrer ce que c’est que la vraie campagne, n’a pas idée qu’en Indre-et-Loire on sache l’orthographe Ô puisque c’est écrit ainsi sur le site du projet Soit c’est des tocards au rabais, et honte à Chambray-les-Tours de leur abandonner ces 40 000 m2 – non non, rien de moins – où se remplir les poches et vider les nôtres, soit c’est des incultes incompétents notoires, qui n’ont pas le niveau brevet des collèges. Que connaissent-ils à la pollution, s’ils ne savent même pas les 2 L, plus 2 fautes d’accord énormes. Puis franchement retail park ça fait mieux que centre commercial, juste pour un peu d’herbe autour ? On se fiche de la gueule de qui ? Ils appellent ça « paysage agricole », vous y voyez une tête de maïs, vous ? Vous lisez un peu du grand Gilles Clément, vous prenez bien les mots, vous enlevez tout ce qui ressemblerait à de la pensée et délayez dans 3 litres d’eau puis vous servez aux naïfs, avec acompte je suppose – sauf que Gilles Clément n’aurait pas fait de faute d’orthographe. Que voulez-vous, la France n’est plus coloniale, alors on colonise de Paris à la province. N’empêche qu’on aimerait bien savoir les histoires de gros sous qui justifient qu’on fasse un tel crime contre la langue pour le droit d’une telle plaie à la terre. Franchement, les d’jeun’s qu’ils ont copié-coller sur la photo, ils n’ont rien de mieux où aller que de se coller à la rocade pour voir le Leroy-Merlin en fasse, et Phalsbourg il s’imagine que nous on ne se retourne pas, quand on regarde une photo, pour voir ce qu’il y a derrière le photographe ?

Reste qu’on aimerait bien savoir ce qu’ils vont en faire, du paysage : d’accord, ce sera protégé des enseignes commerciales. Mais qu’on se retourne et qu’on regarde l’autre côté de la route, ils vont démolir le Leroy-Merlin, ils sont cap ? Et « les mouvements naturels du terrain » ? Quelle prouesse, il est entièrement plat. Il ne s’agit que de racler le bitume et mettre de l’herbe à la place. Il s’agit de nous vendre quoi, au fait ? On n’a pas assez de belle campagne partout autour, qu’on veut nous en faire de la fausse entre voie du TGV et autoroute, là où personne ne vient jamais volontairement ?

C’est en tout cas d’être passé devant ce chantier l’autre jour qui m’a donné envie de revenir. Les machines sont belles. Je n’avais aucune idée de ce qui était le projet ici. J’ai marché comme j’ai pu, frôlé par la 4 voies puisque rien pour les piétons, et j’ai rejoint la pyramide conique du rond-point.

Surprise, là au milieu, et malgré les 100 décibels permanents de la circulation de fin d’après-midi, vrombissant aux quatre coins de mon horizon, une sorte de petite clairière circulaire. Comme le haut d’un tout petit cratère. Il restait les vents aussi, surgissant là des quatre coins du monde.

Mais d’un coup, à nouveau, ce coup de force du rond-point : là où les désorthographiés incultes du gros argent raclent le leur à même notre paysage, le rond-point est un lieu séparé de toutes les maladies qui vous encerclent.

 

éléments contingents et factuels


Je l’avoue, j’ai craqué, je n’ai pas respecté mon protocole. Un vacarme terrible de voitures, courir pour parvenir à traverser, et puis en haut du cône, en surplomb de la Terre, avec vue sur la Nationale 10 retrouvant son énergie nerveuse après la ville, cette clairière ventée mais où personne ne vous dérangera jamais. J’avais prévu de lire quelques pages du Dépaysement de Jean-Christophe Bailly, et d’enterrer soigneusement dans la caillasse un très beau livre (j’ai dit combien il importait à mon projet que cette bibliothèque dispersée sur la carte de la ville soit une véritable mémoire de la littérature), un livre qui m’importe : Dans la lumière des saisons de Charles Juliet. Il se trouve que j’en ai plusieurs exemplaires, dont 2 dédicacés, c’est une histoire que je raconterai plus tard mais pas maintenant (à moins que d’autres puissent me donner même témoignage pour ce titre ?) Mais je me souvenais si bien, dans ce livre, de la descente vers la source. Alors c’est Dans la lumière des saisons que j’ai lu, tout coïncidait, et je n’ai pu me résoudre à l’abandonner. À prochaine expédition ronds-points côté sud j’emporterai un autre livre, spécialement voué à ce 32ème de la série. Je fais une tête bizarre au milieu de la vidéo (j’ai la mouffette sur le micro, mais le vent était vraiment terrible), c’est parce que 2 motards de la maréchaussée, m’apercevant avec mon pied photo et mon livre, ont fait un tour du rond-point pour rien, puis se sont arrêtés, sont descendus de leurs montures bleu inox pour m’observer. J’aurais bien voulu qu’ils me rejoignent, j’aurais laissé tourner l’enregistrement mais non. Ils m’ont considéré pensivement, ont examiné probablement aussi la difficulté de traverser en courant pour rejoindre mon cratère, et sont repartis un peu plus loin, juste sur le pont au-dessus de l’autoroute, où ils sont sortis leur lunette à vitesse. En faisant bien ronfler leurs motos (on les entend distinctement sur la vidéo, l’une après l’autre) pour montrer leur désapprobation, malgré le consentement dédaigneusement accordé. Chacun son métier, les ronds-points sont bien gardés.

 

ce que le rond-point voit de la ville


 

le rond-point vu depuis ce qui l’entoure


 

intérieur du rond-point, vue aérienne et vidéo d’ambiance


 

 


recevoir le livre lu

François Bon © Tiers Livre Éditeur, tous droits réservés
1ère mise en ligne et dernière modification le 12 avril 2015
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