#chroniques #04 | Le sien

1| Du monde

Qu’y aura-t-il derrière la peur ? Galvaniser sans exiger … Revenez Revenez … Fuyez … Mais pas si vite.

2| Le réel

Oser prendre un sujet banal comme un coucher de soleil. Rappeler qu’il a fallu s’asseoir sur le bord de mer à même les cailloux de la plage pour un peu plus d’authenticité. S’imposer un récit seconde par seconde du soleil qui s’abaisse dans la mer. Redonner au soleil sa couleur rouge qui permet de le regarder dans les yeux pour le lecteur. Évoquer rapidement qu’on a cru déceler peut-être une légère couleur verdâtre à l’horizon. Ne pas se satisfaire uniquement des couleurs, mais rendre aussi la forme et surtout la vitesse. Noter qu’on a failli, comme toujours, rater le moment où il disparaît pour de bon. Ne pas savoir quand arrêter la description, quand arrêter l’observation, quand le spectacle est bien fini. Exagérer l’impression de lumière qui est laissée encore et qui rend la fin moins nette ; il y fait encore jour.

3| Écrire avec Clarice Lispector

« Tu sais cet argent je ne l’ai pas volé. Il est quelque part cet argent mais je ne sais pas où. »
« Quel argent ? »
« L’argent de quand tu étais petite, l’argent que je t’ai donné petite »
« Ah »
« C’est que cet argent, je n’ai pas pu le garder sur un compte parce que je n’avais pas le droit d’avoir un compte à ton nom, il fallait que ce soit au nom de tes parents, alors je ne l’ai pas gardé cet argent, mais je te promets, je ne l’ai pas volé cet argent. »
« Mais il est où maintenant cet argent ? »
« Cet argent j’ai demandé à mon banquier, il a dit qu’il avait été retiré, donc moi je ne sais pas où est cet argent, il faut demander à ta mère, mon banquier m’a dit qu’il avait été retiré sur un autre compte bancaire. »
« Ah d’accord. »
« Mais je peux te le prouver tout ça, j’ai les papiers, si tu veux, je te trouve les papiers, comme ça tu verras que je ne suis pas une menteuse, qu’on te l’a donné cet argent. »
« On va être en retard pour le train. »

4| De soi-même et d’écrire

Quand on l’aperçoit, c’est d’abord son chien que l’on voit, que l’on reconnaît. Un chien en recherche de caresses qui court directement sur les gens de passage qu’il voit lors de leur promenade. Certaines lui donnent des caresses. Et le maître suit son chien de loin. Souvent les passants lèvent leurs yeux sur le maître mais celui-ci ne les regarde pas vraiment. Il porte ses grandes lunettes noires qui le cachent un peu à la vue des autres. Il n’a pas le physique de son chien, ni l’amabilité. Quand il dit aux passants qu’ils peuvent garder son chien, au fond il y croit presque à sa propre blague. Se débarrasser de ce chien se serait se débarrasser de ces promenades interminables dans le parc où il faut adresser une petite parole à la personne qui s’est abaissé à caresser son chien. Il aurait préféré se retrouver ailleurs qu’avec son chien au pied d’un énième promeneur dans le parc. Mais son chien lui est fidèle et finit toujours par courir après lui alors qu’il avance déjà loin, loin des gens qui caressent son chien.

5 |

Tenir les rituels
que l’on s’est imposés
même ceux qui nous font se sentir
plus couché que debout

Tenir à dire ce que l’on a aimé
quand on l’a aimé très fort
ou même un peu alors que l’autre
se tenait devant nous debout

Tenir un langage qui ne nous ressemble pas
devant des visages qui nous semblent peu familiers
dans l’espoir que ça nous donnera une stature
sur nos pieds face aux autres debout

Tenir en haleine devant
les incertitudes qui tombent
comme des choses molles qui collent
aux semelles sur le sol debout

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