Par quoi est-ce que cela avait commencé ? Pas par le cadre avec sa photo accrochée à une place insolite, au mur de la grande salle à manger, elle avec sa fille, qui n’étaient même pas de la famille. Le cadre en bois sombre comme tous les autres, issus de l’atelier qui jouxtait la maison. Pas non plus par le prénom, son prénom, inhabituel parmi les Jeanne, Marie, Odile, Marie-Thérèse, Marie-Louise, … Elle à s’appeler Florence, quand dans les récits on ne l’appelait que la femme du Docteur Pirlot. Ces deux éléments ne me parviendraient que plus tard, une fois le récit bien avancé. Je buterais alors sur une autre question : pourquoi ma cousine s’en souvenait-elle et pas moi ? Elle, à avoir mémorisé tant de détails, bien d’autres que l’emplacement du cadre et le prénom, en avait toujours cherché, interrogeant jusqu’au bout ceux d’avant du temps où il était encore temps, envoyant des courriers jusqu’en Russie pour tâcher de lever le voile sur les trous de sa propre histoire, alors que moi, écrivaine, qui pouvait faire feu de tout bois, j’avais l’impression de disposer d’une mémoire défaillante qui avait laissé tout se perdre, partir à vaux l’eau. Et je devais me résoudre à mener le récit comme une lutte incessante, un combat que j’aurais perdu autrefois et sur lequel j’avais décidé de revenir pour prendre ma revanche. L’écrire malgré tout.
16 commentaires à propos de “#construire #01 | Lutter”
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Voici une écriture qui me rappelle La maison vide, de longues phrases, des questions sans réponse pour l’instant… Hâte de découvrir qui était Florence.
Merci, Khedidja.
Oui, ça rappelle la maison vide. Donc de belles pages en perspective. Hâte de lire la suite.
Merci de ta lecture, Betty. Je l’ai sur ma table de nuit depuis un moment… Je vais l’ouvrir.
disposer d’une mémoire défaillante…. laisse la place à tous les possibles… merci pour ce début d’intrigue.
Merci, Eve. Je voudrais te lire, mais la rubrique auteur n’est pas encore en place ou alors je n’y parviens pas. Je te cherche…
C’est vrai que nos fils se touchent ! Je me demande si la fiction n’est pas le meilleur enterrement de la mémoire…
Emmanuelle, tu as l’art de dire en peu de mots des choses puissantes. Tu donnes toujours à réfléchir. Merci. Je note « je me demande si la fiction n’est pas le meilleur enterrement de la mémoire ».
Ma chère Anne,
Je suis bien heureuse de te retrouver ici.
J’aime beaucoup la partie autour de la mémoire, ce qu’il en reste, n’en reste pas, la lutte pour écrire le récit et le désir de revanche.
Et ce que tu écris autour du prénom… cette Florence qu’on appellera dans l’histoire « la femme du Docteur Pirlot ».
Hâte de lire la suite.
Bises.
Ah, la suite, si seulement… Merci, chère Annick.
« Lever le voile sur des trous » qu’ils soient d’histoire ou de mémoire, je me demande toujours si là n’est pas ce qui consiste à faire littérature, et votre texte me donne une réponse comme une évidence. La suite ? Oui, il la faut !
Merci, Serge, de votre commentaire qui donne élan. Heureuse si une évidence est sortie de tout cela. 🙂 Je vais vous lire, enfin si je vous trouve.
Pourquoi elle se souvient et pas moi . Ce qui reste dans nos têtes. Travailler l’oubli ou surtout avec lui. Un récit comme une lutte : beau combat. ( la fiction comme enterrement de la mémoire ? ça dépend si c’est au fond du jardin sans nom ou avec une dalle gravée au cimetière)
J’aime ce choix que tu me donnes. Trop souvent sous un tas de feuilles mortes au fond d’un parc désert dont on voudrait s’échapper à la nuit tombée mais les grilles sont déjà fermées. Lol. Merci de ta lecture, Nathalie. Et de ton humour.
… un récit comme une lutte avec la mémoire ça me plait
Une étrangeté, un décalage, c’est l’impression que me donne le texte, et la promesse d’un récit déjà bien avancé, à lire.