Portrait de François Bon en conducteur de train ou de camping-car
5 juillet 2006, 08:26, par Christian Jacomino
Paul Claudel (dans Richard Wagner. Rêverie d’un poète français) :
"Toute l’oeuvre positive du XIXe siècle a été pour les artistes comme si elle n’était pas. Examinez combien peu ont été intéressés par le présent, sympathiques à ce qui changeait et se transformait sous leurs yeux, à ce qu’apportait avec lui de nouveau par exemple le chemin de fer. Cela, il n’y a eu que les les économistes et les socialistes pour essayer de le dire tant bien que mal dans leur patois, et personne n’a compris (sauf Whitman) ces frères sur toute la planète qu’on mettait à notre disposition."
Ce qui m’émeut chez François Bon, c’est d’abord cela : sa façon d’assumer la modernité dans la dimension de l’art (les Rolling stones) aussi bien que de la technique (les modèles de moteur, les marques de voiture). Lui-même derrière son ordinateur comme un conducteur de train, parcourant le paysage de la France d’aujourd’hui. La citation de Claudel montre que cette attitude relève traditionnellement d’un socialisme marxiste, dont Walter Benjamin serait le meilleur représentant. La posture de François Bon est très proche de celle de Walter Benjamin. Consistant dans la même ’bienveillance toujours pure’ (Hölderlin) portée à ’nos frères sur toute la planète’, que sont les objets techniques, l’architecture industrielle, les progrès, les découvertes. Affirmation tranquille, amoureuse et politique, qui a fondé le socialisme davantage sans doute que la ’lutte des classes’. Qui a fondé la sociale-démocratie en France comme dans tous les autres pays européens. Ou ce qu’on a appelé le ’progressisme’. Si l’idée de ’lutte des classes’ a un sens, ce n’est pas en tant qu’elle opposerait, me semble-t-il, les riches les pauvres, mais en tant qu’elle affirmerait le droit et le primat de la confiance dans l’avenir. Pourquoi la gauche s’en est-elle éloignée ? La gauche se souvient-elle seulement de ce qu’il y avait pour elle à défendre d’abord ? Etre de gauche signifait, Je prends le parti à la fois de la technique en ce qu’elle modifie notre paysage mental, et celui du travail (des ouvriers, des ingénieurs, des architectes, des techniciens). L’écriture de François Bon est fondée sur ce sol, me semble-t-il. Elle anime de cette manière notre paysage mental. Il parcourt la France à bord d’une camping-car imaginaire où il a embarqué son ordinateur et ses appareils photos un peu comme fait Raymond Depardon. Si ce n’est peut-être que Depardon photographie de préférence des paysages arrêtés. Tandis que chez Bon le moteur du monde, et de la France d’abord, continue de tourner.
Paul Claudel (dans Richard Wagner. Rêverie d’un poète français) :
"Toute l’oeuvre positive du XIXe siècle a été pour les artistes comme si elle n’était pas. Examinez combien peu ont été intéressés par le présent, sympathiques à ce qui changeait et se transformait sous leurs yeux, à ce qu’apportait avec lui de nouveau par exemple le chemin de fer. Cela, il n’y a eu que les les économistes et les socialistes pour essayer de le dire tant bien que mal dans leur patois, et personne n’a compris (sauf Whitman) ces frères sur toute la planète qu’on mettait à notre disposition."
Ce qui m’émeut chez François Bon, c’est d’abord cela : sa façon d’assumer la modernité dans la dimension de l’art (les Rolling stones) aussi bien que de la technique (les modèles de moteur, les marques de voiture). Lui-même derrière son ordinateur comme un conducteur de train, parcourant le paysage de la France d’aujourd’hui. La citation de Claudel montre que cette attitude relève traditionnellement d’un socialisme marxiste, dont Walter Benjamin serait le meilleur représentant. La posture de François Bon est très proche de celle de Walter Benjamin. Consistant dans la même ’bienveillance toujours pure’ (Hölderlin) portée à ’nos frères sur toute la planète’, que sont les objets techniques, l’architecture industrielle, les progrès, les découvertes. Affirmation tranquille, amoureuse et politique, qui a fondé le socialisme davantage sans doute que la ’lutte des classes’. Qui a fondé la sociale-démocratie en France comme dans tous les autres pays européens. Ou ce qu’on a appelé le ’progressisme’. Si l’idée de ’lutte des classes’ a un sens, ce n’est pas en tant qu’elle opposerait, me semble-t-il, les riches les pauvres, mais en tant qu’elle affirmerait le droit et le primat de la confiance dans l’avenir. Pourquoi la gauche s’en est-elle éloignée ? La gauche se souvient-elle seulement de ce qu’il y avait pour elle à défendre d’abord ? Etre de gauche signifait, Je prends le parti à la fois de la technique en ce qu’elle modifie notre paysage mental, et celui du travail (des ouvriers, des ingénieurs, des architectes, des techniciens). L’écriture de François Bon est fondée sur ce sol, me semble-t-il. Elle anime de cette manière notre paysage mental. Il parcourt la France à bord d’une camping-car imaginaire où il a embarqué son ordinateur et ses appareils photos un peu comme fait Raymond Depardon. Si ce n’est peut-être que Depardon photographie de préférence des paysages arrêtés. Tandis que chez Bon le moteur du monde, et de la France d’abord, continue de tourner.
Voir en ligne : Reprises