1
Écoute ce que tu ne veux pas entendre de ce monde
2
l’animal se noyait | nos huit bras le sauvent | apeuré, hors de l’eau, il nous charge | ses yeux nous menacent | l’un de ses sabots frappe sans cesse la terre | il s’enfuit enfin sur la route du village | ce jeune taureau ignore qu’il nous doit la vie | il ne sait pas plus que le maire a pris un arrêté d’abattage
3
Fade et vide comme un dimanche. Un jour comme tous les autres quand la chaleur accable et ruine même les nuits. Un jour à n’attendre rien. Et pourtant, un long instant, un moment inattendu, inespéré : dans un creux de la pierre, un reste de pluie dont s’approche un tout petit lézard. Farouche, prudent, audacieux, il vient là, tout proche, tirer sa langue noire. Il boit. Il boit encore. Encore et encore. Et s’enfuit soudain, disparaissant entre les pierres du vieux mur.
4
Les coups de la langue fourchue et noire sont rapides, saccadés. L’oeil gauche du petit reptile est noir, fixe, sans mouvement. Sans doute possible un tyrrhénien mâle car les couleurs de sa peau tirent vers le vert et possèdent de petits points bleus sur les flancs.
5
Tout le poids des autres quand ce sont eux qui choisissent vos chaussures et vos bottes | Rien que sa liberté quand on peut enfin ne mettre à ses pieds que des chaussures de pont | Toutes les souffrances les plus terribles du monde quand ce monde contraint des millions d’hommes, de femmes et d’enfants de marcher pieds nus
Comme le lézard, j’ai bu vos mots et ça a étanché une partie de ma soif de découverte.
J’ai bcp aimé aussi le 5 : les godasses choisies par d’autres et le rappel qu’ils sont nombreux à marcher pieds nus.
Merci
Comme Michèle, j’ai bu avec le lézard à la fraîcheur franche des mots
Merci Michèle, merci Perle de vos lectures, de vos retours et de vos textes. Très heureux de ne pas être seul à prêter attention à la soif des lézards.
« dans un creux de la pierre, un reste de pluie « quelle force dans ces images, des plus abruptes au plus ténues
Cette invitation à écouter voir ou à prendre le taureau par les cornes : sauvetage désespéré ? Écoute désespérante ?
Douceur de boire
Merci
Merci Nathalie de vos retours toujours encourageants. Hâte de lire votre nouvel ouvrage que je viens de commander chez mon libraire. Votre titre , Couché on fait plus court, me plaît beaucoup.
J’ai beaucoup aimé vous lire. Votre gros plan est formidable, vos semelles aussi.
Pardon Ugo, le commentaire était pour Nathalie. Je vous ai lu aussi, comme chaque fois : court et percutant.
Merci pour ces textes entre prose et poésie qui nous invitent à regarder de près la nature , les animaux et les hommes . « Toutes les souffrances les plus terribles du monde quand ce monde contraint des millions d’hommes, de femmes et d’enfants de marcher pieds nus » en somme travailler notre humanité , merci pour ça !
Merci Ugo pour cette attention au lézard, au taureau. Vos textes de cette semaine résonnent pour moi avec le poème de Lorca, El lagarto está llorando.
Des chaussures de pont… Tellement… Merci Ugo, ici juste en passant.
Merci Anne, Betty, Carole, Emilie de vos passages, de vos retours, de vos écritures.