histoires bizarres

pour une grammaire du scénario immersif, suite


partis _ l’échange _ la porte
puits _ pendule _ fable brève et simple

 

| partis |

Une maison vide, ou qui semble l’être.

On est dans la pièce principale. Des escaliers montent à l’étage.

On devine un couloir, et d’autres pièces.

L’environnement est banal. Jardin privatif. Ça pourrait être des milliers et milliers de maisons pareilles.

On devine les maisons voisines proches, mais indifférentes.

La maison a été habitée : plutôt comme si on l’avait vidée, ou après un déménagement.

Le personnage revient vers la caméra, parle à la caméra comme quelqu’un vous parlerait trop près de la bouche :

« C’est un drame. Ou pas. On n’a jamais su. Ils sont partis, c’est tout. Nous avons repris les lieux. Il ne restait rien. »

L’homme s’est déplacé autour de la caméra, a ouvert une porte-fenêtre, on devine une rue, elle non plus n’a rien d’extraordinaire.

« Tout le monde voit tout le monde, qu’est-ce qu’il aurait pu se passer de grave. »

On est dans l’escalier qui descend à un réduit en sous-sol. Il reste une machine à laver et un sèche-linge, des étagères en métal, une bicyclette.

« Des gens comme tout le monde. Des gens qui vivent la vie de tout le monde. Vous voulez quoi, sonder les murs ? »

Pourtant une impression de confinement, d’immense isolement ça pourrait être une chambre de torture. Mais il y a une vitre dépolie sur le haut, on devine la lumière du jour, tout est banal, si banal.

« Remontons, si vous le voulez bien. »

On est remonté à l’étage principal. Depuis le couloir, on voit l’homme dans le milieu d’une pièce nue, sol parquet flottant, murs blancs plâtrés, aucune ouverture ni fenêtre.

« On vous a fait venir pour cela. Je n’étais pas d’accord, mais ils veulent. Cette pièce n’était pas dans le plan initial. À quoi sert une pièce comme cela. Ils y faisaient quoi. »

Caméra immersive dans le centre même de la pièce. L’homme revenu dans la porte donnant sur le couloir.

« On a retrouvé ces vêtements, ici, dans le coin. »

Déplacement de la caméra dans la pièce vide.

« On dit qu’ils s’y rassemblaient. On dit qu’on a trouvé cette porte fermée à clé, sans clé. Alors, il se serait passé quoi ? Pourquoi ces vêtements ? »

Caméra revient au centre de la pièce, effectue rotation. La porte reste ouverte, mais l’homme a disparu.

Caméra isolée dans la pièce vide, elle semble se contracter, les bords s’arrondir.

Un escalier se dessine en transparence dans le sol, vers l’angle où on a trouvé des vêtements.

Un escalier étroit, qui descend comme sans limite perceptible. On perçoit visiblement, à ces vêtements sur le sol, qu’un courant d’air en provient.

L’homme est revenu dans l’encadrement de la porte.

« Et vous pourriez quoi de plus que nous autres, vous sauriez quoi de plus que nous autres ? »

L’homme est devenu jusqu’à la caméra, maintenant dans l’angle opposé de la pièce, et c’est de nouveau comme quelqu’un qui vous parlerait trop près de la bouche.

« Tout ça est malsain. Je vous le dis, tout ça est malsain. »

L’escalier a disparu. Il n’y a plus que ce parquet flottant, très ordinaire, légèrement brillant.

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| l’échange |

On reconnaît facilement ce type de bureau, on a tous été reçus ou bien travaillé dans ce type de bureau.

Il y a un vieil ordinateur, une photocopieuse, des armoires avec des dossiers, des plantes en pot dont on ne sait pas si elles sont naturelles ou artificielles, des notes de service et des publicités accrochées sur les murs.

Ça pourrait être une administration, une bibliothèque, une entreprise.

Une cloison de verre dépoli sur cadre de bois coupe le champ. Elle semble plus ancienne que le reste de la pièce. Dans un open space on a voulu isoler, comme à la CAF ou la sécurité sociale, là on parle avec un visiteur.

Tout tient à la façon dont la caméra donnera l’impression subjective d’être le personnage assis à ce bureau. Les mains, les jambes, les mouvements de tête du personnage principal sont perceptibles. On est à sa place, on perçoit la pièce comme d’être lui.

L’homme qui entre vient s’asseoir devant. On le distingue malaisément à cause de la vitre dépolie. Mais on verra bien, à lui aussi, ses mains, épaules, silhouettes, profil ou fragment de visage.

« Vous avez fini par revenir ?

– Je suis revenu.

– Vous attendez quoi ? Il n’y a pas de solution.

– La solution consiste à réessayer, à retenter.

– Nous n’y parviendrons pas.

– Nous y sommes parvenus, une fois.

– Ça n’a duré qu’une minute.

– Le principe est le même. Voulez-vous que nous y arrivions, ou pas ? »

Les mains de l’homme-caméra et les mains de l’homme-acteur se joignent. Elles sont de complexion très différentes.

« Il vous reste à me dire…

– Je vous ai tout dit.

– Sauf…

– Dites, vous.

– Vous acceptez, pourquoi ? »

Les deux hommes se tiennent chacun les mains près du coude de l’autre, les avant-bras liés. La caméra-acteur contraint à percevoir de très près le visage de l’homme-acteur.

« Je suis errant, je suis sans ancrage, ma vie est précaire, tout le contraire de la vôtre.

– Et si c’est cela qui me manquait ?

– Sans garantie de revenir ?

– Vous en déciderez. »

La caméra subjective est toujours à la même place, position assise devant le bureau. L’homme-acteur partiellement occulté par le verre dépoli, sa silhouette et une part de son visage reconnaissables. Les deux paires d’avant-bras sont toujours accolées, serrées.

« Vous savez ce vous perdez ?

– Je sais ce que je peux gagner. »

La caméra subjective à la même place. La position des deux paires d’avant-bras maintenant inversée. La silhouette et le visage occultés en partie par le verre dépoli sont dans l’exacte même position, mais ont changé.

L’homme-acteur se lève puis s’éloigne, la caméra subjective reste en place et le fixe tout le temps qu’il recule puis s’en va. C’est un autre acteur. Un autre visage.

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| la porte |

Dans un couloir plutôt sombre. Caméra avance. Des portes successives s’ouvrent. Comme de la méfiance. Les chambres semblent remarquablement identiques quant à la forme et à l’espace, mais des univers et des décorations très différents. On devine des silhouettes, pas envie d’entrer en relation.

Une porte ouvre sur un genre de sas. Dans ce sas, plusieurs autres portes. Pension ou habitat collectif avec confinement. Une des portes de ce sas ouvre sur un espace sanitaire et douche commune. Puis ouvrir la porte de la chambre.

La chambre est rectangulaire, elle comporte un lit une place contre le mur, une table et une chaise dans l’autre angle, une fenêtre sur rue à l’extrémité, et une porte d’entrée, là où on est d’abord placé pour voir. Il y a aussi une étagère standard avec quelques livres et objets sur le haut, des vêtements en bas. Ça fait chambre d’étudiant, ou chambre louée meublée, mais pas exactement. C’est une impression de ne pas habiter, quelque chose d’un peu instable.

La silhouette est peu identifiable, très lisse. On l’a suivie. L’acteur est conscient de la présence caméra, le montre, mais fait comme s’il était seul. Se met sur son lit et dit « le lit », s’assied à la table et lance « la table ». Montre la fenêtre et dit « la fenêtre », puis l’ouvre et dit « sur rue ».

La caméra est installée plus près de la fenêtre. L’acteur semble inquiet ou préoccupé. Occupe différents points de l’espace. Ne s’adresse plus à la caméra.

Parce qu’on le suit, on ne s’aperçoit pas immédiatement que derrière le lit une autre porte est ouverte, donnant sur un sas comme le premier aperçu, mais pas lui exactement (qui donne sur l’autre porte, bien visible et fixe depuis l’emplacement caméra).

« Parce que je ne m’étais jamais aperçu qu’il y a cette autre porte. Juste là, vous pensez, juste près du lit, près d’où je dors, presque à ma tête. »

L’acteur referme et rouvre la porte, l’essaye.

« Mais c’est ça l’étonnant : pourquoi je ne m’étais pas aperçu de cette porte ? Parce qu’elle n’existe pas en permanence. Existe surtout quand je dors. Alors quoi, vous iriez de l’autre côté, vous ? »

Pendant qu’il parle, s’adressant à la caméra-spectateur, il se déplace. On n’a pas remarqué tout de suite que la porte a disparu. Le mur est lisse, tout blanc.

« Vous voyez, vous voyez… Enfin non, vous ne voyez pas, et pour cause : elle n’y est plus, la porte… »

L’acteur est face caméra, s’interpose entre la caméra et la chambre vue en perspective depuis la fenêtre. Si on explore la vue 360 derrière la caméra, on découvre que la rue en bas est en très léger décalage temporel. On a toutes les preuves dans la chambre que c’est le monde au présent, il y a même des objets qui en témoignent (écran plat de télé ou d’ordi ?), mais dans la rue en bas tout est plus ralenti, tout est plus monochrome, et les vêtements, sacs, véhicules plus anciens.

« Et une fois un homme est entré. Ah, mais très gentil. Et vous savez quoi, il m’a tendu la main, avec un grand sourire : – Soyons amis, m’a-t-il dit. Et moi, moi je tremblais. Pourquoi ? Cet homme-là c’était moi, moi exactement, exactement moi. »

À mesure qu’il parle une silhouette dédoublée est entrée par la porte revenue, qui s’est légèrement entrebâillée. La silhouette est venue derrière l’acteur. C’est lui-même trait pour trait. Il n’y aurait que les vêtements, la coupe de cheveux, un sac tenu à la main, pour induire un léger décalage : la silhouette appartient au temps de la rue.

« Et comment je fais, depuis, pour dormir ? Et où j’irais, où je déménagerais ? Je suis là sur le lit, je suis là à la table, je travaille, je lis, parfois j’éteins, je reste dans le noir, la lumière de la rue, mais dormir non, dormir plus possible. »

L’homme ne s’est pas aperçu du tout de ce qui pour nous est manifeste, cette silhouette double de lui-même qui s’était mise dans son dos, à quelques centimètres, avec le même sourire, et que lui ne voyait pas, contrairement à nous.

Et maintenant, que lui l’homme s’agite en parlant, se déplaçant dans la chambre, il continue de ne pas la remarquer. Pas la remarquer du tout.

« Alors vous comprenez, ce que c’est d’avoir peur ? Vous comprenez, ce que c’est d’habiter ici, dans cette chambre, dans le couloir, derrière cette fenêtre ? »

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| puits |

Grand immeuble en construction. Chantier pas fini. Sur la structure centrale on continue d’élever des plateaux. Les niveaux inférieurs sont en finition.

Au-dessus, les grues. A ce niveau, des plateaux nus et encombrés de câbles, de structures secondaires, sans parois extérieures sur plusieurs étages.

C’est la nuit. Beaucoup de lumières : la ville, le chantier.

Au centre, il n’y a pas d’ascenseur, rien qu’un vide sans limite, puits rectangulaire qui s’abîme dans le noir.

Une femme jeune, engoncée dans un manteau. Penchée sur le vide central du puits d’ascenseur – difficile de savoir, mais probablement quelque chose comme un quinzième étage. La caméra est loin, aux frontières du plateau.

Quand la jeune femme se retourne, on suit son regard : une autre silhouette, au manteau presque semblable – femme qu’on devine plus âgée – s’approche depuis un autre point éloigné du plateau et avance vers elle. Mais un déplacement comme très lent, précautionneux.

Puis caméra à la place de la jeune femme : on est littéralement au-dessus du vide, il aspire. Quand on s’en détache, et qu’on explore les zones périphériques, aperçoit l’autre femme qui continue son approche, lente mais déterminée, regardant fixement le point-caméra.

Puis caméra en situation objective : de l’autre côté du puits vertigineux. Dans le fond du plan, les deux femmes, la jeune et la moins jeune, aux deux manteaux semblables, en situation de face à face. Dans une autre zone du plateau, invisible pour les deux femmes, un homme en casque, gilet réfléchissant et bottes de chantier, progresse vers elles à travers les différents obstacles du sol, étais, bobines de câbles, palettes de matériaux.

Puis caméra selon trajet du surveillant de chantier. Les obstacles rencontrés sur le chemin marquent sa progression, on comprend la hâte, on comprend le souhait de ne pas être détecté. Dans un angle de la vue sphérique, le face à face immobile des deux femmes.

Puis caméra face femme jeune. Dans son dos, le vide. Visage gros plan. Voix mûre : « Personne ne te force, rien ne te force, et après c’est fini, après c’est trop tard, que sais-tu de ce qu’il y aurait eu à faire, ce qu’il y aurait eu à continuer. »

Puis caméra face femme qui vient de parler. Voix jeune : « Je ne vous connais pas. Vous faites quoi là. De quel droit vous me poursuivez. En quoi ça vous regarde. »

Caméra face femme jeune, voix mûre : « Je vous connais mieux que vous croyez. Et je vous suis depuis longtemps. Et je savais que vous viendriez ici. Vous n’êtes pas la première à venir ici. »

Caméra face autre femme, voix jeune : « Ma route ne concerne que moi. Que savez-vous de ce qu’ici je cherche ? »

Caméra surveillant de chantier. Les deux femmes sont plus proches, bien perceptibles. Il utilise les obstacles pour dissimuler sa progression.

Caméra entre les deux femmes : pas possible de les voir simultanément. Utiliser la tension permanente du déplacement nécessaire pour les voir l’une après l’autre en permanence, malgré le vide, la nuit, les lumières. Loin encore en arrière, l’homme au gilet réfléchissant approche.

Voix mûre : « Parce que j’ai sauté, moi aussi. Parce que j’ai trouvé, moi aussi. Mais tant qui ont sauté et rien, s’écraser. Rien de beau. Finir, juste finir. »

Voix jeune : « Vous ne savez pas de quoi vous parlez. »

Voix mûre : « Détachée, vous l’êtes. Vous êtes venue là, vous savez pourquoi. C’est cela, que vous ne perdrez pas. C’est en vous, en vous pour toujours. Vous avez vu le trou, vous avez vu vous en bas. Vous étiez prête. »

Voix jeune : « Je suis prête, et rien de ce que vous dites ne m’intéresse. Ne me touchez pas, reculez. »

Caméra sur l’homme au gilet réfléchissant, le puits ascenseur paraît encore plus profond et vide. Il aurait juste à le contourner pour surgir derrière la femme la plus jeune. Pas possible de savoir si l’autre l’a remarqué, lui.

Voix mûre : « Ce que vous avez décidé, toujours vous le porterez avec vous. Allez, venez avec moi, vous êtes libre. »

Voix jeune : « Je ne vous crois pas. »

Voix mûre : « On ne tombe pas comme ça, pour traverser. On doit lâcher prise bien avant, pour que tomber soit traversé. Il y a beaucoup de choses à apprendre, vous savez. Vous avez fait le premier chemin, vous êtes venue là. Vous avez acquis ce lâcher-prise là. »

Voix jeune : « Et quoi ? »

Voix mûre : « Parce que pour d’autres que vous tout a commencé là. Et nous avons appris une autre leçon ? Croyez-vous que ce monde m’intéresse plus que vous ? »

L’homme au gilet réfléchissant surgit juste derrière la femme la plus jeune. La caméra est pile au-dessus du puits. Il tente de la ceinturer et de l’éloigner. La femme plus âgée fait un geste comme de vouloir le repousser lui. La femme jeune se laisse tomber lourdement dans le vide aux quinze étages.

Les images chantier immersives sont réelles, y compris la chute de la caméra dans le vide et la progression de l’homme dans le chantier. La conversation des deux actrices peut peut avoir été tournée sur fond vert.

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| pendule |

Au-dessus de la caméra, la lame tranchante au bout d’un bras en mouvement pendulaire. En quelques aller-retours du balancier, le rapprochement se devine.

Perception corps depuis la caméra, comme on perçoit son propre corps si allongé sur table type table d’opération et les mains mi-entravées. On voit les mains qui se rétractent, tentent de se libérer, et le mouvement des hanches, le soubresaut du cou affecte le mouvement caméra.

Silhouette d’homme assise dans le coin le plus sombre de la pièce. Visage impossible à distinguer.

On ne voit pas qui s’adresse à lui, puisque depuis la place caméra.

« C’est un jeu, ça ne se peut pas, il faudrait un procès, il faudrait un jugement. 

– Plains-toi à qui de droit, pas à moi.

– Et vous restez là, là sans rien faire ? »

L’homme a actionné un sorte de roue au mur. Met la main sur la paroi, visiblement une plaque de fer. Il ne peut l’y appliquer. On comprend que ces plaques qui forment les parois sont brûlantes. Et qu’elles se rapprochent.

Dans le coin, près de son tabouret, une échelle comme dans les sous-marins donne sur trappe ronde, à peine du diamètre d’un homme, découpée dans le plafond.

« Et tu t’en iras ? Tu me laisseras crever comme ça ? Crever sans me regarder ? Parce que tu n’oseras pas, parce que sinon tu ne vivrais pas ? Parce que ta propre vie est en danger ici ? »

Pas de réponse, l’homme s’est rassis. Il a les mains sur ses jambes. Il tient un couteau.

« Et tu pourrais trancher ces sangles, ou alors c’est ça, au dernier moment, au dernier moment seulement ? Et ça changerait quoi pour toi, tu serais là-haut, pas possible pour moi de sortir, tu as ton couteau, tu pourrais m’égorger ? Mais tu comprends, tu comprends ça, pas mourir comme ça, écorché comme une bête ? »

La lame frôle presque le corps, mais surtout passe au ras de la caméra et se rapproche encore. Les parois de fer sont nettement plus proches. Les mains de l’homme ont rougi, il cherche à arracher la tunique dont on l’a revêtu.

« Tu crois quoi, que tu es le premier ici ?

– Sais-tu ce que j’ai fait, sais-tu pourquoi on m’a mis là ?

– Ce n’est pas mon rôle, pas ma tâche. »

L’homme s’est éloigné du tabouret et des parois dont l’éclat prouve la chaleur. Il enfile des gants isothermes et agrippe la rambarde de l’échelle.

La lame croisant sur le visage même de l’homme allongé rend trouble sa perception.

« Ce n’est pas possible, tu ne vas pas partir, tu ne vas pas me laisser comme ça ? Arrête ce bazar, il s’arrête où ce bazar ?

– Tu te crois vraiment dans un conte de fée », dit l’homme, qui monte les premiers barreaux.

Tout devient flou.

« Mais qu’est-ce que j’ai fait ? Pourquoi on me fait ça ? »

Un hurlement. Les plaques se sont infiniment resserrées, et la lame ne se distingue plus qu’en vue partielle.

Le hurlement qui éclate et finit par un silence abrupt n’est pas humain, ou supportable par un humain.

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| fable brève et simple |

Un chemin en campagne, très droit, tout droit à l’infini.

La caméra avance à hauteur d’œil. Si on baisse le champ, on devine des éléments de corps – corps qui marche.

On se retourne, on regarde le chemin derrière, le chemin devant, le chemin sur les côtés. C’est morne. Rien de singulier.

Pourquoi ce déplacement, pour aller où, et faire quoi ?

Une silhouette marche en sens inverse. La caméra et l’homme qui approche vont forcément se croiser.

Puis soudain caméra fixe, plus d’éléments corporels si on regarde dessous. Plus d’avancée ni de déplacement.

Devant, maintenant à quelques dizaines de mètres, puis quelques mètres, l’homme approche.

L’homme a atteint le niveau de la caméra 360. Il la dépasse, la regarde, se retourne, explore les environs immédiats, puis fait signe qu’il va parler, se met juste devant, de face.

« Et c’est comme ça qu’il a disparu. Croyez-moi, j’ai tout vu. Là, et puis soudain plus là. On m’a interrogé bien sûr. On m’a suspecté, sans vouloir me le dire. Ils ont relevé toutes les traces, tous les signes. Et plus rien, depuis lors plus rien. Il avait disparu, là, devant moi, et pas d’autre témoin. »

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LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 8 mars 2017
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