Je suis dans une grotte ; il fait nuit. Une lumière phosphorescente irradie sur les concrétions, sans que j’en puisse déterminer la source. Des chandelles de roche montent du sol, des conques s’ouvrent ; toutes sortes d’organismes semblent suspendus, figés dans une matière cireuse, tenant à un fil de calcaire. Sur un fond ocre et beige, le rouge de l’hématite laisse çà et là sa trace. À l’entrée d’une niche que l’on distingue à peine tout au fond de la grotte, se devinent les dents de la terre. Je me retourne ; un bruit d’eau. Je suis seule et trop enfoncée dans le dédale des galeries pour apercevoir la moindre ouverture vers dehors. Impossible de savoir s’il fait jour ou nuit. Un son se fait entendre, bref et sifflant, comme d’un instrument à vent. Pas le moindre souffle d’air. Je n’étouffe pas, et pourtant les parois se sont rapprochées. Mon crâne pourrait toucher le plafond. Je suis grande d’un million d’années. Une stalactite me frôle la joue, gluante tentacule. Je suis sur le point de crier quand tout se fige. La lumière s’éteint………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………Une stalactite me frôle la joue, gluante tentacule. Je suis aux prises avec les entrailles de la terre. Toujours ocres et blancs, il se forme des tubes annelés qui s’allongent, des spirales de calcaire, des lustres de pierre buissonnants, aux branches disparates, partant dans tous les sens comme des doigts difformes, et qui n’ont rien à voir avec les étoiles. Toutes ces métamorphoses émettent une lumière verte. La seule issue est ce lac noir, sans une ride à la surface, un trou rond, sans retour. Je n’ai pas le choix…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………Toutes ces formes n’ont rien à voir avec les étoiles qui scintillent sans rien émettre dans un ciel très lointain et très noir. Un bruit d’eau. Tâtonnant dans l’obscurité, ma main rencontre de la mousse gorgée d’humidité. La rosée est glacée. Je frissonne. Les contours de grands arbres, de leurs feuilles superposées, se dessinent aux alentours. La consistance visqueuse de la terre boueuse colle à ma paume et à mes doigts. Une branche craque. Un cri de singe. L’appel d’un oiseau. C’est bientôt l’aube.
Être dans une grotte la nuit, ça ne peut être qu’un rêve, presqu’un cauchemar mais l’oppression est bien réelle, on la sent comme elle était nôtre… Et ce lac noir, sa seule voie de sortie… Ça démarre en force !
Le lac noir s’est imposé ; et il est revenu hier soir, après que j’ai posté ce texte, dans un autre texte de Michel Butor que François nous a fait lire à l’atelier du mardi soir…
« Je suis grande d’un million d’années. » (c’est beau cette phrase)
merci Christine, peut-être trop anthropocentrée quand même par rapport à la géologie de la grotte ?
terre primitive, glaise, boue glacée, dédale des galeries, de quoi nourrir une peur réelle et un rêve noir à l’image du lac
je retrouve avec plaisir « le contour des grands arbres » si rassurant…
(c’est bien de creuser un même sillon sur deux ateliers…)
merci Laure pour cette exploration plutôt spéléo…
Merci Françoise, oui je suis d’accord sur le sillon et les deux ateliers.
Merci Laure pour cette avancée dans la grotte; c’est très saisissant!
Merci Solange, je suis contente que tu emploies ce terme de saisissant.
le réveil, le matin…(brrr) très prenant (merci encore)
je frissonne avec toi !
Après cet été brûlant, est-ce que ça fait du bien ? 😉
Merci Dominique pour ton commentaire.