C’est le matin tôt, c’est plutôt la nuit. Je pense à mes deux amies à mes parents mes copains ma sœur. Je traîne. Une paire de savate au pied. Je bois mon thé, puis un café, je mange une orange. Je vais de pièce en pièce, j’hésite pour me recoucher. Non, trop de tension ce matin. Il faut que je pense à aller marcher. Rue de Créqui. Sur la gauche, le 6ème arrondissement plus bourgeois, sur la droite la place Guichard et la bourse du travail. Entre les deux mon immeuble. Un petit immeuble. Oh cela fait 25 ans que j’habite ici autant dire une vie ! Rue de Créqui au bout de cette rue, la femme que je trouve la plus belle. Dans ce téléphone un nom au bout du téléphone la femme qui me rend ma dignité. Je pense Pierre 25 ans, Rue du Télégraphe entre la place des fêtes, vers chez Bill et sa fille, et la place Saint-Fargeau. Je sors de la bibliothèque je vais de marche en marche un sac en plastique remplie de livres. Koltès, Alain peut-être, Dostoïevski. Je passe à travers les cités des hauts de Belleville. Rue de Belleville, Place Pigalle, Métro de Ménilmontant, un peuple. Maintenant je me lève la nuit je bois de l’eau et je me recouche. On veut me mettre sous curatelle. L’Assistante Sociale insiste, « on en reparlera Monsieur ». Le café. Car malheureusement tous les matins et depuis longtemps. Café café café ? Quoi dire de Paris à part que c’est une ville où les rues ont de beaux noms, résonnent. Un jour je suis passé par la rue Tête d’or. Il y avait un Pressing ici. Je suis dans le 5ème arrondissement de Lyon, la colline qui prie. Rue Pierre Blanc, sur la colline qui crie. Ça c’est Lyonnais, on dit une Lyonnaiserie. Avant, là il y avait la librairie de la FA. Elle est tout le temps fermé. Renaud chante Cartouche, on en parle avec David. Et cette femme que tu aimes et celle qui te rend ta dignité. « Sans dire mot tout reconstruire tu seras un homme mon fils » ça c’est M. Lardreau, qui citait cette phrase, il habitait Rue Duguesclin. C’est le matin. Je pense à lui et j’écris sur ce que j’ai vécu avant ma tentative de suicide. Quand on s’en fout de quelqu’un. L’indifférence. Yves fume du shit toute la journée. A quoi peut ressembler un mec, quand ça fait 25 ans qu’il est toxicomane. Les rues dans lesquelles il a grandie. Porte de la Chapelle, rue Marx Dormoy. Il me dit. Non j’aime ces rues. J’aime ces noms. Il y en a tellement où j’ai trainé. Rue de Vaugirard, rue Terme à la Croix-Rousse. Boîte de nuit. Club Electro. Les failles, le trou noir, le vide. Elle pense au trou béant que l’on a dans la tête. L’infime et l’infini. Rue du cimetière, quartier de la Vivaraise et moi enfant. Rue Jules Vallès, quartier Villeboeuf le Haut. Et moi mort à l’intérieur depuis Toulon 2013. Tous ces noms comme des noms de héros.