Ivan et Myrrha sont des enfants. Les enfants ça a des joues rondes et un creux entre les deux. Myrrha et Ivan sont des enfants avec d’autres enfants autour mais il ne faut pas qu’il y ai trop d’enfants même si il faut sentir la matière des autres enfants. Myrrha et Ivan sont des enfants et ce sont des amis. Ivan est mon ami. Myrrha est mon amie. Les amis ce ne sont pas des amoureux. Les amis ce sont des amis. Croix de bois croix de fer si je mens je vais en enfer les amis c’est amis pour toute la vie promis juré craché. Pacte de sang. Les enfants ça joue. Les amis ça se confie des secrets. Avec Ivan et Myrrha il peut y avoir un ballon, il peut y avoir des châteaux de galets, il peut y avoir des pas de courses, il peut y avoir des disputes, des bagarres, des retrouvailles, des griffures, des mots passés en secrets mais pas d’amoureux.
Le goéland est un oiseau. La mouette aussi est un oiseau. Le corbeau est un oiseau. La corneille est un oiseau. Parfois je confonds le corbeau et la corneille. Le goéland et la mouette pour ne pas les confondre le goéland a le bec jaune et la mouette a le bec noir. Un joeland et une nouette. Le corbeau et la corneille je n’ai pas de moyen mnémotechnique. Ce sont des corvus. Les deux sont très intelligents. Ainsi il y aura un goéland mais il pourrait tout aussi bien y avoir une mouette – une nouette – un corbeau, une corneille… Pourquoi un goéland ? Le goéland a de grandes ailes. Il les étend quand il pleut.
Le mensonge : définition : assertion contraire à la vérité. Parfois on ne sait pas ce qu’est la vérité. L’objectif n’est pas de philosopher sur ce qu’est la vérité, si la vérité existe, si la vérité est. Le fait est que parfois on ne sait pas ce qu’est la vérité. La vérité est restée en sommeil et elle ne s’est pas encore montrée à nous. Ainsi l’assertion n’est pas tant contraire à la vérité que contraire à ce que l’on aurait du dire. Le mensonge se situe donc non pas tant dans le contraire de la vérité que dans ce moment suspendu où l’on prend le temps de réfléchir avant de répondre et où l’on ravale l’air pour prendre l’autre chemin. Le mensonge est la certitude que ce que l’on vient de dire aura finalement plus de conséquence que si l’on avait dit la vérité.
Ivan. I-van. I-van, comme le vent. Le vent d’Ouest, le vent d’Est. Le vent du Nord, le vent du Sud. Le vent du Nord-Ouest, du Nord-Est, du Nord-Sud, du Sud-Nord, du Sud-Ouest, du Sud-Est, de l’Est-Ouest. Les quatre vents. Ivan aux quatres vents. Ivan-zéphyr, Ivan-zébulon. Ivan-mistral. Ivan, le vent qui s’engouffre, Ivan, le vent froid, Ivan, le vent chaud. Ivan souffle, souffle le vent. Ivan, la brise, Ivan brise, Ivan se brise. Ivan et les quatre vents de l’Apocalypse, d’où souffle le vent, où souffle le vent, où donc s’en ira Ivan ? Ivan dans le vent polaire, Ivan dans dans l’alizée, Ivan fuit le foehn, Ivan chevauche le suroît. Les volets claquent, les courants d’air dans la maison, Ivan au visage fouetté par le vent, fouetté par la bise, Ivan embrasse le vent, le vent qui tourne, tourbillonne, emporte tout dans l’oeil du cyclone où Ivan ne voit plus, Ivan n’est plus, Ivan vole au vent, et la tempête sous le crâne d’Ivan. Ivan grimpe sur l’Harmattan, Ivan fuit, Ivan vogue, Ivan a le sang salé du vent marin. Ivan a les veines du vent d’autan, du vent d’antan. Ivan, couvre ton cou, Ivan, couvre tes yeux, Ivan, couvre les fenêtres, du Danube et de la Sava monte le Promaja, le vent maudit. S’il t’attrape, il t’emmène à la Guerre.
Myrrah. Myrr-ha. Myrr-ha, comme la myrrhe. Myrrah, la sève. Myrrha, la résine. Myrrha qui colle, Myrrha qui suinte. Myrrha, noueuse. Noueux, le tronc de l’arbre, veineux, le tronc de l’arbre. Racines enfouies dans le sol, dans la terre, racines plongeantes, agrippant d’autres racines, et le suc des ancêtres que boit le bois. L’écorce qui griffe, l’écorce qu’on caresse, l’écorce qui protège. Myrrha qui s’abrite sous les feuilles, Myrrha qui élague les branches. Les cavités des vieux arbres de Myrrha cachent des secrets généalogiques. Myrrha, les mains enfoncées dans la terre. Myrrha terreuse. Myrrha, taiseuse. Myrrha, racines enfoncées dans le sol, dans la terre. Si le vent souffle, Myrrha ne plie pas. Myrrha rompt.
J’ai toujours aimé les phares. Ils veillent sur nous. Les gardiens de phare je ne sais jamais trop où ils sont. On les imagine dans le phare, les yeux ridés à force de se plisser pour tromper la mer qui souhaite avaler les marins. La nature a toujours eu besoin de ses sacrifices. J’aime les dieux grecs aussi. Mais je préfère les phares. Les phares et leurs gardiens. Je les imagine toujours vieux. Les phares et leurs gardiens. Immuables. Je n’arrive pas à imaginer qu’ils ont jour été construits. Jeunes. Incertains. Ils sont la lisière entre les deux rives. La terre et l’eau. Je me demande si parfois la nuit le phare doucement tourne sur lui-même comme une danseuse étoile et regarde la terre et ce qui s’y joue. Les enfants quand ils s’amusent à empiler des galets sur la plage font des offrandes au phare. J’ai toujours aimé les phares et leur lumière qui clignent des yeux dans la nuit et nous rappelle que quelque part quelqu’un se débat pour arriver à nous. Alors pourquoi voulons nous tant partir ?