
On raconte que ça a débuté comme ça avec les nuages. On raconte qu’un jour elle a visité une exposition intitulée 4543 milliards, sous-titrée la question de la matière interroge le rapport entre l’histoire d’une œuvre et les grands récits de la Terre au musée d’art contemporain de Bordeaux. On raconte qu’elle est restée pendant des heures dans la salle consacrée aux photographies de nuages d’Antoine J. Aalders, 1890-1955, fascinée par les accumulations d’albums et de boîtes de rangements de photos exposées dans des tables-vitrines. On raconte que cette accumulation de nuages l’a hypnotisée ! On dit qu’à plusieurs reprises elle est retournée au musée, directement elle allait dans la salle présentant ces albums.
Le projet résiste à l’écriture. Tu l’as écrit et réécrit, l’histoire de comment ça a débuté. Peut-être que ça doit rester en dehors de l’écriture le comment ça a débuté ton projet Nuages.Tu es chez toi, dans ton coin atelier, au calme. Tu feuillettes les livres rassemblés sur la thématique. Tries les photos de nuages, les classes un peu perdue face à cette accumulation, dessines, fabriques un mini-carnet, y colles quelques photos. Tu pars marcher à travers la ville pour photographier les nuages, une activité quasi quotidienne. Parfois les mots viennent pour accompagner les images. Parfois pas. Tu en publies quelques-unes sur les réseaux sociaux, certaines sont commentées. On t’envoie des textes. Le dernier, un texte de Nadine Ribault, Carnets de la mer d’Okhotsk, Le mot et le reste, 2018, p. 53-54 envoyé par Laure H. puis publié sur ces tablettes :
On voyait rarement, là-bas, sur la mer d’Okhotsk, de nuages. Soit le ciel était grand, bleu et dégagé. Soit il était gris, bas, lourd et sombre. Et la glace avait le même destin : blanche et lumineuse, ou bien grise et bourbeuse. Les immenses nuages invulnérables et rapides que l’on voit sur la côte d’Opale, par exemple, n’arrivaient apparemment jamais jusque-là, quel que fût le mouvement de rotation de la Terre – sauf dans ma mémoire, certains jours où mes regards rejoignaient le passé. Il y avait alors, en surimpression, un nuage au-delà du rivage dont les longs cils de braise se recourbaient à l’infini. Cela n’arriva que les jours bleus. Quand le ciel, tellement et lourd et grisâtre, tombait presque par terre, mon imagination aurait été bien en peine de le soulever pour glisser un seul beau nuage blanc entre ce ciel et cette terre monotones. Il me semblait alors qu’un désir de nuage habitait le paysage et que ce désir et ce paysage coïncidaient au point d’atteindre à un état de puissance surhumaine, à croire que le désir se montrait soudain tel qu’il est : tellement despotique et fatal qu’un unique nuage brandi aurait fait éclater le ciel.
Et ainsi, tu réalises que le Collectif des glaneuses et glaneurs de nuages imaginé cet été, prend forme modestement, doucement, mais solidement. Ancré dans le temps, l’espace, la tête et le corps.
Ai aimé cette balade au pays des nuages (particulièrement le deuxième paragraphe mais aussi le passage d’un paragraphe à l’autre). Ne sais ce qui tient de la réalité ou de la fiction, mais sans importance finalement.
Merci Betty pour le passage et le commentaire. Fiction ou réalité ? moi même je ne sais plus trop…