# Dernier volume #01

Il est le dernier d’une série de huit. Mon préféré avec le sixième et je me demande pourquoi j’ai relu tous les autres. Je ne me demande pas, je sais : j’ai relu tous les autres par nécessité de tout saisir. Alors que je n’avais rien oublié des personnages ni des passages qui m’ennuyaient et comme si je pouvais tout saisir.
Faute d’avoir eu une vie où l’on trimballe ses premiers livres, (l’idée de maison de famille avec grenier contenant les trésors des générations précédentes m’a toujours fascinée, j’ai donc acheté une maison avec grenier pour construire ce rêve d’ancrage, ce rêve de la vie des autres, mais pas pu faire les nombreux enfants dont au moins un garderait par attachement ce grenier où se stockent les mémoires, pas pu contrer l’habitude d’une vie disloquée, la maison fut revendue par nécessité, on ne crée pas une dynastie par l’unique force du désir) je n’ai rien gardé des livres d’un début. Ce livre est pourtant un commencement, d’ailleurs c’est ce qu’il raconte.

De quand date cette série proustienne ? Impression Bussière à Saint-Amand (Cher), le 10 juillet 1987, 1er dépôt légal dans la collection : juillet 1972, lit-on sur l’avant-dernière page. 1987 correspondrait à la date où des amis terminaient leurs études, où les livres fondamentaux se recommandaient, où je construisais le lien avec des futurs essentiels bien qu’égarée dans un trou normand, un creux de collines nommé Crasse tant il y avait de brouillard, dans un milieu social stupéfiant dans il faudrait émerger pour reprendre pied. C’est donc vers cette époque que je l’ai lu pour la première fois.

Ce livre de poche collection folio n’était pas encore jaune, les pages peut-être moins rêches, car il y ce toucher sec légèrement désagréable, la couverture non cornée (pourquoi-comment corne-t-on une couverture ?), je n’avais pas écrit mon prénom au crayon gris sur la première page, preuve que personne ne me l’a jamais emprunté. En l’ouvrant pour la troisième fois, j’y retrouve la typographie minuscule et serrée, nous avions le temps de lire et lire en si petit 442 pages ne nous semblait pas une performance, même si certains des volumes précédents l’étaient par leur longueur et leur contenu. De nombreuses pages sont cornées, à chaque lecture des cornes nouvelles, de nombreux paragraphes ont leurs lignes reliées par un trait de crayon, les traits de crayon de plus en plus fréquents vers la fin, cette fin du livre mais aussi des huit volumes, témoignant soudain d’une nécessité de saisir alors qu’on s’est quasiment laisser aller durant les quelques milliers de pages précédentes. Souvent un mot dans la marge résume la page afin de retrouver facilement ces phrases mordantes, poétiques, philosophiques mais aussi en avance sur leur temps ou paradoxalement d’un autre temps-autre mœurs, dans ce cas un immense point d’exclamation (avec l’idée que si une autre génération lisait mon livre, toujours le fantasme des cartons de famille à défaut du grenier, elle ne s’imagine pas que j’aie lu au XXIe sans sourciller certaines phrases sur la femme ou les domestiques ou les très jeunes filles) ( comme quoi laisser ses traces, ça nous tient parfois davantage qu’on ne croit). J’y lis en remontant vers le début du livre : souffrance + art, vieillesse ++ p. 288 à 237 (succulent à lire à trente ans, délicieux à cinquante ans, redoutable et cinglant à soixante ans),divinité, écrivain, lecteur, corps, œuvre en soi, mental/réel, écriture/lumière/souvenir, doute sur l’écriture, lois psychologiques/sujet de l’œuvre. Dans ce livre deux morceaux de papier blanc récent, l’un comportant des thèmes et des numéros de pages destinés à être lus en atelier d’écriture, l’autre portant cette inscription : retrouver et recopier le passage « Certes quand je me répétais donnant ainsi tant de valeur…agitation ».  

Eh bien à la troisième lecture c’est loupé, prise par les mots écrits si petits et lus avec des lunettes qui font le flou au début et à la fin des lignes, lus sur un lit tournée côté gauche à cause d’une longue période de convalescence, prise par le roman et la poésie de certaines phrases, j’ai oublié de retrouver le passage.

Si vous avez le temps de le retrouver…

A propos de Valèrie Mondamert

J'anime des ateliers d'écriture dans les Alpes de Haute-Provence depuis 20 ans, (DU d'animateur en atelier d'écriture en 2006, à Marseille), je suis prof de musique et je mêle avec joie les deux fonctions. J'ai publié des récits.

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