Je crois que le phénomène que j’indique est, oui, assez nouveau. Beaucoup d’auteurs se plaignent qu’il n’y ait plus (assez) de lecteurs. Ph. Sollers, p. ex., l’a beaucoup dit. Or, il me semble plutôt que les éventuels lecteurs ne sont plus en attente - en demande - de nouveaux auteurs. Ils participent à des ateliers d’écriture aussi parce qu’ils ne sont plus en attente de nouveaux auteurs. Ils n’attendent plus que l’auteur soit un Autre. Ils veulent bien lire et écrire, mais ensemble - sous la direction de quelqu’un qu’ils connaissent et qu’ils ont choisi. Et cela me paraît nouveau en effet. Pas encore très massif peut-être, on peut faire semblant de ne pas le voir, on peut faire en sorte de ne pas en tenir compte, mais il y a bien quelque chose comme cela qui s’opère, me semble-t-il. Un effacement progressif de la fonction d’auteur. Correlatif de l’effacement du Nom du père, dont nous parlent les psychanalystes. Et Internet accélère la chose. Ceux qui aimaient Prévert, en 46, manifestaient pour lui une sorte d’admiration gouailleuse et fraternelle. Ils ne pensaient pas lui arriver à la cheville. Ou ceux qui aimaient Aragon. Ils voyaient dans ces Poètes comme une figure idéalisée d’eux-mêmes, ils les reconnaissaient comme leurs porte-parole. Aujourd’hui, on attend d’un auteur qu’il nous fasse lire (les autres) et écrire (nous-mêmes). On attend qu’il se comporte en maître. Non pas Maître à la manière d’Aragon ou Lacan. Comme eux ont pu le paraître. Ou André Gide. Non. Mais comme on dit plutôt d’un maître d’armes ou de yoga. Et pour moi, je n’y vois pas d’inconvénient.
Je crois que le phénomène que j’indique est, oui, assez nouveau. Beaucoup d’auteurs se plaignent qu’il n’y ait plus (assez) de lecteurs. Ph. Sollers, p. ex., l’a beaucoup dit. Or, il me semble plutôt que les éventuels lecteurs ne sont plus en attente - en demande - de nouveaux auteurs. Ils participent à des ateliers d’écriture aussi parce qu’ils ne sont plus en attente de nouveaux auteurs. Ils n’attendent plus que l’auteur soit un Autre. Ils veulent bien lire et écrire, mais ensemble - sous la direction de quelqu’un qu’ils connaissent et qu’ils ont choisi. Et cela me paraît nouveau en effet. Pas encore très massif peut-être, on peut faire semblant de ne pas le voir, on peut faire en sorte de ne pas en tenir compte, mais il y a bien quelque chose comme cela qui s’opère, me semble-t-il. Un effacement progressif de la fonction d’auteur. Correlatif de l’effacement du Nom du père, dont nous parlent les psychanalystes. Et Internet accélère la chose. Ceux qui aimaient Prévert, en 46, manifestaient pour lui une sorte d’admiration gouailleuse et fraternelle. Ils ne pensaient pas lui arriver à la cheville. Ou ceux qui aimaient Aragon. Ils voyaient dans ces Poètes comme une figure idéalisée d’eux-mêmes, ils les reconnaissaient comme leurs porte-parole. Aujourd’hui, on attend d’un auteur qu’il nous fasse lire (les autres) et écrire (nous-mêmes). On attend qu’il se comporte en maître. Non pas Maître à la manière d’Aragon ou Lacan. Comme eux ont pu le paraître. Ou André Gide. Non. Mais comme on dit plutôt d’un maître d’armes ou de yoga. Et pour moi, je n’y vois pas d’inconvénient.
Voir en ligne : Un effacement progressif