A la Revue des ressources on l’a déjà fait, c’est ici.
C’est un texte en effet essentiel et très fort, mais parler de littérature, je ne sais pas, quand je lis cet autre passage :
La littérature est en France l’espace
que l’on a souverainement accordé au divertissement
des castrés. Elle est la liberté formelle que
l’on a concédée à ceux qui ne se font pas au néant
de leur liberté réelle. D’où les oeillades obscènes
que ne cessent de s’adresser depuis des siècles, dans
ce pays, hommes d’État et hommes de lettres, les
uns empruntant volontiers le costume des autres, et réciproquement. D’où aussi que les intellectuels
y aient coutume de parler si haut quand ils sont
si bas, et de faillir toujours au moment décisif, le
seul qui aurait rendu un sens à leur existence mais
qui les aurait aussi mis au ban de leur profession.
C’est une thèse défendue et défendable que la
littérature moderne naît avec Baudelaire, Heine et
Flaubert, comme contrecoup du massacre d’État
de juin 1848. C’est dans le sang des insurgés parisiens
et contre le silence qui entoure la tuerie que
naissent les formes littéraires modernes – spleen,
ambivalence, fétichisme de la forme et détachement
morbide. L’affection névrotique que les
Français vouent à leur République – celle au nom
de quoi toute bavure retrouve sa dignité, et n’importe
quelle crapulerie ses lettres de noblesse –
prolonge à chaque instant le refoulement des sacrifices
fondateurs. Les journées de juin 1848 – mille
cinq cents morts durant les combats, mais plusieurs
milliers d’exécutions sommaires parmi les prisonniers,
l’Assemblée qui accueille la reddition de la
dernière barricade au cri de « Vive la République ! »
– et la Semaine sanglante sont des taches de naissance
qu’aucune chirurgie n’a l’art d’effacer.
A la Revue des ressources on l’a déjà fait, c’est ici.
C’est un texte en effet essentiel et très fort, mais parler de littérature, je ne sais pas, quand je lis cet autre passage :
La littérature est en France l’espace
que l’on a souverainement accordé au divertissement
des castrés. Elle est la liberté formelle que
l’on a concédée à ceux qui ne se font pas au néant
de leur liberté réelle. D’où les oeillades obscènes
que ne cessent de s’adresser depuis des siècles, dans
ce pays, hommes d’État et hommes de lettres, les
uns empruntant volontiers le costume des autres, et réciproquement. D’où aussi que les intellectuels
y aient coutume de parler si haut quand ils sont
si bas, et de faillir toujours au moment décisif, le
seul qui aurait rendu un sens à leur existence mais
qui les aurait aussi mis au ban de leur profession.
C’est une thèse défendue et défendable que la
littérature moderne naît avec Baudelaire, Heine et
Flaubert, comme contrecoup du massacre d’État
de juin 1848. C’est dans le sang des insurgés parisiens
et contre le silence qui entoure la tuerie que
naissent les formes littéraires modernes – spleen,
ambivalence, fétichisme de la forme et détachement
morbide. L’affection névrotique que les
Français vouent à leur République – celle au nom
de quoi toute bavure retrouve sa dignité, et n’importe
quelle crapulerie ses lettres de noblesse –
prolonge à chaque instant le refoulement des sacrifices
fondateurs. Les journées de juin 1848 – mille
cinq cents morts durant les combats, mais plusieurs
milliers d’exécutions sommaires parmi les prisonniers,
l’Assemblée qui accueille la reddition de la
dernière barricade au cri de « Vive la République ! »
– et la Semaine sanglante sont des taches de naissance
qu’aucune chirurgie n’a l’art d’effacer.
A méditer...