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d’un Château l’autre : traduction en pleiade

26 juillet 2009, 00:20, par Raymond Prunier

La traduction en Pleiade est bien celle de Vialatte, mais Claude David a mis en notes toutes les erreurs et corrections qui montrent à l’évidence que Vialatte était certes un homme de grande culture, mais qu’il était un peu brouillé avec l’allemand. Je relève par exemple l’absence de "de la campagne" dans la parabole du gardien de porte, dans cette phrase exemplaire, magnifique qui résume par avance toutes les difficultés des vivants du XXème siècle : "L’homme de la campagne ne s’était pas attendu à de telles difficultés". Dans la version Vialatte, c’est "l’homme" tout seul. C’est très gênant.
Vialatte nous propose en fait un auteur d’humour noir, alors que les décennies qui ont suivi sa traduction de 1930 ont montré qu’il n’y avait pas de quoi rire(tous les totalitarismes sont résumés dans l’oeuvre). Même si la lecture de la première page du Procès par Kafka avait fait rire ses amis. C’est que l’auteur, comme Vialatte sans doute, voulait faire une sorte de récit à la manière de Charlot. Mais on sait que Kafka avait aussi bien d’autres directions en tête !
Le problème de la traduction de Kafka est abyssal. Il montre que l’oeuvre traduite est exposée au temps, alors que l’oeuvre originale, elle, demeure contre vents et marées.
Peut-être Vialatte voulait-il ne pas entendre la gravité du ton ; peut-être avait-il comme tous les lecteurs de son temps une vision humoristique de l’oeuvre et uniquement humoristique. Peut-être Vialatte nous fournit-il une francisation (l’oeuvre est rabattue sur des codes de récit français)de l’oeuvre de la mitteleuropa.
Il reste que les nouvelles traductions ont enfin (celle de Bernard Lortholary est un modèle du genre) donné à l’oeuvre son ton glacial, fonctionnaire et humoristique... mais d’un humour qu’il nous faut apprendre à cultiver soigneusement.