#construire #01 (bis)| Faux commencement

Tout aurait dû commencé là, dans cette ouverture, avec ces promesses, cette nouvelle route soudain dans la vie, lors de cette rentrée au petit lycée… langues étrangères latin maths modernes sous l’autorité d’une kyrielle de professeurs nous mettant à l’abri de ces horribles face à face avec les institutrices, la mixité si délicieusement déboussolante, le long chemin de liberté à pieds pour y arriver, un vrai cours d’histoire à lui tout seul, les antiques comme si on y était, rosa rosa rosam rosae… I’m going to the blackboard, my name is … and I am ten years old, les déambulations dans les couloirs d’un bâtiment l’autre, la salle de permanence si grande et comble, la boulangerie du lycée pour dépenser un maigre argent de poche en bonbons et pains au chocolat… les cours de sport dans un vrai stade… tant de nouveautés, de bienfaits ,d’enthousiasme, oui tout aurait dû commencer là et d’ailleurs cela a commencé là en compagnie de la petite troupe des demi-pensionnaires qui eux aussi habitaient trop loin, la cantine était dégueulasse, mais la collectivité délicieuse, rieuse, partageuse, blagueuse, on s’entraidait dans toutes ces découvertes, on faisait corps contre le bizutage des grands… la cour était immense, on avait nos recoins, et le latin surtout comme plongée dans un autre monde autre temps, autre tout… Tout était joie, excitation, euphorie, liberté… qu’aurait été la vie s’il n’y avait pas eu, si n’avait pas été dit, si avait été su et pu… Tout aurait commencé là et aurait continué droit devant depuis ce point du jour ensoleillé, tout aurait été différent… et souvent le désir de retourner à ce point-là si lumineux de ces journées de septembre avant que l’automne ne s’en mêle, ces journées de bonheur, d’un sentiment d’exceptionnelle puissance et de maîtrise, d’une insatiable curiosité ouverte à tous les savoirs, cet aperçu sur le monde infini et tellement attractif des connaissances. Mais il y a eu un autre commencement pour venir doubler celui-là, puis l’effacer, et le détruite tout à fait… Tout n’a pas commencé là mais un peu plus tard courant octobre peut-être ou novembre je ne sais plus. Ce qui a commencé là n’avait pas d’avenir, voilà, ce fut une belle promesse, mais sans avenir. C’est tout.

A propos de Catherine Plée

Je sais pas qui suis-je ? Quelqu'un quelque part, je crois, qui veut écrire depuis bien longtemps, écrit régulièrement, beaucoup plus sérieusement depuis la découverte de Tierslivre et est bien contente de retrouver la bande des dingues du clavier...

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