L’œil voit les pouces tourner et dessus les pouces, ou bien entre, entre les pouces, entre les doigts, l’œil voit les plis de la peau des mains, et les taches ocres en constellation sur la peau des mains, qui s’agitent en petits tourbillons, et dans le mouvement des pouces, l’œil voit les pensées qui tournent avec, ne voit bientôt plus que ça, l’œil, des pensées qui effacent les taches, brouillent la vision des pouces, des mains, de la peau, et à force, ça lui donne le vertige, à l’œil, ça l’hypnotise, l’œil, fixe, rond, pupille dilatée par l’angoisse, pétrie de ruminations, et puis quoi un bruit – une effraction du réel – fait lever l’œil et l’œil accroche le rideau, d’abord le pelucheux du rideau, puis le blanc gris du rideau, puis le perron cimenté et sa rambarde noire derrière la porte-fenêtre fermée, et puis la rue encore derrière, là mais quasi invisibles, la rue, le perron, la rambarde noire, derrière le pelucheux blanc gris du rideau. L’œil dans le blanc gris du rideau, sans plus rien derrière. Juste le pelucheux. Juste le blanc gris. Même plus le rideau. Et puis, l’œil sur la grosse télévision posée sur la commode. L’œil sur la table en formica. Bordée d’une bande de plastique noir, l’œil dessus, fixe. Et puis, l’œil à nouveau sur les mains croisées sur le ventre. Les plis de la peau des mains posées sur le ventre. Les rides des mains font des chemins sur les grosses fleurs de la blouse. L’œil s’accroche au chemin des rides et aux grosses fleurs roses, l’œil s’accroche pour ne pas tomber encore dans le tournis des ruminations. Les grosses fleurs roses. La table en formica. Le bord noir. Les pouces. Le bleu de la blouse. La télévision. La commode. Le rideau pelucheux. Blanc-gris. Les pouces qui tournent tournent. Et les chemins qui se brouillent et qui se noient et avec, les fleurs, qui se déforment en grosses taches roses.
Réécriture d'une première version écrite lors de l'atelier du mardi 27 janvier