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de la condition de blogueur élargie

3 décembre 2008, 08:48, par Philippe Boisnard

Ils étaient industriels, ils étaient juristes, ils étaient aussi parfois extrêmistes, ils étaient sous le coup de la fascination de la facilité et de l’illusion d’ue certaine construction de soi, ils étaient en quête de nouveaux marchés, ils étaient en quête de reconnaissance, ils étaient pétris de certitudes, ils étaient dans le nouvel el dorado du capitalisme, ils étaient à commenter à l’emporte-pièce l’actualité, ils étaient là aussi souvent à s’insulter, ils étaient anonymes pour mieux nuire, ils étalaient leur nom aussi pour mieux se faire respecter, ils étaient à la recherche de l’autre, sans que l’autre ne soit autre que les diminutifs en cascade dans des colonnes parfois sans fin de commentaires non lus, ils étaient souvent aveugles et sourds, les mains rivés comme des tentacules au clavier, ils étaient en slip, en tee-shirt vautré sur leur lit à manger de la junk-food et à caviarder les forums ouverts, ils étaient dans la certitude que l’expansion infinie des réseaux leur ouvrirait le sésame à leur propre être, ils étaient dans l’illusion d’une liberté, sans s’apercevoir que l’efficacité du pouvoir organisait leur vie, ils étaient jeunes ou vieux, tous à haranguer ls foules pour dire à quel point tout cela était merveilleux, ils étaient là à faire circuler leur recette de cuisine, leur dernière idée sans culture, à transmettre leur prétention d’ego dilaté à l’aune de la dissémination généralisée de l’orgueil, car on était à l’époque des micro-orgueils, on était à l’époque des mini miroirs d’existence qui se maximisent à la mesure de l’illusion de l’infinie, ils étaient des millions à traverser des dimensions sans espace, des pages sans reliures, où les informations distillés avec stratégie organisait un nouvel ordre du marché, ils étaient des millions à scande la liberté pour mieux se repaître des idoles clonées d’un société en mal de sens, ils étaient des millions attablés au repas de la vacuité incapable d’autres actions que celles des traversées sans appétits de territoires désolés.

Car, oui François, si pour une part il y a bien cette possible description que tu fais, et à laquelle je peux adhérer d’une certaine manière, il y a aussi cette réalité ici décrite.

Tout cela — ne soyons pas dupe — est surtout gouverné par une nécessité quasi-ontologique : le meilleur moyen de faire cohabiter les 6 milliards d’homme qui tournent en rond tout autour du monde, qui est une autoroute en boucle parce que l’homme est un mobile en accélération constante, est de leur permettre l’immobilité. Internet est une ruse de la nature pour que nous nous entretuons pas, est une ruse de la nature pour neutraliser l’accès de cette insociable-sociabilité.