Une voix te parvient dans le noir. Elle traverse ta peau, fait trembler tes paupières, et bientôt, si tu n’y prends garde, elle va les noyer, tes paupières, et tes yeux, et ton visage et ton corps tout entier même, peut-être, la chair et les os, tu le sais, elle va les noyer, si tu n’y prends garde, à la voix dans le noir. La voix surprend ton corps allongé sur le dos dans le noir, et toujours, quand elle te surprend dans la nuit, elle réveille les douleurs, dans le dos, dans le coude droit, les articulations de la main gauche, elle réveille les douleurs de ton corps invisible dans le noir. De telle sorte que, dans le noir, invisible, c’est la douleur qui sculpte le corps. En morceaux dans la nuit de la chambre. La voix te parvient dans le noir. Elle crève ta peau comme une bulle à la surface d’un rêve, te fait ouvrir les yeux encore baignés de nuit, et rappelle à toi ton corps, te fait te souvenir que tu as un corps, te fait te souvenir que tu es faite de chair et d’os. Tu ouvres les yeux, bien forcée, par la voix, mais d’abord tu n’y vois rien. C’est le noir et le silence de la pleine nuit. Alors tu refermes les yeux. Mais la voix est là qui se rappelle à toi, qui te rappelle à toi. Te serre les tempes. La gorge parfois. La voix colle, épaisse des bribes de jours, mêlée des nuits de l’enfance.