C’est la nuque qui connaît la porte #construire #05

La nuque sait le froid de la pierre qui va passer tout près quand il va falloir se tendre parce que la porte a été prévue spécialement basse, parce qu’elle est ainsi pour vous et pour les vôtres, parce qu’il est question d’un plan d’humiliation et qu’il faut que ce soit vous et les vôtres qui passiez spécialement par là, en suivant le chemin qui se dessine dans l’herbe lourde de la pisse des chiens, avec les ronces qui frottent aux genous. Mais c’est la nuque qui sait parce que la pierre est particulièrement noire juste à l’horizon qu’on vous a obligé à fixer, c’est cet horizon-là pour vous et pour les vôtres et la nuque le sait depuis longtemps et bien avant que le front soit au contact du froid de la pierre, la nuque tire, la nuque s’étire, la nuque soutient et se souvient.

La nuque a connu les portes hautes aussi, celles qui écrasent de leur velours ministériel, de leur dorure, de palais, de leur hauteur même. La nuque a tenu quand le front voulait se lever, quand les yeux voulaient s’écarquiller parce qu’il y avait là des lustres de cristal, des moulures au plafond, des reflets infinis et même des sculptures hautes aux angles des fenêtres. La nuque a fait un arc et a cherché sa flèche pour que les genoux ne fléchissent pas, pour que la main ne se tende pas à paume exposée. Il a fallu que la nuque se fronce pour que l’éclat se ternisse un peu, que les jambes acceptent d’avancer, que la main se tende ferme, que la voix prenne le temps de s’éclaircir avant de sortir et que le souffle l’aide à ne pas se sentir sortir de plus bas que terre.

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