C’est devant la fenêtre plongeante que j’examine le livre que Bertrand vient de m’apporter. C’est même un cadeau, ce livre est le cadeau d’une période difficile qui va s’éclairer. D’ailleurs, ça commence par voyage, dire que quelque chose va se déplacer, dire que je vais me déplacer d’une période à une autre, de quelque chose de sombre à quelque chose où la lumière sera autre. En plus ça dit voyages, ça promet de l’abondance, des périodes successives peut-être qui auront chacune leur lumière et ça me donne terriblement envie de commencer très vite. Voyages de l’autre côté, carrément. Je découvre alors qu’il pourrait y avoir un autre côté. Que cela tient à l’écartement d’une couverture. Pour en être là, c’est sûr que je n’ai pas lu assez de livres encore. Mais celui-là est dans mes mains et mon regard plonge par la fenêtre dans le cloître des Jacobins. D’autres ont rêvé là-bas d’un autre côté et peut-être, tout en tournant en rond là-bas ont fait de vrais voyages. Mais le livre est presque carré. Un peu moins que le cloître quand même, mais un carré qui, plus que le rectangle, appelle le rond où l’on tourne, parfois pour prendre son élan et s’envoler. Vert, la couverture est verte et je la découvre à la saison où le vert s’est affadi. Promesse d’un retour du vert avant l’heure ou plutôt de l’avènement d’un vert nouveau, de verts nouveaux même ! Le bandeau est déjà d’un autre vert. Le nom de l’auteur ne me parle pas encore. Devant Bertrand, je n’insiste pas trop sur le fait que je ne le connais pas. C’est lui qui a droit aux plus gros caractères sur le bandeau. Caractères bâtons. Le titre, lui, s’est vu offrir les contrastes du gras et du maigre. Voyage, voyages… Mais ce n’est pas encore l’époque où est sortie la chanson. Le bandeau dit tout ce qu’il y a à savoir, sans doute. Tout est pourtant écrit sur la couverture aussi. En caractères plus petits, d’un doré qui se fond dans le vert comme certaines fleurs dans les pelouses. Des saisons à venir. Ce qui est écrit sur le bandeau saute aux yeux, ça me fatigue vite. Ce qui est écrit sur la couverture prépare à une douce plongée. Mon envie est plutôt là.
oh ce livre cadeau de couleur verte avec des lettres dorées
ça se passerait dans l’enfance et Bertrand serait un copain d’école, enfin peut-être (là c’est mon imagination qui parle)…. oui mais tu sais qu’il y a un nom sur le livre et que c’est celui de quelqu’un qui a écrit l’histoire, alors va savoir…
« se préparer à une douce plongée »…
une belle entrée en matière
oui et qu’est-ce que le livre cadeau raconte de celui qui l’offre aussi…
Quelle frustration que de ne pas savoir à la fin de la lecture de quel livre il s’agit ! Cela n’apporterait rien, bien sûr car tout est donné dans le temps où il est reçu comme cadeau, tout est donné dans ce texte qui décrit l’effet qu’il produit. La forme du livre, celle du cloître, l’échappée, les verts… Vraiment beaucoup aimé. Merci, Philippe.
Mais Anne, c’était pourtant inscrit : Voyages de l’autre côté… Trop en filigrane peut-être ? En tout cas, j’espère avoir, par cette révélation, apaisé la frustration…
Tu as raison, Le Clézio m’a échappé. Mais je ne connaissais pas ce livre-là, inculte que je suis… Mais cette ignorance n’enlève rien au bonheur de lire ce texte. 🙂
Quant à moi, aucun mérite d’avoir connu ce livre qui m’a d’ailleurs fait connaître Le Clezio jusqu’à des formes d’identification risquées pour moi : un ami moins inculte que moi me l’avait offert… 😉