Ça a peut-être bien débuté là. Dans une salle de classe en quatrième ou en troisième. Dans le désir même. Toi penchée sur ta copie. C’était une rédaction. Tu ne te rappelles plus le sujet. Tu aimerais bien avoir conservé la copie dans tes cartons numérotés. C’est ton professeur de français qui te surveillait. Dont tu étais amoureuse. Il enseignait, les mots les textes la littérature la vie à fleur de peau. Et là, dans cette salle de classe, lumineuse, sachant qu’il était là, c’est pour lui que tu as écrit ce texte. Tu le lui adressais. Sans savoir que tu commençais là, en fait, dans l’élan de ce désir pour lui et la littérature – c’était la même chose – à fouler ce qui serait pour toi bien plus tard un véritable territoire d’écriture. Car oui, c’est bien là, dans cette salle de classe, qu’est née la maison rouge sur le papier. La petite maison de la rue de la Parée, à l’époque encore lieu vivant de ton enfance et de ton adolescence. Pas encore un lieu-mémoire. La rédaction inventait ce jour-là le territoire des lieux et figures de l’enfance et de l’adolescence dans l’écriture. C’est peut-être bien là que ça a commencé. La petite maison rouge sur la copie, qui te conduirait un jour à la chambre noire, au bloc de silence obscur et dense et à la lourde porte du grand hall de l’immeuble orange, qui se referme, en un claquement net.
2 commentaires à propos de “#construire #01 | ça a peut-être bien débuté là”
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Très beau texte.
Ce passage, fort : « ce désir pour lui et la littérature – c’était la même chose ».
Et les lieux, par les couleurs : la maison rouge, la chambre noire, l’immeuble orange.
Hâte de lire la suite.
Merci.
merci du message Annick ! J’ai déjà du mal à tenir le rythme. Alors merci vraiment.