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il refuse le Goncourt : la France fait sur lui

13 novembre 2008, 19:37, par Christine Lapostolle

On peut avoir conscience du dérisoire d’une situation et éprouver cependant le besoin d’y participer. C’était, je crois, le cas d’une partie de gens qui se trouvaient hier à la vente aux enchères des biens de Julien Gracq. J’étais parmi ces gens, l’œuvre de Julien Gracq est dans mon cœur, je n’ai jamais eu l’honneur de m’asseoir dans son fauteuil, mais je suis allée bien des fois à Saint-Florent-Le-Vieil du vivant de Gracq pour le seul plaisir d’une proximité muette : chacun a ses rituels… J’ai fait hier 500 kilomètres pour assister à la dispersion des derniers biens terrestres de Julien Gracq, je voulais être là – c’est tout. Pour cette ultime manifestation du passage de l’écrivain sur terre dans ce qu’une vie peut avoir de trivial, oui. Car nous sommes dans nos faits admirables, mais aussi dans nos poussières. J’ai voulu voir et j’ai vu la beauté de cette laideur, par une journée ensoleillée, près du cimetière de la miséricorde, dans la puanteur d’une salle des ventes moche - j’aime que les biens d’un mort aillent ensuite à ceux qui tiennent à lui. Nous formions une drôle d’assemblée, de spécialistes du livre, de marchands peut-être, mais surtout de gens partageant pour quelques heures notre manière bizarre d’aimer un écrivain et d’être attachés à l’humain qu’il a été.