Xavier Person : personne n’en sortira vivant

ou comment écrire un livre quand on supporte trop de réunions très professionnelles


Personne n’en sortira vivant ? Concevoir du brouillard relativisait toute l’histoire, en beaucoup plus lointain je ne pensais qu’à me taire, dans les tréfonds de mon corps ne cherchant plus qu’à me digérer, langue avalée, honte bue. Se détendre est d’un roman non finalisé la tendance en plus clair, ce qui vient dans la jouissance rendu plus compréhensif à distance. Une série de maisons individuelles adaptées à la personnalité de leur commanditaire gonfle chaque situation locale. Les inondations naviguent de concert, faire barrage ressemble à ce qui arrive, à ce moment du récit qui en lui seul fournit l’attrait de sa décomposition, avant de lui-même s’atteindre comme récit. Mon nom ne me répond pas quand je l’appelle, qu’il s’appelle par mon nom fait de son inhumation tout le charme.

Ainsi, le n° 40 des 80 textes numérotés de Propositions d’activités de Xavier Person, publié au Bleu du Ciel, vous fait partager cette inhumation d’un écrivain inconnu.

Qui est Xavier Person : pour moi le commencement c’est une enseigne publicitaire en bois à l’entrée de Lusignan, sur la nationale entre Niort et Poitiers. C’était en 1990 ou peut-être en 1991, et je me rendais à Poitiers en voiture participer à une des premières éditions de Ecrivains présents. Si aujourd’hui on a Manosque, le Marathon des mots, les Petites Fugues, La Baule ou Bron, le concept inventé par Xavier Person à l’Office régional du livre était un précurseur de ces événements qui ont changé notre vie d’écrivain, fini les salons à animation pot de fleur et stand calligraphie. On avait un après-midi à la fac, le lendemain on vous convoyait dans une minuscule bibliothèque de hameau rural, avant le lycée agricole de Lezay, puis enfin une lecture au musée Sainte-Croix où on était tout surpris de se retrouver face à 200 personnes. Cette première édition, il y avait Toussaint, Daeninckx et Echenoz avec moi, il me semble. J’avais été rémunéré 1500 francs, je m’en souviens avec précision parce que, vivant dans la Vendée alors lourdement enclavée, j’avais payé 760 francs 3 stères de bois, et une cocotte-minute neuve de 5 litres, ayant charge de famille agrandie, et qu’il en restait un peu.

On a continué avec Xavier, d’autres éditions d’Ecrivains Présents, la revue Atlantique qu’il avait lancée avec Claude Chambard, puis il est venu en Seine Saint-Denis, on a colloqué avec le Salon du livre de jeunesse sur les ateliers d’écriture (mes interventions sont téléchargeables), enfin il a pris en charge le programme Ecrivains en Seine Saint-Denis, lui donnant toute une impulsion, avec des partenariats découvreurs. C’est dans ce cadre que j’ai passé un hiver à Pantin.

Pourquoi s’encombrer de la biographie professionnelle de Xavier Person alors qu’il nous arrive en écrivain ? On le connaît aussi comme voix et comme plume : voix dans l’émission de Pascale Casanova sur France Culture, et plume longtemps au Matricule des Anges, pour des entretiens ou des analyses de poésie.

Pourquoi ? C’est pour l’air très sérieux de Xavier quand on est soi-même en train de parler au micro, et qu’on le voit gribouiller sur son calepin, très fier qu’une expression à nous soit recopiée là... Des réunions, il doit s’en avaler quelques-unes, l’ami Xavier, rémunéré par des institutions territoriales. Et encore plus maintenant, chargé du livre à la Région Ile-de-France, et la joie qu’on a eue qu’une telle institution de service public fasse appel à un tel connaisseur du contemporain (et des jeunes contemporains, lui qui a toujours une petite tristesse amère à vous dire : — Ah bon, tu n’as pas lu Untel..., et qu’évidement on se sent l’obligation morale de découvrir). Lourd programme, mais vital, à telle échelle de villes et de population, et apparement avec de quoi les fournir d’un peu mieux que de cocotte-minutes neuves, côté librairies, revues ou résidences d’auteurs : oui, on sait ce qu’on doit à ceux qui passent leur vie civile dans ces rouages.

Pourquoi parler de Xavier Person civil en l’abordant comme écrivain : parce que, au printemps dernier, en quête d’écritures pour Déplacements, et évoquant avec lui son travail personnel, Xavier me répond à peu près textuellement : Un petit bouquin au Bleu du Ciel, à partir de trucs : tu sais, ces bouts de phrase recopiés en réunion...

Je m’attendais à ces choses interférant avec le politique, comme le Superadobe de Jérôme Mauche, aussi publié au Bleu du Ciel... On les reconnaît, ces phrases de la langue de bois des commissions affaires culturelles, et c’est un premier miroir, à effet sépia, lourdement dérangeant. Et probablement aussi les émissions de radio pendant que les autres parlent, petits arrangements de mots séparés de leur contexte, journées d’études ou conférences : mais maintenant comme éclatés sur le mur.

Mais je n’avais pas supposé que Xavier Person, bien trop poli ou pas assez cruel pour le faire, aurait pu tout aussi bien nous envoyer son exemplaire dédicacé en soulignant de vert, bleu ou rouge les perles relevées de chacun. Alors on n’en sort pas indemne. Olivier Py avait provoqué un rire jaune il y a quelques années en montant un spectacle fait tout entier des présentations dans les plaquettes annuelles et bourrées de beaux adjectifs des centres dramatiques.

Alors naît, dans ces Propositions d’activités dont le titre alors résonne acidement, et même avec cette discrète ironie des petits commentaires à voix basse, dans ces mêmes réunions, un nouveau miroir : dans cette confrontation directe aux choses lourdes du monde, qui impliquent administration, poncifs et phrases toutes faites, mais tout un état du monde avec ses zones noires ou ses étendues grises, des éléments qui chaque fois renvoient à nos formulations d’écrivain.

La prochaine fois que je parlerai en sa présence, je demanderai à ce que ce soit stylo posé. Comment cela peut-il finir une fois la bonde retirée ? Au hasard, le 45, à lire en décomposant superposant mentalement 3, voire 4 voix autour d’une table :

D’une série télévisée l’erreur de casting difficile à assumer, ta vie se déroule simultanément sur plusieurs plans, des protagonistes s’enlacent, une idée apparaît très vite ce qui te permettra d’en vivre. Un certain soin apporté à la finition permet d’admirer le stade transitoire pas toujours rentabilisé. Des désirs se figent au motif du papier peint. Dans l’amour des profondeurs, l’étincelle de dernière minute est un ventre en plus relâché. Un meublé tout confort donne l’idée d’un meurtre perpétré mais en marge, paysage reproduit sur un tableau ou simplement son ombre portée sur du verre ? Du choc pétrolier le dédoublement spectral est assuré. L’apolitique environnemental renouvelle l’international paysage dans sa phase animale. L’improbable temporalité du récit le vide de son contenu.

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Xavier Person, Leslie Kaplan, Bobigny, avril 2005

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 1er septembre 2007
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