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Pour Berlol et loin d’être contre Bon ! Et pour cause !

10 juin 2006, 21:24, par Jacques qui est "grapheus tis" qui est Dac’hlmat

J’interviens un peu tard, et sans doute un peu de côté. François Bon & Patrick Rebollar estimeront peut-être que je rabâche. Bien que...

Je traîne dans mes sacs d’Éducation populaire - (vous savez ou pas : le Front populaire, la Résistance, le Vercors, Peuple & Culture, Jean Guéhénno) - une utopie qu’un homme "de lettres" avait si bien énoncée, un soir, il y a 33 ans, lors d’un échange sur France Cul sur le thème "Où va la littérature. Maurice Nadaud s’entretenait avec Roland Barthes et celui-ci, à la fin de l’échange, de rêver à

« Une certaine idée utopique de la littérature. ..
...une sorte de vision d’une écriture socialement heureuse.

Partant du fait que depuis l’avènement de la démocratie bourgeoise accompagnée par les progrès des techniques de production, il y a divorce évident entre le LECTEUR et le SCRIPTEUR.

Dans la société antérieure où la division des classes était extrêmement forte, la classe heureuse, oisive, ce divorce n’existait pas. Il y a cent cinquante ans l’enseignement secondaire qui se dispensait aux fils de bourgeois consistait à apprendre l’Art d’écrire, la rhétorique...! Maintenant, on apprend à lire...

Dans la clandestinité et en petit nombre, il y a un certain nombre de sujets qui ont le désir profond d’accomplir cette jouissance de l’Ecriture, qui se heurtent naturellement à des
barrières terribles sur le plan commercial, institutionnel, éditorial.

L’espoir de pouvoir écrire sans publier, c’est un rêve qui peut exister.

Imaginer une utopie où les Textes écrits dans la jouissance pourraient circuler en dehors de toute instance mercantile.

Ils circuleraient ; dans des petits groupes, dans des amitiés au sens phalanstérien du mot, et ce serait la circulation du désir d’écrire, de la jouissance d’écrire et de la jouissance de lire qui assurerait l ’enchaînement sans rejoindre le divorce entre lecture et écriture...

Faire du Lecteur un Écrivain.

...parce qu’à partir de ce moment, tous les problèmes de lisibilité disparaîtraient : on lirait un texte illisible, mais on le lirait dans le moment de son écriture, et à ce moment-la on le comprendrait très bien.

Le risque, c’est que, vu le conditionnement culturel, le texte ne sera qu’un espace expressif où on va s’exprimer, alors qu’en réalité, il faudrait arriver à comprendre que le texte est un espace séducteur : quand on écrit, il faut se poser des problèmes de séduction, il faut séduire l’Autre » .

Ce rêve, bien sûr, ne clarifie point la question
 : qu’est-ce qui fait qu’un énoncé linguistique
est de la littérature ?
À fortiori sur un site ? Dans un blogue ?

Mais nous sommes bien sur le seuil de l’utopie qui se réalise.
Quelle misère que Barthes se soit fait renverser sur un passage clouté ? Il serait peut-être venu commenter l’anonym@t et le bénévol@t, tout en nous rappelant que, pour lui,
« écrire est un verbe intransitif ».

Post-scriptum :
Ce n’est qu’une transcription de l’émission.
Il y a quelque gaucherie. Je crois que Nadaud a publié en opuscule, aux Lettres Nouvelles, le contenu de cet entretien.

Voir en ligne : L’invitation : Rebollar contre Berlol