arts de la fiction #01 | L’issue des rêves

— À partir d’aujourd’hui, je décide de partir au bout de mes rêves pour en traquer l’issue.

— Tu crois pas que tu dors assez comme ça ?

— Non, Gabriel, tu n’as pas compris.

— Et encore, je suis poli. Tu devrais te chercher un petit travail, non ?

— Je suis sérieux et ça ne va pas être facile.

— Allons donc, il te suffit de prendre un verre d’eau au cas où tu te réveilles.

— Il faut que je prenne des notes. Finalement que sais-je des rêves ?

— Que pendant ce temps-là, tu ne fais rien d’autre ? C’est déjà bien, non ? Qu’est-ce que tu voudrais d’autre ?

— Par exemple que notre conversation actuelle ne puisse pas avoir lieu dans un rêve.

— Parce que nous sommes couchés ?

— Non, mais, je ne peux pas te le dire.

— Pourquoi ?

— Parce que sinon cela briserait le principe même du rêve.

— C’est ridicule voyons. Anténor ! Mais où est-il passé ? Monsieur ? Avez-vous vu Anténor? L’homme avec des cheveux infernaux qui parlait avec moi. Oh ! Et vous, Madame, il était habillé… Ça alors, je ne me souviens plus très bien comment il était habillé. J’étais là avec lui…………………………………………………………….

Ma poitrine se contracte, de l’air, je respire. Mon visage est déformé, il n’est plus que rides, à chaque fois que j’inspire, la sensation d’enfermement est plus prégnante, je ne peux plus avancer, je ne sais pas comment j’ai pu me retrouver enterré, je ne peux bouger la tête, je ne sais pas pourquoi je suis là, je ne peux pas crier à cause du manque d’espace, je gémis, mes orteils, je ne peux plus faire le moindre geste, mais non ce n’est pas de la terre, c’est de la roche qui m’entoure, j’ai mal, sans doute me suis-je cogné la tête en entrant dans cette grotte ou bien en essayant d’en sortir, mais pourquoi j’ai rampé ? qu’y avait-il pour que j’entreprenne un tel voyage, je ne me souviens que d’avoir ouvert les yeux et de ne pas avoir osé lever la tête de peur de me faire mal, je respire, difficilement, j’ai juste suffisamment de place pour le faire, pas assez pour bouger, j’ai mal mais je peux encore me questionner sur ce piège dans lequel je me trouve, non, c’est ça je ne peux pas bouger, j’ai dû ramper jusque-là, je ne me souviens même pas de quelle grotte il s’agit, de quelle cavité, surtout de la raison de ma présence, peut-être y avait-il une lumière qui m’aura attirée, ah, une crampe, elle me parcourt l’échine, se propage dans tout mon squelette, je crois que ça bouge, oui ça bouge, non ça s’affaisse, la roche, non………………………………………………

— Anténor, tu es là ?

— Qu’est-ce qui t’a pris de t’enfuir comme ça. J’avais à peine tourné la tête que… Mais attends-moi voyons.

— Je ne peux rien te dire Surol. Suis-moi.

— Mais enfin pourquoi m’appelles-tu comme quoi déjà ?

— Surol !

— Mais je ne m’appelle pas Surol, je m’appelle… Ah, je ne me souviens plus comment je m’appelle ! Et peux-tu me dire ce que nous faisons sur cette échelle ?

— Non, ça fait partie des choses que je ne peux pas te révéler, mais je peux te dire deux choses, continue à monter et surtout ne regarde pas en bas.

— Pourquoi, tu me l’as dit ? Ah ! comment… a-t-on… se retrouver si haut ?

— Surol, tu n’aurais pas dû, tu vas t’évanouir maintenant……………………………………..

Ça y est, je me souviens, je me trouvais avec Anténor dans notre restaurant préféré le Surol. J’avais réservé de longue date. J’étais content de lui faire ce cadeau. Oui, et il m’a agacé avec une lubie dont je ne me souviens plus précisément le sujet. Je me rappelle seulement que non content de se faire payer le restaurant, il affichait une attitude détachée et je ne parvenais pas à lui faire entendre raison. Il insistait. C’est qu’il est coriace. Il n’en fait qu’à sa tête. Je ne peux plus bouger, cette sensation m’est pourtant familière. Il y a juste assez de lumière pour que je puisse voir la paroi de pierre au-dessus de moi, juste au-dessus de moi oui, je ne sais pas pourquoi je regarde en biais. Je vais regarder droit devant moi. Comment est-ce possible ? Je suis dans une fente constituée d’un bloc inférieur et d’un bloc supérieur et au loin tout là-bas il y a de la lumière. Au loin là-bas. Je ne peux pas bouger, juste respirer, expirer, inspirer. Je fixe l’objectif. Comment en suis-je arrivé là ? Rester concentré, je peux respirer et au loin, tout là-bas, il y a de la lumière…………………………………………………………………………………………….

Il semble que je parviens à rêver si je m’endors d’une certaine manière. Ces derniers temps, Gabriel apparaît constamment dans mes rêves, je me réveille à chaque fois au moment où je dois lui parler de quelque chose d’important ou juste après lui avoir dit quelque chose de décisif. Cette fois-ci, nous aurons le temps lors de notre repas, je lui en parlerai. Je dois lui dire que ma décision est prise, je pars, je veux en avoir le cœur net, je vais à la quête de l’issue des rêves. Mais il faut que je me souvienne de ne pas lui révéler que… Je ne peux en aucun cas lui dire que je l’emmène avec moi. Que se passerait-il s’il s’obstine à nier le réel pouvoir des rêves ? Dieu seul sait ce qui pourrait advenir. C’est lui, il me prévient qu’il sera à l’heure au Surol. Ne le faisons pas attendre……………………………………………………

A propos de Dominique Desplan

Je suis un créatif plutôt bohème. J'ai occupé différents emplois alimentaires. J'écris des histoires courtes, des pièces de théâtre et des scénarios. L'atelier est une occasion de revisiter ma pratique de l'écriture, de la nourrir. Peut-être aussi de questionner ma perception de l'écriture de roman et sûrement celle de l'écriture dramaturgique dans laquelle je suis porté disparu. Mais, notre hôte est un magicien et peu à peu je me retrouve.

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