Au fond d’une classe agitée, seul.e du fond d’un fauteuil usagé au fond d’un wagon souterrain bondé, du fond d’un lit chaleureux moelleux au fond du rythme cadencé du bus, du fond de gorge d’un bistrot au fond du jour, du fond de la nuit au fond de l’attente, assis.e allongé.e debout, un peu partout au fond. Libre à toi d’écouter la mer du fond du coquillage.
Mini extrait d’une performance de Trisha Brown
A deux, à une main, les coudes posés, l’ouvrage amarré en paume, rotation de l’avant-bras droit, la couverture se dévoile au regard, les doigts de la main gauche glissent, la pulpe fend la texture cartonnée mentionnant nom de l’auteur.ice et titre généralement en relief. En même temps que ça roule du coude au poignet, les yeux cherche le plat recto, la tête se penche sur le côté amenant aussi un peu le haut du dos. Apprécier les mots les dessins gravures, s’il y en a, les couleurs en spirale inversée. L’œil se faufile dans le grain plonge déjà dans
Le pouce court le long de la tranche de gouttière du bas vers le haut et du coin haut laisse s’échapper quelques pages tant que le pli n’a pas été identifié par l’iris. Raté. Punaise. Recommence. Là, sémaphore. D’emblée, les deux mains s’organisent instinctivement et ouvre grand le livre. Puis le regard cherche la dernière phrase lue sur ce feuillet corné négligemment. Une masse coincée entre la naissance du pouce et de l’index droits, le poids de la main gauche écarte le pendant et peut-être l’auriculaire, le majeur gauches, l’un ou l’autre, suit le déplacement des prunelles. Au choix, flotter, survoler, s’égarer, parcourir, sauter ou déchiffrer le texte. Les yeux refluent l’ancre des mots, toujours de droite à gauche, ils percent, accommodent, s’arrêtent, élargissent l’horizon vagabondent surfent sur de vagues pensées. Écumes sourdent et s’évanouissent, les pupilles ruissellent et ricochent. Remonter l’estuaire reprendre sa lecture, réciter sous orbite ou, éventuellement, oraliser, partager ? Naviguer dans les ruelles.