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Techniques numériques d’édition et édition numérique

25 octobre 2008, 15:34, par ap

Il est vrai que toute la chaîne éditoriale actuelle recourt à des techniques numériques. Tout livre imprimé de nos jours l’est à partir de fichiers pdf ou postscript engendrés par des logiciels de mise en page (XPress, InDesign, FrameMaker principalement, un peu de LaTeX côté STM).

Malheureusement, comme le note Philippe De Jonckheere, le “dernier kilomètre” de finition, celui qui fait souvent la différence en lisibilité et qualité professionnelle, rend les fichiers numériques destinés à la forme imprimée difficilement exploitables par les logiciels de lecture sur écran, avec leurs fonctions de navigation interactive et de recomposition fluide.

Repartir de ces fichiers — quand ils sont véritablement accessibles — pour les adapter aux contraintes des médias numériques se révèle régulièrement plus coûteux que de scanner les ouvrages imprimés et d’appliquer un OCR non corrigé pour obtenir une recherche d’occurrences sur une image du texte ; c’est l’expérience de Libreka en Allemagne, le constat effectué lors d’une étude menée l’an dernier en France, et le principe appliqué par Google pour son Book Search.

Sur le point de la justification, le reproche ne concerne pas les éditeurs, à qui on a demandé du texte "au kilomètre" avec un minimum de structure, ni le standard .epub qui permet d’indiquer que l’on souhaite un texte justifié (fonction .css) mais aux développeurs des logiciels et matériels. Ceux-ci pour de bonnes ou de mauvaises raisons n’offrent pas toujours la possibilité d’afficher du texte justifié :

Embarquer un logiciel de composition qui permette une recomposition fluide du texte au gré de l’usager (redimensionnement, changement de corps, de police, ...) implique de la mémoire vive, du travail du processeur, consommateurs de courant sur des machines qui privilégient la durée des batteries (voir les critiques portées contre la lecture sur les écrans rétro-éclairés des iPod/iPhone).

Ce qui est peu justifiable est le choix par Adobe de ne pas implémenter la justification dans son logiciel Digital Editions, dont la plate-forme prédominante sinon exclusive est l’ordinateur portable, pour lequel les contraintes de mémoire, batterie et affichage ne sont pas pertinentes ; et cela alors que le moteur de composition d’Adobe InDesign est tout à fait remarquable de l’avis général des graphistes et typographes.

Pour ce qui est de l’aide du CNL à la numérisation, il faut rappeler qu’elle est destinée à alimenter Gallica 2, avec une concertation pour que les titres intéressent le fonds Europeana, à terme. Et surtout, ne pas oublier que la première vague de numérisation se fait sans participation du groupe Hachette : il n’y a donc pas d’ouvrages provenant de cette aide sur la liseuse Sony pour l’instant, étant donné l’exclusivité initiale FNAC/Sony/Hachette et apparentés...