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Un peu pour « voir ce qui nous sert ou dessert à la fin »...

10 juin 2006, 05:41, par Mth PEYRIN

Il y eut une époque où le site Zazieweb, a pris du coffre, donc à se faire un peu repérer dans le panorama des maigres ressources littéraires internautiques interactives. Il est alors devenu le théâtre virtuel du type de questionnement que vous mentionnez à plusieurs, à la fois sur la notion de communauté - ici - de lecteurs (un exemple parmi d’autres), sur le principe d’anonymat ( relatif puisque non obligatoire mais il se trouve que peu de contributeurs y ont dérogé par mimétisme , je suppose ...) et surtout sur sa finalité (défendre la petite édition ?) . Il a débouché sur des débats houleux et sur la nécessité de mettre en place une charte -qui n’existait pas à l’origine- pour éviter les échauffourées par littérature interposée et propos déplacés. Curieusement, au moment où les blogs personnels se sont mis à proliférer il y a environ deux ans, ce phénomène devint invisible au profit d’un certain formatage du type de joutes oratoires passionnées. Il y eut préalablement quelques rappels à l’ordre, des départs et même de l’exclusion. Les responsables du site reprirent alors les manettes et beaucoup plus à leur compte la nécessité d’étoffer les liens avec des structures ressources plus stables et prévisibles, autrement dit des partenaires littéraires susceptibles de fournir à jet continu des informations liées à l’édition et aux événements qui s’y rattachent. Il y a même eu dernièrement un appel à cotisation des lecteurs-contributeurs pour assurer la perennité du site qui a eu peu d’échos. Cela aurait signifié que ceux qui nourrissaient le site payaient un péage pour appartenir à la communauté à titre de mécènes bénévoles. Le concept de départ avait là subi un sacré coup de canif et déroutait pas mal. Il n’y a pas eu de relance mais de nouvelles bannières publicitaires ont été mises en place. Il semble qu’un contrat de webmaster prenne fin bientôt et je ne sais pas comment cela va évoluer même si je reste fidèle à l’idée originale de départ ( « Les lecteurs tiennent eux même la boutique » ). De fait, le site ressemble maintenant à un placard très bien rangé où les lecteurs continuent à amener des extraits de poèmes, de livres, des citations et des commentaires et en découvrir de nouveaux proposés par d’autres lecteurs dont certains restent très assidus. Il y a donc, de mon point de vue, un abrasement notable de la fonction forum au profit d’une fréquentation plus tranquille et silencieuse des étagères du site. Cet équilibrage fait partie des maladies infantiles de toute entreprise désireuse de coopter des discutants,et l’absence de gouvernail ou une étrave trop ambivalente à certains moments, se paie parfois très cher. Mais l’on sait que les bateaux ont ceci de bien qu’on peut les remettre à flot en affinant les techniques de flottaison et de navigation. Je m’en réjouis. Entre Potemkine et Titanic il y a de quoi inventer des esquifs à taille viable. Zazieweb ressemble maintenant à un Ferry et on continue d’ y faire des voyages intéressants au gré des frets disponibles. Quoiqu’il en soit, et c’est là où je venais en venir, le tâtonnement et les erreurs de cap font partie de l’expérience collective et qui a été menée dans ce cas précis. Je le trouve exemplaire. Non seulement il réitère l’inévitable avènement de » l’illusion groupale » avec tous ses attributs de désignation de leader messianique, de bouc émissaire, j’en passe et des classiques... mais il indique assez clairement les limites de l’instrumentalisation des uns par les autres pour rechercher ces fameuses gratifications psychiques dont certains prétendent se passer tout en déployant, sans s’en rendre compte ( ?) un arsenal d’appâts qui prouve le contraire. Se lire soi est vite lassant on le sait. Rechercher un autre regard tient en effet d’un désir de se nicher quelque part en sécurité ou tout au moins dans une posture où écrire et lire a du sens pour soi. Et c’est là que les choses s’enfièvrent, les duos roucoulent jusqu’au moment où un troisième veut profiter de la becquée et bientôt comme le dit la chanson « trois là dedans ça va plus du tout ! ». Il faut donc reconnaître l’évidence : parler littérature ne soigne pas forcément les liens sociaux en première intention . Les phénomènes d’emprise ou de rejet s’y déploient exactement comme dans la vie. Nous sommes bien entrés dans l’ère paradoxalement et hyperconnectée de » la multitude des seuls » (Valéry). Je trouve intéressante cette distinction faite par FB sur la fonction « création » et la fonction » médiation « des sites internet . On peut penser que la limite entre les deux n’est pas très évidente ou très mouvante et qu’elle se répartit selon l’expérience et le degré d’élaboration dans le projet des promoteurs de sites. Mais là encore, on part de pas grand-chose et on construit quelque chose dont on ne maîtrise jamais toutes les potentialités et a fortiori tous les effets ( Ralliement enthousiaste ou polémique, indifférence , rivalité ou opposition agressive). Le choix de ne pas ouvrir de commentaires est sans soute plus confortable en ayant un bon réseau en off (C’est le cas de JCB). Lorsque le réseau devient ronronnant ou encombrant, c’est aussi une alternative. En contre - partie le fait d’ouvrir et de fermer alternativement me fait penser à ces aubergistes un peu fatigués qui , à la nuit tombée, mettent tout le monde dehors, quand il décrète qu’il y a trop de fumée , d’importuns ou de viande saoûle. Même si j’en comprends la genèse, je suis toujours intriguée par ce genre d’attitude . Seules les attaques personnelles ou les ingérences en justifient la nécessité même si je pense qu’ elles devraient ne pas se produire entre personnes sensées et de bonne foi. L’usage de l’insulte est pour moi le dernier degré d’impuissance entre locuteurs . Il est bon d’agir en amont et de savoir reconnaître assez tôt les impossibilités définitives ou non d’échange sans s’en offenser. C’est difficile et blessant. Le sites interactifs sont des viviers à malentendus, c’est pourquoi il vaut mieux lire et se contenter de relever un avis que l’on peut s’approprier sans contracter de dette, ni de rancoeur vis-à-vis de qui que ce soit . On peut même remercier de temps en temps au moins pour réactiver la fonction phatique, ça ne mange pas de pain ni beaucoup d’octets, et aussi « cultiver » des amitiés de qualité (c’est souvent ce que l’on recherche) avec le risque toujours récurrent de coteries inamovibles (Nombreux sont les gens, moi y compris, qui ne peuvent se passer de leurs vieux peignoirs rapés , un peu comme une seconde peau ).
Reste que ( Lu plus haut chez Christian Jacomino - Merci !)
« L’approche joyeuse par la langue maternelle de la signifiance propre à l’écrit a pour effet de répandre à profusion le privilège de l’écriture. »

N’ayant ni mandat institutionnel, ni mission d’utilité publique à accomplir, ni même d’argent à gagner en écrivant ici ou là sur la toile et aujourd’hui encore sur Zazieweb (Almanach Poétique en priorité), je considère comme une opportunité plutôt agréable de pouvoir partager ce que j’appellerai désormais plus souvent « le goût des mots » sans me préoccuper de ce que cela peut « donner » en pâture et faire subir contre mon gré aux mécontents. Pour moi le blog n’est une « coquille vide » ( Selon JMM) que s’il est déserté par son Bernard l’Ermite. Je l’imagine honnête et vigoureux ... Le reste du temps il lui sert de camping- car pour recevoir ou aller voir ses invités. Vive le Front Populaire et les vacances au grand air ! J’irais bien saluer Christine Genin mais je ne sais pas où elle a garé le sien. Quand on me parle du pays des mots du cœur et de l’intelligence ouverte, je me déplace très volontiers.

Voir en ligne : http://la_cause_des_causeuses.typep...