Jamais ne le trouveras !
Pourtant, je revois l’escalier qui craque et sa rambarde incertaine et les lumières venant le frapper depuis la mince fenêtre du cinéma d’à côté avec de temps en temps le solo d’un gyrophare de police ou peut-être d’ambulance, va savoir.
Je revois le labyrinthe du couloir, essayer de se préparer à la difficulté de retrouver d’emblée l’itinéraire le plus court le soir où on rentrera trop fatigué, trop assommé par la lumière heurtant l’obscurité de l’escalier, ces tournants à angle droit, ces chambres seulement numérotées.
Je revois l’entrée dans la chambre et aussitôt la plaque sous verre, au mur, évoquant le livre de Saint-Exupéry, l’espoir fou d’arriver enfin dans un endroit où il s’est passé quelque chose digne d’être raconté dans un livre.
Je revois la brusque traversée vers la fenêtre et la consternation de n’y voir que d’énormes cheminées, du dehors rien n’avait préparé à l’idée qu’il pouvait y avoir des cheminées aussi énormes, à la fumée aussi sale.
Et puis ce qui est finalement un meuble mais à la fonction d’abord incertaine avec ses épaisses lanières noires, à la ressemblance trompeuse avec ce collecte-dessin de certaines chambres d’enfant, là juste un reposoir à sac : pose ton sac au-dessus du parquet et repose-toi un peu.
codicille : le premier texte avait été écrit à partir d’éléments connus de divers hôtels. Le second en reprend la plupart, les remanie et en ajoute un peu car il se tourne vers un hôtel encore à inventer, un hôtel de désir pour le genre de lieu où a rarement eu l’idée de construire un hôtel : le faubourg…
Enfin le trouver !
Avec son escalier qui craque et pourtant ne réveille personne, avec sa rambarde incertaine et pourtant conduit sûrement à la chambre refuge où les lumières filtrant par la fenêtre ne portent que les émerveillements des séances du cinéma d’à côté d’autrefois.
Avec un couloir en labyrinthe pour s’amuser, jouer à trouver un itinéraire différent pour chaque soir et le plus long et tortueux pour le soir où on aura justement le plus besoin de distraction, de tournants plus enivrants que des pistes de toboggan, de chambres dont les numéros de porte évoqueront autant de secrets, tantôt fous, tantôt forts, comme un armagnac.
Avec une aventure en train d’être vécue derrière chaque porte et le respect de ne saluer chacune que légèrement en passant dans le couloir pour rejoindre, avec gratitude, la sienne propre et savourer de continuer à la vivre, intensément.
Avec des fenêtres qui transforment leurs vues au gré de l’inspiration, tantôt montrent des échappées lointaines vers les riches plaines de la vallée de l’Hers et leurs champs de fèves, d’artichauts et de violettes, tantôt des cheminées d’usine où s’accordent enfin, en fumées, les couleurs de l’arc-en-ciel.
Avec un meuble d’accueil tout à côté du plus confortable des fauteuils, un genre de hamac à valise, aux épaisses bandelettes tressées, ventru comme une halte dans un monastère de bonne chère et avenant comme une école primaire qui aurait pu connaître et digérer les rêves de mai soixante-huit, un meuble qui parlerait et dirait : pose là ta valise, pose-toi sur le fauteuil et raconte ton histoire.
quel joli texte qui nous entraîne par « l’escalier qui craque » jusqu’à la contemplation des toits et des cheminées…
on se demande ce qui s’est passé là
ce « repose-toi un peu » est une conclusion merveilleuse
Merci, Françoise, d’avoir en quelque sorte osé entamer la première page et pris le temps d’écrire sur le livre des voyageurs…
« rien ne nous avait préparé … » cette plongée au dehors, ce paysage qu’on n’attend pas; ce désir de trouver là le début d’un début … Le porte bagage ( reposoir à sacs ) attrapé par ses formes, puis l’invitation au repos proposée comme une ouverture au texte qui viendra…
Merci Nathalie pour le témoignage de ce passage et l’encouragement reçu à construire un hôtel qui serait reposant… via un nouveau texte !
découvrir la version 2 avec plus de couleur, plus de joie à parcourir le couloir labyrinthe
découvrir cette description que je trouve magnifique :
« tantôt montrent des échappées lointaines vers les riches plaines de la vallée de l’Hers et leurs champs de fèves, d’artichauts et de violettes, »
(j’ai le goût des artichauts dans la bouche, je ne sais pas pourquoi… et je perçois l’odeur si spécifique de la violette)
aimer tes meubles qui racontent…
Ah, le bel écho qui rend encore plus présent les couleurs, les goûts… invite à tendre encore plus l’oreille vers ce qu’aurait à dire le bois… Et puis, se réjouir simplement du partage offert par l’écriture ! Merci, Françoise.