# 02-Arts de la fiction # Ce serait déjà ça

Albert Helter – Le Départ des poilus, août 1914. MES GARES GARE DE L’EST La gare de l’Est pour lui, c’est comme l’église du quartier – on l’entend de loin, c’est un repère au même titre que la mairie ou l’école – un bâtiment paysage. Arrivée devant cet ex-embarcadère ferroviaire de Strasbourg (sa ville de naissance), il ne manque jamais Continuer la lecture# 02-Arts de la fiction # Ce serait déjà ça→

arts de la fiction #02 | couleur temps

un verre de vin • en milieu d’après-midi • à la descente d’un train • drôle d’envie • la rainure entre le marche-pied et la gare, une fente noire, yeux baissés, abîme de la pensée vers l’insoupçonné des rails, le sous-ventre du wagon, ses tuyaux comme des entrailles • un pas suffit à franchir à la fois le seuil de Continuer la lecturearts de la fiction #02 | couleur temps→

arts de la fiction #02 | Burscough Bridge, 2005 

Le soleil au zénith éclot d’un été doux quand il lui faut deux poussées nerveuses pour ouvrir la vieille porte de bois noire raclant le dallage de terre cuite, le visage rougi par la vapeur, perlé sous ses cheveux blonds mouillés, me rejoignant, déjà prêt à partir mais encore allongé sur le matelas double, jeté à même le sol de Continuer la lecturearts de la fiction #02 | Burscough Bridge, 2005 →

 #02# Julien Gracq, Laroche-Migennes

Chrysalide À onze ans, j’attends seule ma correspondance à Laroche-Migennes, par une journée d’été. Je suis descendue d’un train et l’autre arrivera sur le même quai. À l’arrivée, quelqu’un m’attendra. Je le sais. Mais pour l’instant, personne ne m’attend. Le quai est presque vide. Le contrôleur porte une chemise claire sous sa veste et tient sa casquette d’une main tandis Continuer la lecture #02# Julien Gracq, Laroche-Migennes→

#arts de la fiction #02 | attente, et un peu plus

S’asseoir dans une gare. S’asseoir et attendre. Une arrivée, un train en partance. Attendre que le temps passe. Arroser son jardin intérieur, cultiver l’ennui. Fermer les yeux, même, si l’occasion se présente, il y a des graines qui ne germent que dans le noir. J’ai rencontré Hippolyte dans un hall de gare. Il parlait avec Monsieur Goulouja que je croyais Continuer la lecture#arts de la fiction #02 | attente, et un peu plus→

Arts de la fiction #02 | ligne de ravitaillement

Parce que ça se passe au début, on n’a aucune idée des choses déjà là, ou naissantes. C’est comme ouvrir un théâtre de carton pour enfant où il faut installer le décor, fragmentaire, quelques plaques récurrentes, l’une avec la forêt, la découpe des arbres, l’autre un cerf, ses bois tout ajourés, et un buisson, un seul, rond, qu’on enfonce par Continuer la lectureArts de la fiction #02 | ligne de ravitaillement→

# arts de la fiction #02 | une voie à écartement métrique

Le 21 août j’entre et je prends cette photographie perdue depuis. La veille j’étais passée devant la petite gare, haute sur pattes, au toit pentu, presque incongrue dans ce paysage de montagne. Me reviennent les couleurs saturées de ce groupe de voyageurs qui attendait sur le quai ; ces jaunes et rouges qui tranchaient le vert sombre des arbres. Et Continuer la lecture# arts de la fiction #02 | une voie à écartement métrique→

#arts de la fiction #02 | vers Manali

« C’est le tissu d’une page qui m’intéresse plutôt qu’une histoire » Julien Gracq entretien avec Philippe Colas, 9 juin 1970 2019, en gare de Montpellier, couloir froid et venteux, direction Toulousebeaucoup de retard annoncé, atmosphère lugubre, je serre mon manteau contre moiannées 1970, en gare des Moutiers-en-Retz, ligne 10 entre Sainte-Pazanne et Pornic c’est en période estivale, un troupeau pâture entre Continuer la lecture#arts de la fiction #02 | vers Manali→

Arts de la fiction #01 Début de saison

Je suis dans ce hall immense, des gens par dizaine sont présents, regroupés, groupés, certains isolés cherchant un visage familier, deux femmes se retrouvent, heureuses de se retrouver, elles rejoignent des poufs colorés, penchées l’une vers l’autre elles discutent joyeusement… Mes yeux regardent, je tente d’attraper au vol des mots, un mot, un brouhaha inaudible a envahi l’espace, quand soudain, Continuer la lectureArts de la fiction #01 Début de saison→

#arts de la fiction #01 | un pain de limace

J’entre dans la cuisine à l’aube. C’est la nuit encore. Sous mes pieds nus je sens la poussière de sable des carreaux; mes ongles frottent le sol; on dirait des griffes. Le réfrigérateur ne fait aucun bruit, son silence m’inquiète. Je cherche l’interrupteur. Là où le mur pèle et laisse sur la pulpe des doigts des trainées blanches. J’allume. Un Continuer la lecture#arts de la fiction #01 | un pain de limace→