A propos de Anne Dejardin

Projet en cours "Le nom qu'on leur a donné..." Résidences secondaires d'une station balnéaire de la Manche. Sur le blog L'impermanence des traces : https://annedejardin.com. Né ici à partir du cycle«Photographies». Et les prolongations avec un texte pour chaque nom qui dévoile un bout de leur histoire. Avec audios et vidéos, parce que des auteurs ou comédiens ont accepté de lire ces textes, l'énergie que donnent leurs voix. Merci. Voir aussi sur Youtube.

# le livre comme fiction #06 | Porter le même prénom.

Elle sourit dans le médaillon, alors qu’il n’y a pas de quoi, pas de quoi se réjouir… Je ne veux pas la lire. La fin, on la connaît. C’est toujours ce qu’on en dit en premier. Alors pourquoi ce sourire sur la couverture ? A -t-elle vraiment cru qu’elle allait s’en sortir ? C’est une lecture obligatoire. Alors tu lis. Tu lis Continuer la lecture# le livre comme fiction #06 | Porter le même prénom.

#le livre comme fiction #04 | Des livres pour la vue.

Le grand buffet avec sa triple vitrine, je ne l’avais connu que meuble à livres. En avait toujours contenu. Depuis les premiers que j’ai lus et dont les bords irréguliers, ciselés, resteraient longtemps un mystère, aux pages jaunies qui enfermeraient à jamais l’odeur de l’enfance. Dans la pièce vidée qui avait été chambre d’enfants puis salle à manger pour un Continuer la lecture#le livre comme fiction #04 | Des livres pour la vue.

#livre #05 | En boîte à livres.

Quand de la consigne, tu ne retiens que le mot échapper. Échapper à une logique marchande, il avait dit. Eux aussi échappés, réunis pour un temps plus ou moins long dans une maisonnette bleue de poupée et son toit à deux pentes et sa façade vitrée et si tes mains chargées, du regard y plonger pour déchiffrer le titre sur Continuer la lecture#livre #05 | En boîte à livres.

#livre #02 | Ailleurs.

Un monde inexistant entre les pages trop larges d’un livre hors cadre avec son format unique. Il faut une table pour l’ouvrir et le bras est trop court pour que les pages tournent aisément.  À l’intérieur des planches de couleurs et elles sont moches. On n’écrit pas moche. Moi je l’écris comme on se venge. Moche. Se venger de quoi ? Continuer la lecture#livre #02 | Ailleurs.

#livre #01bis | La tranche.

Le respect de la tranche. Depuis toujours. Que le livre se referme, une fois la dernière page lue, indemne de notre passage. Vierge de nous. Les poches, plus dociles que les autres éditions, tenant ouverts dans une seule main. A cause d’une finesse de page sans doute. Les doigts ne forcent pas. Absente la douleur dans le poignet, absente même Continuer la lecture#livre #01bis | La tranche.

#livre #01 | L’alignement.

Le toucher suffisait. Sauter dans l’ailleurs, comme une téléportation à effet immédiat. Surtout ne plus être ici. Dès le tenir en main. Avant d’ouvrir et d’entrer. La couverture rigide, cartonnée. En nombre, avec une apparence d’infini. Après celui-ci, il en viendrait toujours un autre, un nouveau qu’on n’avait pas lu. Jugulée la peur de tomber à court, comme si le Continuer la lecture#livre #01 | L’alignement.

#construire #12 | Ordonner, verbe unique pour mettre de l’ordre et intimer une action.

Un album ouvert, en équilibre sur quatre genoux. Elle montre une photo de ses grands-mères à sa petite, comme pour leur donner existence par-delà.Et soudain cette photo. Lui, quinze ans, qui fixe l’horizon, le bleu de la mer ou du ciel, les jambes bronzées allongées devant lui sur le bateau qui reliait Bormes-les-Mimosas à l’île du Levant. Et sa peau, Continuer la lecture#construire #12 | Ordonner, verbe unique pour mettre de l’ordre et intimer une action.

#construire #08 | Les ponts de l’histoire.

Il faudra un jour, il faudra parler de pont à quelqu’un qui n’écoute pas, et cela s’appelle écrire. J’écrirai à propos des ponts de mon histoire, comme pour prolonger le roman précédent qui les évoquait, mais c’était surtout pour parler de leur destruction pendant la guerre, à partir de phrases laconiques — les ponts avaient été détruits, on les avait Continuer la lecture#construire #08 | Les ponts de l’histoire.

#construire #06 | faire.

S’occuper. Activer les mains pour calmer le dedans de la tête, le discipliner. Être à ce qu’on fait. Depuis des doigts minutieux, même pour les grands travaux. Que l’esprit n’aille pas se croire tout permis et chambouler tout le creux du ventre et tout l’autour. Dompter les pensées comme traquer la poussière ou faire les vitres ou ranger les placards. Continuer la lecture#construire #06 | faire.

#construire #05 | un refuge.

C’était haut, haut même pour une taille d’adulte. Un rectangle qui avait vue sur le ciel ou le ciel qui avait vue au-dedans comme percer les ténèbres. De là tombait la seule lumière et c’était sur un damier de dalles blanches et noires disposées en losanges au sol du long couloir. Une surface vitrée inaccessible et close à jamais d’un Continuer la lecture#construire #05 | un refuge.