“Avons-nous tant besoin d’une définition du livre ?”
25 novembre 2009, 09:44, par Alain Pierrot
« avons-nous tant besoin d’une définition du livre ? »
« Pour l’instant, on est toujours dans le livre au singulier, et de façon indépendante de ses contenus. »
Merci de cette lecture attentive, en prolongation d’interrogations et discussions récurrentes, et de l’occasion de remettre en scène — publier, donc — nos questionnements plus que nos réponses.
À la question que j’extrais de ton texte, je serais tenté de répondre par une autre question :
« Qui a besoin, — quand ? — d’une définition “du livre” abstraite du contexte de l’imprimerie et de ses techniques ? »
Il nous est paru opportun, ces années-ci, de proposer (provisoirement, à mon sens) des délimitations (finis ou limes, pour les latinistes !) de domaine appropriées aux interrogations et pratiques de nos sociétés.
Qui en a besoin ?
— Ceux des auteurs ou écrivains qui pensent leur pratique d’écriture en fonction de la publication et se soucient de bénéficier des droits — moraux et économiques — institués dans le contexte des métiers du livre imprimé.
— Ceux des entrepreneurs, investisseurs (et leurs employés) qui ont fondé leur activité et leurs ressources sur le commerce de la propriété intellectuelle écrite, dans le contexte de la production industrielle d’objets physiques (relativement) aisément dénombrables.
— Les législateurs et régulateurs qui maintiennent les cadres sociaux de la production et de la publication de l’écrit, et plus largement de la connaissance.
— Ceux des lecteurs qui amalgament dans la notion de “livre” la matérialité de l’objet tangible, persistant et la pérennité, l’autorité du document de référence avec l’“œuvre” d’un auteur.
Dessiner ou mettre en évidence de nouveaux contours en fonction de techniques et pratiques de la création et de la communication répond, à notre sens à des interrogations actuelles et devrait, nous l’espérons, engager plus d’acteurs à aborder concrètement les nouvelles conditions de diffusion de l’écrit.
Il ne s’agit pas de transposer une organisation du livre, monolithique, si tant est qu’elle ait jamais existé autrement que sous forme de fantasme — l’industrie de l’édition n’utilise le singulier dans la "chaîne du livre" qu’à des fins de simplification ou de lobbying pour protéger un territoire, en tant que groupe constitué.
Il s’agit d’identifier dans certaines pratiques du livre — imprimé — celles qui s’accommodent de pratiques du numérique et de les différencier d’autres, qui exigeront (exigent déjà, en fait) des conceptions et des décisions différentes. En tant qu’activité sociale, le confort passe probablement par l’organisation explicite de définitions partagées par des communautés d’intérêts différenciées.
Pour ce qui est du “fait littéraire”, il me paraît évident que les discussions actuelles devraient avoir pour mérite de bousculer l’assimilation intuitive entre livre imprimé et “littérature” : je préfère le terme de “fait littéraire”, que devraient analyser anthropologues ou sociologues, en relation certes avec techniques de l’écriture et des industries de l’écrit (de la lecture, avec Alain Giffard ?), mais qui n’a pas attendu le codex, ni l’écriture physique pour être une pratique humaine.
[Voir à ce titre le recueil de Robert Bringhurst, The Tree of Meaning, Language, Mind and Ecology, Counterpoint, ISBN 978-1-59376-179-1]
Passionnant en tout cas de te voir pratiquer techniques numériques et faire, sans atermoiement, et réunir tant de gens d’horizons variés autour de Tiers Livre et de Publie.net.
Merci de cette lecture attentive, en prolongation d’interrogations et discussions récurrentes, et de l’occasion de remettre en scène — publier, donc — nos questionnements plus que nos réponses.
À la question que j’extrais de ton texte, je serais tenté de répondre par une autre question :
« Qui a besoin, — quand ? — d’une définition “du livre” abstraite du contexte de l’imprimerie et de ses techniques ? »
Il nous est paru opportun, ces années-ci, de proposer (provisoirement, à mon sens) des délimitations (finis ou limes, pour les latinistes !) de domaine appropriées aux interrogations et pratiques de nos sociétés.
Qui en a besoin ?
— Ceux des auteurs ou écrivains qui pensent leur pratique d’écriture en fonction de la publication et se soucient de bénéficier des droits — moraux et économiques — institués dans le contexte des métiers du livre imprimé.
— Ceux des entrepreneurs, investisseurs (et leurs employés) qui ont fondé leur activité et leurs ressources sur le commerce de la propriété intellectuelle écrite, dans le contexte de la production industrielle d’objets physiques (relativement) aisément dénombrables.
— Les législateurs et régulateurs qui maintiennent les cadres sociaux de la production et de la publication de l’écrit, et plus largement de la connaissance.
— Ceux des lecteurs qui amalgament dans la notion de “livre” la matérialité de l’objet tangible, persistant et la pérennité, l’autorité du document de référence avec l’“œuvre” d’un auteur.
Dessiner ou mettre en évidence de nouveaux contours en fonction de techniques et pratiques de la création et de la communication répond, à notre sens à des interrogations actuelles et devrait, nous l’espérons, engager plus d’acteurs à aborder concrètement les nouvelles conditions de diffusion de l’écrit.
Il ne s’agit pas de transposer une organisation du livre, monolithique, si tant est qu’elle ait jamais existé autrement que sous forme de fantasme — l’industrie de l’édition n’utilise le singulier dans la "chaîne du livre" qu’à des fins de simplification ou de lobbying pour protéger un territoire, en tant que groupe constitué.
Il s’agit d’identifier dans certaines pratiques du livre — imprimé — celles qui s’accommodent de pratiques du numérique et de les différencier d’autres, qui exigeront (exigent déjà, en fait) des conceptions et des décisions différentes. En tant qu’activité sociale, le confort passe probablement par l’organisation explicite de définitions partagées par des communautés d’intérêts différenciées.
Pour ce qui est du “fait littéraire”, il me paraît évident que les discussions actuelles devraient avoir pour mérite de bousculer l’assimilation intuitive entre livre imprimé et “littérature” : je préfère le terme de “fait littéraire”, que devraient analyser anthropologues ou sociologues, en relation certes avec techniques de l’écriture et des industries de l’écrit (de la lecture, avec Alain Giffard ?), mais qui n’a pas attendu le codex, ni l’écriture physique pour être une pratique humaine.
[Voir à ce titre le recueil de Robert Bringhurst, The Tree of Meaning, Language, Mind and Ecology, Counterpoint, ISBN 978-1-59376-179-1]
Passionnant en tout cas de te voir pratiquer techniques numériques et faire, sans atermoiement, et réunir tant de gens d’horizons variés autour de Tiers Livre et de Publie.net.