Ça a débuté comme ça, attention pas d’erreur, pas le début déjà là, pas le début de ce qui passe dans la tête maintenant en ce moment, attention ça a commencé bien avant, attention éviter ce qui est déjà là, qui se précipite pour être le premier, le début, celui qui empêche le commencement de se faire connaître, attention laisser le temps au début, au vrai début, au début imprévu qui ne correspond à rien déjà là, le début qui ne le sait pas encore, lui faire la place sans trop le questionner, laisser l’image s’imposer, grandir, encore floue, abandonner la mise au point, attraper l’informulé, l’extirper du brouillard. Ne me pose aucune question, je ne répondrai pas, je ne suis pas certaine de vouloir connaître le début, au risque de me confronter à sa suite, de révéler trop tôt sa fin. Au début il y a un pas, il y a la terre, ça a débuté dans la terre, au moins ça c’est un début, ça a commencé sur la terre, un pas, un autre pas, un sentier, un chemin, une route, une trace, des pierres qui affleurent sous la surface du ruisseau. Il y a de la terre, sûr, du vert, de l’herbe, des arbres, de l’eau, de la boue, du sable ou de la roche. Il pleut, il fait beau. On peut sentir la brume, celle du matin avant la percée du soleil. Le banc de pierre ou de bois, celui où prendre le café gobelet goût de plastique ou de métal qui refroidit trop vite avec ce froid. Il y a des cailloux qui se dérobent, il y a des rochers brillants de pluie, des planches posées sur des fossés, des troncs monstres sculptés, des ponts métalliques rouillés qui tanguent, des prés traversés avant de s’enfoncer sous les arbres et regagner l’ombre, il y a un tapis d’ail des ours et sur le mur du refuge un serpent d’argile rouge qui se déploie jusqu’au plafond. Non. Trop précis, trop de détails, trop d’images, ça ne peut pas être le début. Je voudrais juste le deviner tout en ne le reconnaissant pas, le garder caché, et peut-être ce n’est pas lui. Peut-être que ça n’est pas l’air chaud immobile, les vibrations, l’odeur de l’herbe mouillée, de la fumée d’un feu de bois, de la décomposition des feuilles, ça n’est pas le vent piquant, les muscles raides. Poser un pied sur le banc pour attacher les lacets froids qui refusent de se plier, déplier sur la table en bois, en pierre, sur le sol, la carte aux mille tracés, lianes entrelacées, épaisses, fines, pointillées. La veille c’est encore le rêve, l’idée, les images, le souvenir des autres fois expurgé de la mémoire du corps quand il résiste, refuse, quand la tête ne comprends plus pourquoi, quelle idée, quel besoin, à quoi ça sert, la sueur qui dégouline et se refroidit glacée, le frottement ignoré devenu blessure. La veille c’est la promesse, ça a débuté comme ça, une promesse.
2 commentaires à propos de “#construire #01 | Brouillard”
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Merci pour ce brouillard dans lequel je distingue quelques lueurs…
(ça a quelque chose de commencer par la veille) (la veille qui est le contraire du rêve) (hein) c’est ça oui