chercher le souffle dans le vieux souvenir d’une salle de classe de son enfance au creux de l’image aux couleurs incertaines pas exactement grises mais passées délavées ternes — trouver le souffle dans les tourbillons de poussière que le vent des sables fait surgir dans ce désert qui apparaît dans les rêves quand tout s’effondre autour de nous quand les images envolées s’évanouissent et que ne reste devant l’œil du dedans que la sensation d’un souvenir qu’on croyait envolé
chercher la peur sous le tapis du salon d’une grand-mère armée d’un couteau de boucher dans un cauchemar qui sent l’encaustique et l’eau de Cologne bon marché — trouver la peur dans le vide qui s’ouvre devant nos yeux et tomber dans une chute sans fin avec l’air qui nous déforme le visage comme une main qui essaierait de nous arracher la peau de plonger dans nos entrailles pour nous emporter le cœur de nous conduire jusqu’à la mort inéluctable dont le rire sardonique nous achève
chercher l’attente dans le sourire affiché d’une vendeuse de pain à la peau farinée et aux cheveux couleur des blés qui vous dit que les baguettes vont bientôt sortir du four mais qu’il faut un peu de patience — trouver l’attente dans le sourire que vous affichez en retour lequel se désagrège en grains de poussière qui se mettent à danser et à virevolter dans une farandole effrénée emportant tout sur son passage jusqu’à la promesse en enrichissant ce moment blanc des couleurs portées par le vent
chercher le sommeil dans les motifs d’une tapisserie recouvrant les murs d’une chambre étrangère sans savoir si c’est bien de notre sommeil qu’il s’agit et non celui de quelqu’un d’autre — trouver le sommeil dans les premiers instants du rêve quand le souffle de la nuit emporte les derniers fragments de la réalité comme un nuage de poussière et l’emmène si haut dans le ciel qu’il ne reste rien d’autre du réel qu’un souvenir incertain posé au milieu d’un désert dans le sable brûlant
chercher l’ennui dans le vestibule d’un manoir en désuétude dont on ne sait rien sauf qu’il est vaguement hanté par d’ennuyeux fantômes venant d’un passé inintéressant jusqu’à se demander ce qu’on fait là — trouver l’ennui dans le néant qui précède et suit une explosion le trou d’air rempli de silence dans lequel l’intérêt des choses s’engouffre et se perd la parenthèse avant et après toute chose appelée à mourir et à naître sans qu’on parvienne à distinguer le début et la fin dans l’écho d’une respiration en poussière
chercher la vie dans l’infini détail d’un tombeau oublié au fond d’une crypte oubliée parmi les ruines oubliées d’un vague mausolée endormi que le monde a oublié sous le sable d’un désert inconnu — trouver la vie dans la mort que la poussière des os révèle dans un souffle et que la peur cimente dans l’attente d’un sommeil gorgé d’ennui
