arts de la fiction #01 | terre-entrailles

Je suis dans une grotte ; il fait nuit. Une lumière phosphorescente irradie sur les concrétions, sans que j’en puisse déterminer la source. Des chandelles de roche montent du sol, des conques s’ouvrent ; toutes sortes d’organismes semblent suspendus, figés dans une matière cireuse, tenant à un fil de calcaire. Sur un fond ocre et beige, le rouge de l’hématite laisse çà et là sa trace. À l’entrée d’une niche que l’on distingue à peine tout au fond de la grotte, se devinent les dents de la terre. Je me retourne ; un bruit d’eau. Je suis seule et trop enfoncée dans le dédale des galeries pour apercevoir la moindre ouverture vers dehors. Impossible de savoir s’il fait jour ou nuit. Un son se fait entendre, bref et sifflant, comme d’un instrument à vent. Pas le moindre souffle d’air. Je n’étouffe pas, et pourtant les parois se sont rapprochées. Mon crâne pourrait toucher le plafond. Je suis grande d’un million d’années. Une stalactite me frôle la joue, gluante tentacule. Je suis sur le point de crier quand tout se fige. La lumière s’éteint………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………Une stalactite me frôle la joue, gluante tentacule. Je suis aux prises avec les entrailles de la terre. Toujours ocres et blancs, il se forme des tubes annelés qui s’allongent, des spirales de calcaire, des lustres de pierre buissonnants, aux branches disparates, partant dans tous les sens comme des doigts difformes, et qui n’ont rien à voir avec les étoiles. Toutes ces métamorphoses émettent une lumière verte. La seule issue est ce lac noir, sans une ride à la surface, un trou rond, sans retour. Je n’ai pas le choix…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………Toutes ces formes n’ont rien à voir avec les étoiles qui scintillent sans rien émettre dans un ciel très lointain et très noir. Un bruit d’eau. Tâtonnant dans l’obscurité, ma main rencontre de la mousse gorgée d’humidité. La rosée est glacée. Je frissonne. Les contours de grands arbres, de leurs feuilles superposées, se dessinent aux alentours. La consistance visqueuse de la terre boueuse colle à ma paume et à mes doigts. Une branche craque. Un cri de singe. L’appel d’un oiseau. C’est bientôt l’aube.

A propos de Laure Humbel

Site internet : Sur mes tablettes, laurehumbel.fr. Dans l’écriture, je tente de creuser les questions du rapport sensible au temps et du lien entre l’histoire collective et l’histoire personnelle. Un élan nouveau m'a été donné par ma participation aux ateliers du Tiers-Livre depuis l’été 2021. J'ai publié «Fadia Nicé ou l'histoire inventée d'une vraie esclave romaine», éd. Sansouire, 2016, illustrations de Jean Cubaud, puis «Une piétonne à Marseille», éd. David Gaussen, avril 2023. «Ton Nombril» et «BigBang» (Toutàlheure, 2023 et 2024, illustrations de Luce Fusciardi) sont des albums pour les tout-petits qui forment un diptyque sur le thème de l'origine.

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