Une amie psychanalyste assiste pour la première fois à l’un de mes ateliers de lecture. En sortant, je la devine un peu fâchée. Les enfants ont lu avec un enthousiasme qui crevait les yeux. Ils couraient dans tous les sens, se passaient les feuilles volantes de la main à la main, se donnaient des instructions. Mais, si je comprends bien l’objection de cette amie, ils ne se seraient pas exprimés par eux-mêmes. Je ne leur aurais pas donné la parole. Bien sûr, je ne les ai pas empêchés. Mais, non plus, je ne les ai pas fait parler.
Et quelques jours plus tard, à une reprise de la Bibliothèque verte, je raconte à Frédérique et Georges cet épisode qui me trouble encore. A ce moment, je n’ai pas l’argument que je cherche. Mais Georges est mélomane. Je lui dis, Qui donc, cependant, s’est jamais exprimé de manière plus personnelle que Callas ou Glenn Gould ? Qui donc a jamais pu douter de les entendre - eux ?
Et cet après-midi, je lis chez Nathalie Quintane :
LA MERE : Mon cadet compose au premier, et mon aîné au rez-de-chaussée.
LA POCHETTE : Ben non, on ne peut pas dire qu’on compose en reprenant un titre de Billie Holiday.
LA MERE : Et pourquoi l’interprétation n’aurait-elle rien à voir avec la composition ?
LA POCHETTE : Il y faut du nouveau, il y faut quelque chose que Billie Holiday n’ait pas fait.
LA MERE : Justement, Billie Holiday ne chante pas comme mon fils !
LA POCHETTE : Peut-être, mais on reconnaît immédiatement Billie Holiday dans ce que chante votre fils !
LA MERE : Ce qu’on reconnaît dans Billie Holiday, c’est précisément ce que Billie Holiday n’a pas inventé. Mon fils y ajoute un grain et une tenue qui, précisément, ne sont pas ceux de Billie Holiday. (Deux frères, 2003, POL, p. 134-136).
Une amie psychanalyste assiste pour la première fois à l’un de mes ateliers de lecture. En sortant, je la devine un peu fâchée. Les enfants ont lu avec un enthousiasme qui crevait les yeux. Ils couraient dans tous les sens, se passaient les feuilles volantes de la main à la main, se donnaient des instructions. Mais, si je comprends bien l’objection de cette amie, ils ne se seraient pas exprimés par eux-mêmes. Je ne leur aurais pas donné la parole. Bien sûr, je ne les ai pas empêchés. Mais, non plus, je ne les ai pas fait parler.
Et quelques jours plus tard, à une reprise de la Bibliothèque verte, je raconte à Frédérique et Georges cet épisode qui me trouble encore. A ce moment, je n’ai pas l’argument que je cherche. Mais Georges est mélomane. Je lui dis, Qui donc, cependant, s’est jamais exprimé de manière plus personnelle que Callas ou Glenn Gould ? Qui donc a jamais pu douter de les entendre - eux ?
Et cet après-midi, je lis chez Nathalie Quintane :
LA MERE : Mon cadet compose au premier, et mon aîné au rez-de-chaussée.
LA POCHETTE : Ben non, on ne peut pas dire qu’on compose en reprenant un titre de Billie Holiday.
LA MERE : Et pourquoi l’interprétation n’aurait-elle rien à voir avec la composition ?
LA POCHETTE : Il y faut du nouveau, il y faut quelque chose que Billie Holiday n’ait pas fait.
LA MERE : Justement, Billie Holiday ne chante pas comme mon fils !
LA POCHETTE : Peut-être, mais on reconnaît immédiatement Billie Holiday dans ce que chante votre fils !
LA MERE : Ce qu’on reconnaît dans Billie Holiday, c’est précisément ce que Billie Holiday n’a pas inventé. Mon fils y ajoute un grain et une tenue qui, précisément, ne sont pas ceux de Billie Holiday. (Deux frères, 2003, POL, p. 134-136).
Voir en ligne : Reprises