#le livre comme fiction # 01bis | On s’en rappellera pas

Au fond d’une classe agitée, seul.e du fond d’un fauteuil usagé au fond d’un wagon souterrain bondé, du fond d’un lit chaleureux moelleux au fond du rythme cadencé du bus, du fond de gorge d’un bistrot au fond du jour, du fond de la nuit au fond de l’attente, assis.e allongé.e debout, un peu partout au fond. Libre à toi d’écouter la mer du fond du coquillage.

Mini extrait d’une performance de Trisha Brown

A deux, à une main, les coudes posés, l’ouvrage amarré en paume, rotation de l’avant-bras droit, la couverture se dévoile au regard, les doigts de la main gauche glissent, la pulpe fend la texture cartonnée mentionnant nom de l’auteur.ice et titre généralement en relief. En même temps que ça roule du coude au poignet, les yeux cherche le plat recto, la tête se penche sur le côté amenant aussi un peu le haut du dos. Apprécier les mots les dessins gravures, s’il y en a, les couleurs en spirale inversée. L’œil se faufile dans le grain plonge déjà dans

Le pouce court le long de la tranche de gouttière du bas vers le haut et du coin haut laisse s’échapper quelques pages tant que le pli n’a pas été identifié par l’iris. Raté. Punaise. Recommence. Là, sémaphore. D’emblée, les deux mains s’organisent instinctivement et ouvre grand le livre. Puis le regard cherche la dernière phrase lue sur ce feuillet corné négligemment. Une masse coincée entre la naissance du pouce et de l’index droits, le poids de la main gauche écarte le pendant et peut-être l’auriculaire, le majeur gauches, l’un ou l’autre, suit le déplacement des prunelles. Au choix, flotter, survoler, s’égarer, parcourir, sauter ou déchiffrer le texte. Les yeux refluent l’ancre des mots, toujours de droite à gauche, ils percent, accommodent, s’arrêtent, élargissent l’horizon vagabondent surfent sur de vagues pensées. Écumes sourdent et s’évanouissent, les pupilles ruissellent et ricochent. Remonter l’estuaire reprendre sa lecture, réciter sous orbite ou, éventuellement, oraliser, partager ? Naviguer dans les ruelles.

A propos de Ema Dubotz

Salut ! J'ai deux passions: danser et écrire. Je chorégraphie et danse, je suis praticienne d'une méthode somatique et j'écris. Je chante aussi dans une chorale. J'adore aller voir des expos de peinture. Je suis d'une nature curieuse. Poésies publiées dans des revues électroniques et papiers dont BoXon32, Festival Permanent des mots, Revue REVU - La beauté du geste, revue Milagro, éditions de l'Aigrette... Nouvelles non publiées jusqu'à maintenant. Désireuse de vous découvrir en vous lisant !

17 commentaires à propos de “#le livre comme fiction # 01bis | On s’en rappellera pas”

    • Touchée, merci Françoise !
      Tu sais qu’on s’est croisée à La Rochelle? héhéhé… stage de danse de rue..
      La biz

  1. double, triple-fond un livre ? chemins de traverse, allées des embrumes, il y a des chemins qui ne sont pas indiqués, les doigts les yeux ont leurs manières, leurs allures — le corps à sa façon lit aussi ?

  2. À voie haute en corps livre; « Raté. Punaise. Recommence » : la lecture n’est pas une ligne droite: diagonales, mer en coquillage, cahots de bus, doigt à la ligne, ricochets… Merci, j’aime, beaucoup

    • (et Trisha Brown à la Chartreuse de Villeneuve les A il y longtemps avec le jour qui tombe, ou la nuit qui vient, même des étoiles )

  3. Ouh là là… Tant de chose proposées à la fois à lire, à voir, à deviner (que tient la danseuse entre ces orteils ? par exemple…)… Et puis une phrase m’a capté et enfermé, avec mon total consentement, dans un coquillage, une phrase qui m’a accroché sans doute parce qu’elle m’offrait la possibilité d’une double lecture avec hésitation infinie : est-ce la mer qui est au fond du coquillage ou moi qui suis au fond du coquillage pour y écouter la mer, elle peut-être ailleurs ?

    • Hahaha peut-être nage-t-on même dedans ?
      Merci pour ton retour Philippe ! Au plaisir de te lire également

  4. Pour cette précision et ce corps dans le livre, merci et bon dimanche Ema.

    • Oh désoléee je ne t’ai pas répondu, merci beaucoup pour tes mots ! Au plaisir de se rencontrer en se lisant 🙂