convenu, convenu... admettons. Sauf qu’il parle de campagne, ce texte, il reste les pieds dans la glèbe, et toi, Pierre Charp, tu n’es pas, sauf ton respect, exactement dans le sujet. Quant à Debord : tu te trompes. Il faut relire. Le premier, dis-je, à suggérer (ce que maints sociologues confirmeront après, chiffres et surtout cartes à l’appui) un rapport direct entre l’avènement de l’automobile, pur objet du désir-plaisir, et le bouleversement du paysage : un bouleversement qui fut rendu possible grâce à ce que tous, sauf les géographes, si bêtement négligés par leur confrères chercheurs en science humaines, avaient totalement oublié dans leur analyse : je veux parler de l’apparition massive en France de l’infrastructure routière spécialement conçue pour des machines dotées d’un moteur à explosion et roulant à grande vitesse. Tout est là. C’est finalement une affaire de flux, tout simplement, de dessin (et de dessein) de l’espace-temps : les lignes ferroviaires peu à peu doublées, puis remplacées par les nationales et autoroutes (dans les années 1960, il faut savoir que la SNCF, parallèlement au sabordement de ses lignes, a dû subventionner la construction d’autoroutes en France !) ; les villages, puis les bourgs de moyenne importance, puis les villes qui éclatent : centres patrimonialisés, piétonnisés et embourgeoisés, leur périphérie, où s’élèvent d’abord les grands ensembles, futurs « quartiers sensibles », mais surtout, (et c’est cela qui va nous éclater au visage dans cinq-dix ans) "mitée" par les zones résidentielles et pavillonnaires (on situe le grand boom de la construction individuelle façon maison-Phénix-sur-terrain-en-raquette à partir de la période Giscard ; c’est à compter de 1976, qu’il met par voie législative un terme à la folie des grands ensembles en facilitant l’accession à la propriété individuelle - un mal pour un mal en quelque sorte...) Résultat ? à lire, le numéro d’Autrement : Atlas des nouvelles fractures sociales en France. Il explique bien les conséquences politiques actuelle de cette ghettoïsation, et ce avec l’aide d’hallucinantes cartographies du vote qui reflètent désormais EXACTEMENT l’opposition géographique entre le centre de nos ensembles urbains modernes (où les flux, le travail, le pouvoir, le prix de l’immobilier, les revenus sont à leur maximum, et sa majorité de votes dits "républicains" gauche/droite classique) et une périphérie de plus en plus reléguée à mesure que l’on s’éloigne des centres (cumul maximal chômage, immobilité, isolement, pauvreté et votes extrêmes)), avec, en filigrane, cette vie en grande, puis très très grand couronne, que l’on finit par ne voir que derrière la vitre de son véhicule, une vie "gérée" (ah ! faire l’histoire de ce néologisme d’entreprise et son emploi vernaculaire, qui veut finalement tout dire...) par des calculs de distance-moteur (qui induisent le travail dans la zone d’activité, l’achat dans la zone commerciale, le divertissement dans les zones de loisir – quand pas bloqué devant la télé, car à par ça, il n’y a rien, toutes ces zones si loin de tout VRAI centre (le seul qui existe, en centre ville est squatté par les bobos…), qu’elles condamnent leurs usagers à se sentir A JAMAIS relégués - "désolés", privés de sol comme dit H. Arendt- ne rencontrant ni ne connaissant son voisin de pallier, trop PRES, celui-là pour être croisé en sacro-sainte bagnole - un véhicule qui, loin de raccourcir les distance, les allonge à l’infini en deçà d’une distance critique (deux cents mètres ?)), alors ce paysage autour, qui finit par prendre l’allure d’un gigantesque écran télé, d’ailleurs considéré comme tel par les techniciens de l’espace - les ingénieurs Giraudy et autres, comme un flux "à gérer" : qui n’a vu ces zones publicitaires, notamment aux entrées de villes ? Qui n’a senti, en se baladant par exemple dans le Luberon, puis dans les Bouches-du-Rhône, à proximité de Marseille, qu’il y a désormais des paysages de campagne bobo-bourgeois, façon ARTE, c’est-à-dire « paysagés » (sans quatre par trois, avec ouvrages d’art et corps de ferme rénovés pierre de taille, arbres centenaires, vrais faux champs de lavande, bosquets sages et forêts bien peignées, le tout entretenu par des paysans-jardiniers), et des paysages de campagne « tout venant », façon TF1 (avec quatre par trois, autoponts tagués, mobilier urbain crevard et sur les bas côtés, entrepôts et commerces en bardage d’industrie agricole triomphante graissant la papatte au maire). Avec, cerise sur le gâteau, nouveau symbole des intérêts objectifs, que les gras architectes, promoteur, paysagiste, ingénieur DATAR et politicard partagent en frères, et qu’ils ont toujours partagé, malgré des prises de position soi-disant idéologiquement opposées : j’ai nommé le rond-point, dont l’esthétique, l’objet, la fonction, au tout-service de l’usager bagnole glissant l’œil à gauche avant de glisser l’œil à droite, paraît si évidente, prête à un rire si désespéré, qu’il sera mon point final avant que je me mette, moi aussi, à tourner en rond en chialant comme un veau. Jean-François Paillard.
convenu, convenu... admettons. Sauf qu’il parle de campagne, ce texte, il reste les pieds dans la glèbe, et toi, Pierre Charp, tu n’es pas, sauf ton respect, exactement dans le sujet. Quant à Debord : tu te trompes. Il faut relire. Le premier, dis-je, à suggérer (ce que maints sociologues confirmeront après, chiffres et surtout cartes à l’appui) un rapport direct entre l’avènement de l’automobile, pur objet du désir-plaisir, et le bouleversement du paysage : un bouleversement qui fut rendu possible grâce à ce que tous, sauf les géographes, si bêtement négligés par leur confrères chercheurs en science humaines, avaient totalement oublié dans leur analyse : je veux parler de l’apparition massive en France de l’infrastructure routière spécialement conçue pour des machines dotées d’un moteur à explosion et roulant à grande vitesse. Tout est là. C’est finalement une affaire de flux, tout simplement, de dessin (et de dessein) de l’espace-temps : les lignes ferroviaires peu à peu doublées, puis remplacées par les nationales et autoroutes (dans les années 1960, il faut savoir que la SNCF, parallèlement au sabordement de ses lignes, a dû subventionner la construction d’autoroutes en France !) ; les villages, puis les bourgs de moyenne importance, puis les villes qui éclatent : centres patrimonialisés, piétonnisés et embourgeoisés, leur périphérie, où s’élèvent d’abord les grands ensembles, futurs « quartiers sensibles », mais surtout, (et c’est cela qui va nous éclater au visage dans cinq-dix ans) "mitée" par les zones résidentielles et pavillonnaires (on situe le grand boom de la construction individuelle façon maison-Phénix-sur-terrain-en-raquette à partir de la période Giscard ; c’est à compter de 1976, qu’il met par voie législative un terme à la folie des grands ensembles en facilitant l’accession à la propriété individuelle - un mal pour un mal en quelque sorte...) Résultat ? à lire, le numéro d’Autrement : Atlas des nouvelles fractures sociales en France. Il explique bien les conséquences politiques actuelle de cette ghettoïsation, et ce avec l’aide d’hallucinantes cartographies du vote qui reflètent désormais EXACTEMENT l’opposition géographique entre le centre de nos ensembles urbains modernes (où les flux, le travail, le pouvoir, le prix de l’immobilier, les revenus sont à leur maximum, et sa majorité de votes dits "républicains" gauche/droite classique) et une périphérie de plus en plus reléguée à mesure que l’on s’éloigne des centres (cumul maximal chômage, immobilité, isolement, pauvreté et votes extrêmes)), avec, en filigrane, cette vie en grande, puis très très grand couronne, que l’on finit par ne voir que derrière la vitre de son véhicule, une vie "gérée" (ah ! faire l’histoire de ce néologisme d’entreprise et son emploi vernaculaire, qui veut finalement tout dire...) par des calculs de distance-moteur (qui induisent le travail dans la zone d’activité, l’achat dans la zone commerciale, le divertissement dans les zones de loisir – quand pas bloqué devant la télé, car à par ça, il n’y a rien, toutes ces zones si loin de tout VRAI centre (le seul qui existe, en centre ville est squatté par les bobos…), qu’elles condamnent leurs usagers à se sentir A JAMAIS relégués - "désolés", privés de sol comme dit H. Arendt- ne rencontrant ni ne connaissant son voisin de pallier, trop PRES, celui-là pour être croisé en sacro-sainte bagnole - un véhicule qui, loin de raccourcir les distance, les allonge à l’infini en deçà d’une distance critique (deux cents mètres ?)), alors ce paysage autour, qui finit par prendre l’allure d’un gigantesque écran télé, d’ailleurs considéré comme tel par les techniciens de l’espace - les ingénieurs Giraudy et autres, comme un flux "à gérer" : qui n’a vu ces zones publicitaires, notamment aux entrées de villes ? Qui n’a senti, en se baladant par exemple dans le Luberon, puis dans les Bouches-du-Rhône, à proximité de Marseille, qu’il y a désormais des paysages de campagne bobo-bourgeois, façon ARTE, c’est-à-dire « paysagés » (sans quatre par trois, avec ouvrages d’art et corps de ferme rénovés pierre de taille, arbres centenaires, vrais faux champs de lavande, bosquets sages et forêts bien peignées, le tout entretenu par des paysans-jardiniers), et des paysages de campagne « tout venant », façon TF1 (avec quatre par trois, autoponts tagués, mobilier urbain crevard et sur les bas côtés, entrepôts et commerces en bardage d’industrie agricole triomphante graissant la papatte au maire). Avec, cerise sur le gâteau, nouveau symbole des intérêts objectifs, que les gras architectes, promoteur, paysagiste, ingénieur DATAR et politicard partagent en frères, et qu’ils ont toujours partagé, malgré des prises de position soi-disant idéologiquement opposées : j’ai nommé le rond-point, dont l’esthétique, l’objet, la fonction, au tout-service de l’usager bagnole glissant l’œil à gauche avant de glisser l’œil à droite, paraît si évidente, prête à un rire si désespéré, qu’il sera mon point final avant que je me mette, moi aussi, à tourner en rond en chialant comme un veau. Jean-François Paillard.
Voir en ligne : territoire3