#construire #05 | Un peu de répit…

Une fois de plus, elle est assise dans le Café Mozart. C’est son refuge quand elle va mal. Une salle chaleureuse, du bois ciré, du velours rouge, un canapé aux coussins douillets. Des lumières douces, des lustres en cristal dont les pendeloques étincellent et oscillent quand la porte s’ouvre et se referme. Le serveur approche. Toujours stylé, un peu à l’ancienne, pantalon et gilet noirs, chemise blanche et un petit tablier blanc noué sur le devant. Dans sa main un plateau rond en argent, ou peut-être en inox brillant. Très courtois, voix feutrée, un petit accent, hongrois peut-être, il connaît ses habitués et arrive avec un grand sourire sur son visage pâle orné d’une courte moustache noire. Peu après, il apporte la commande et la pose sur la table. Du café noir et une pâtisserie. Elle réchauffe ses mains en serrant la tasse en porcelaine blanche et fine, repousse le sucrier en argent et prend une gorgée du café chaud et fort. Elle jette un coup d’œil étonné à la carte des cafés aux dénominations très locales, des mélanges variés du noir jusqu’au cappuccino crème presque blanc, ou agrémenté de petits dômes de crème Chantilly ou d’une goutte d’alcool. Mais elle préfère le café noir pour accompagner ce gâteau au chocolat avec un glaçage noir parfait, brillant, avec une montagne de crème battue au fouet, aérée, souple, posée en vagues neigeuses à côté de son triangle de gâteau noir. La cuillère fait des ronds dans le liquide, puis dans la crème légère. Elle occupe ses mains, elle regarde l’assiette, la tasse, la table, la salle calme à cette heure. Peu de clients, tout au fond un piano, un grand piano à queue, et le pianiste qui s’installe sur son tabouret et commence à jouer des notes légères, ses mains glissent sur les touches, les doigts se courbent, bondissent, s’ouvrent grand pour les octaves, du noir et du blanc, encore. Le pianiste secoue la tête, se cheveux s’envolent, il se penche sur le clavier, bat du pied, d’un air détaché, c’est encore trop tôt pour être applaudi. Mais elle apprécie, ses pensées noires s’effacent pour un moment, elle rêve. Elle regarde le verre d’eau servi avec le café, un verre tout simple transparent, et elle a envie d’un autre verre, d’un verre à pied avec une tige fine, d’un verre de vin blanc, vin léger, vin fruité, qui lui fait du bien quand la mélancolie s’installe. Un verre, un seul verre…elle hésite, puis commande.  Le verre arrive sur une soutasse en argent, rempli à demi d’un liquide ambré. Elle prend le pied avec ses doigts, remue le verre, le vin danse dans le cristal, il flambe dans l’éclairage, étincelle, elle hume, elle goûte, elle savoure, elle retrouve ce goût qui lui va, dont elle a besoin, qu’importe le chocolat, même le café ne peut pas rivaliser, elle y trouve du bonheur, elle en commandera un autre, puis un autre, puis elle rentrera, plus lentement que d’habitude, elle n’est pas pressée, personne ne l’attend, elle a le temps…

A propos de Monika Espinasse

Originaire de Vienne en Autriche. Vit en Lozère. A réalisé des traductions. Aime la poésie, les nouvelles, les romans, même les romans policiers. Ecrit depuis longtemps dans le cadre des Ateliers du déluge. Est devenue accro aux ateliers de François Bon. A publié quelques nouvelles et poèmes, un manuscrit attend dans un tiroir. Aime jouer avec les mots, leur musique et l'esprit singulier de la langue française. Depuis peu, une envie de peindre, en particulier la technique des pastels. Récits de voyages pour retenir le temps. A découvert les potentiels du net depuis peu et essaie d’approfondir au fur et à mesure.

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