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prix unique du livre numérique : on s’en fout complètement

12 août 2010, 12:05, par Marc-Olivier Amblard

Trop de loi tue la loi !
Oui-da, mais dans un contexte économique aussi éprouvant, car c’est aussi la ligne rouge de tout ça,(tiens où sont les Cassandre qui chantaient il y a un an que dans le livre « tout va très bien madame la marquise » alors que l’impact de la crise a mis « juste » un an de plus à se faire sentir ?), légiférer ou tenter de le faire semble être un moindre mal par rapport à un laisser faire ultralibéral à l’anglosaxonne (après l’Edition sans éditeurs, la Librairie sans Libraires, la Bibliothèque sans Bibliothécaires, l’Ecriture sans Ecrivains ad nauseam). Alors, oui, les ronds-de-cuir semblent s’être pris les pieds dans le tapis et avoir un TGV de retard, et des corporatismes agissent en coulisses pour défendre leur pré carré(un peu moins d’ambiguité M. Gèze). La France du livre a peur, pour paraphraser feu Roger Gicquel, et on pourrait glauser à l’infini sur les causes sans tenter de trouver des solutions. Des débatteurs comme vous sont là pour induire des directions de réfléxions et sont du nanan dans la prose agressive qui se lit parfois. Nonobstant, quelques objections votre horreur : les rameurs sont partout face au virage numérique ! Une vraie régate sans barreurs ! Auteurs, libraires, bibliothécaires, éditeurs classiques et indépendants ont une longueur de rame inversement proportionnelle à leurs connaissances/intérêt pour le Web 2.0, les NTIC et autres néotrucs qui ont fleuri dans cette nouvelle révolution Gutenberg (après McLuhan, McIntosh !). Alors quands VOUS vous dites ramer, la sueur froide glisse dans mon dos de béotien. Les ceusses qui ont eu l’idée de s’y intéresser se demande comment en être pour :
- ne pas rater ça !
- ne pas mourrir !
- en croquer !
- s’adapter !
C’est l’enfant illégitime de la boîte de Pandore et de l’Auberge Espagnole, matîné aussi de narcissisme. Et je suis sincèrement épaté par le niveau de recherche atteint par beaucoup de Bibliothécaires sur ces domaines (ils sont inquiets à raison aussi et ont du temps sans doute ; non là j’ironise), ils sont pour le moins au taquet sur ces sujets et haut la main (bravo Gérard L). Les libraires, dont je fus (mort au champ d’horreur de la real politic économique, la librairie labbellisée LIR où j’officiait en tant que responsable étant étouffée par un espace dit "culturel" à 200 m en plein centre ville de province malgré mes ruades d’arrière-garde) ont pour la majorité un seul credo : il est urgent d’attendre ! Seul les GROS indés des grandes villes peuvent gagner leur survie de ce constat là, les autres sans soutiens, sans le demander même, voit de facto,disparaître le qualitatif de leurs étagères. Grignoter par les Grandes surfaces, les centre-villes désertés, les cadres métiers licenciés, les successions infaisables, les sites de ventes petits ou gros, par les téléchargements et le piratage (qui amplifie encore l’effet podium des blockbusters) etc etc etc...Alors des bornes de téléchargements en librairies, des sites pour indés (que donnera lalibrairiecom ?) why not, mais à terme cela redeviendra du selfservice comme la musique et la photo (grandes victimes récentes sur le front numérique), et feront florès à la poste, ,au champi etc...(pas merci à jeanpaul au passage pour son mépris des libraires de province mais il vend du disque ce me semble adonc on lui pardonne ; quoique) Et oui, les vrais donneurs d’ordre sont les tycoons de l’éditions, filiales de groupes de com’, filiales de groupes d’industries, vassaux de la bourse,inféodés aux caisses de retraites US, esclaves des actionnaires...
Rentabilité, performance voilà le credo. Et le livre numérique rentrera dans le rang quand la fumée du GrandIncendie retombera (après la chute des tours, l’Histoire et Mère Nature envoient des symboles sacrément parlant depuis quelques années !) et que l’on comptera les morts. L’imprimerie en son temps, a pu dans le même contexte impactant, avec l’arrivée de la Pao, trouver, dans la douleur, un nouveau modèle économique viable sans mettre en péril les idées et leur diffusion (mais d’envoyer le plomb au musée). Il en sera de même, je le crois du livre et de ses avatars (zavatta ?).
Le vrai débat se recentre donc sur comment faire payer les services, les options technologiques, les plus culturels, le mieux disant, l’éditeur de contenus (le coeur du boulot de libraire en fait, et des sites comme le vôtre ), hybride ou classique et arrêter de laisser faire le tout gratuit.
La chaîne du livre crêve comme tant d’autres de l’irruption dans son monde longtemps figé de marketueurs, financiers et autres Kapitaladdicts (désolé pour ce barbarisme) qui sous prétexte de mise de fonds, de reconversion bobo, de nouvel angle d’approche, face aux changements de paradigmes se révèlent nus comme le roi, infoutus d’apporter des solutions métiers, n’ayant comme seule vue, courte et bas du casque la sacro-sainte rentabilité, si monstrueuse en termes de dégats humains.
Pardon pour la longueur de cette réaction, ma première à vos articles, mais mon désir de lire tangentiel au votre est bien le ressort de mes réflexions actuelles. Continuer ou non de le propager et sous quelles formes. Si j’en viens à abdiquer, c’est à dire à ne plus être en contacts avec un public pour « pandémiser » (hum) ma passion, je me contenterai de lire pour moi, soulagé sans doute de ne plus ramer dans les rapides et de filer humblement la métaphore.
Cordialement, Marco, (ex) libraire quiet ;-)

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