S’avancer au bord de l’écriture errer dans les allées imaginaires laisser vagabonder son regard sur les titres et noms des auteur.ices, s’arrêter puis repartir. Et si je suis piquée de curiosité, d’en découvrir un peu plus au dos, sur la dite quatrième page de couverture jusqu’à picorer une phrase ou deux ou plus au cœur, décider que c’est lui aujourd’hui et entrer dans ses pages. A quoi ça tient? Un mot, une phrase, une couleur, une épaisseur, parfois même une odeur ou l’accueil de sa forme et/ou de son poids dans la main

18,1 par 11,7 centimètres. Petit. Reliure supposément de luxe.
Sur le plat première et quatrième de couverture que recouvre un peu la tranche vermillon, la même gravure dans un encart aux contours relevés d’une bordure ambre sur fond beige. Des feuilles dorées enroulées aux quatre coins. Le nom hâlé de l’auteur sur une frange rehaussée de même couleur mais rougissante d’où jaillissent des stries luminescentes vers le haut des coins droit et gauche.
La gravure dans l’encart. Un paysage fourmillant. Au lointain plutôt désertique ou plaine ou alternance des deux je ne sais. Un volcan fume sous le jour bleu du ciel qui se perd cramoisi. L’azur s’ecchymose de lanières indigo à mesure qu’il se rapproche de nous. Une montgolfière grenat traîne quelque chose, je vois un point très nettement. Elle se situe juste sous le croissant de lune fébrile. Un autre cratère à mi chemin érupte roches brunes soufrées rousses ainsi que des jets de lave. Un deuxième ballon havane semble plus ancien comme rapiécé, une couture apparente en son milieu et un nombre incalculable de câbles, avec à son bord trois personnes dont une a l’air de vouloir lester l’engin. Plus proche, un navire cabote sous une houle féroce à proximité d’une anse de sable que longe un train à vapeur aux trainées blanches. Le bateau rutilant présente à la proue son mat de beaupré aux voiles repliées et deux mâts de vapeur, un en son centre et l’autre vers la poupe dégazant brumes grisâtres. Près de là, un ou deux monstres aquatiques fusiformes gigantesques de la taille du rafiot. En avant de ce décor insolite, trois personnages sur le dos d’un éléphant semblent en balade.
La tranche vermillon. Encart de deux dessins étincelants. En haut, rappel du volcan en explosion dont le sol est charbonné. En bas, bis du ballon et sa nacelle noirs survolant un paysage montagneux puis la mer ou les nuages. Le soleil à droite. La lune à gauche. Entre les deux, en 2 franges encadrées et en lettres majuscules mordorées le prénom puis le nom de l’auteur et enfin le titre tome 2 mais sur un fond sombre cette fois-ci. On y retrouve les mêmes dorures feuillues que sur la couverture cartonnée.
En contreplat du recto et du verso, la même illustration d’un dessin au crayon sur papier jauni comme une vieille photographie d’aventures passées.
Un petit papier glissé sur lequel on peut lire : Contrôle JUV / IMPSA. Ce livre a été contrôlé après sa fabrication. Si par hasard un défaut nous avait échappé, veuillez nous en excuser et nous renvoyer le livre dans son emballage pour échange.
Editions F. Beauval
Boîte postale 63
83509 – LA SEYNE SUR MER
Aussi, un talon de facturette conservé indique le paiement de 44,15 francs en date du 5 juin 1979 dont 4,80 d’affranchissement. Mention rajoutée à la main « payé le 5 juin ».
Sur les pages de garde est énoncé comme suit : Exemplaire réservé par François Beauval à ses amis bibliophiles. Editions Famot à Genève, 1979, d’après une maquette originale. Ouvrage en Times de corps 9. Tiré sur papier bouffant de luxe. illustrations extraites d’une édition Hetzel de 1870 (au nombre de dix). Imprimé en Espagne. Production Editions Famot. Diffusion François Beauval.
Le corps du livre. 249 pages exhalent le parfum doux et sucré de l’enfance. Je savoure. Je hume à nouveau. Je crois reconnaître. Je respire ses pages encore et encore. Le livre collé à mon nez. Je ventile le livre. Cette odeur connue qui s’échappe toujours. Le chapitrage en chiffres romains (de I à XXIII). Le texte est justifié. Serré. Pas d’interligne ou simple. Et toujours la première lettre du premier paragraphe en relief presque 3D évoquant une colonne comme pour soutenir l’édifice. Imposante. Par contre, aucune annotation manuscrite. Pas de marques d’usure. Ni de pages cornées. Juste un fil de soie de 2mm relié au livre servant de marque page intercalé en face du contreplat.
A l’affut d’une appartenance, de ton identité dévoilée, de ta plume.
Mais rien.
Enseveli