#construire #05 | Le quai

La voiture est vide.
Le train est à l’arrêt dans ce qui semble être un tunnel. Côté gauche, tout contre la voiture, une voûte carrelée de petites briques. Il est difficile de bien en distinguer la couleur, peut-être blanche, peut-être beige, à cause des lumières dorées qui se reflètent dans la vitre. Côté droit, les pictogrammes rouges collés dans la partie supérieure de la vitre sont à peine visibles. À travers ce rectangle cerné de noir, on aperçoit un quai blanc, bordé d’une large bande jeune d’or, juste un peu en dessous du bord de la vitre. Le couloir central de la voiture se relève à son extrémité pour rejoindre la plateforme des bagages et les portes. Elles sont ouvertes.
Le quai est vide.
À gauche, il y a la motrice, puis plus rien qu’un espace sombre. Comme s’il était impossible d’aller plus loin, comme si un mur bouchait le tunnel dans lequel le train s’est arrêté.
Cela sent le métal, l’huile et le plastique chauffés. En avant de ce mur, accrochés aux poutres métalliques qui tapissent le plafond, des rampes d’éclairage à lumière froide, des cylindres métalliques, des caméras, des haut-parleurs et deux écrans, l’un à fond vert, l’autre à fond bleu. Des carrés blancs y clignotent mais les lignes restent vides. Rien ne s’y affiche.
À droite s’étend le quai. Blanc, lisse, d’une propreté irréelle. Il est bordé d’un long ruban couleur de bouton d’or, légèrement en relief. Tout au long du quai, des piliers cylindriques, peints d’un blanc brillant, et des constructions métalliques gris foncé. Leurs portes sont émaillées de plaques blanches couvertes de lettres majuscules noires, ou de pictogrammes rouges. De loin en loin, des poubelles, des bancs sans dossier, gris foncé ou noirs et, accrochés au centre de la charpente métallique, des panneaux bleus. Y clignotent des caractères blancs que la distance, les piliers et les constructions métalliques ne permettent pas de lire. De temps à autre les haut-parleurs crachotent des informations réverbérées par le tunnel, qui restent incompréhensibles. On ne voit aucun escalier, ni descendant, ni montant, indiquant une sortie possible. Seuls bien lisibles, les panneaux indiquant les numéros de quai, 1 et 2.
Devant le quai numéro 2, le long d’une bande jaune d’or, un autre train est à l’arrêt, portes ouvertes, symétrique de celui du quai numéro 1. Soudain, un signal sonore musical retentit. Il est temps de monter dans ce deuxième train. Ses portes se referment. à peine est-on assis dans la voiture vide qu’il a démarré.

A propos de George Baron

J'aime la lecture, la SF et l'Oulipo. J'ai commencé à écrire, et plus j'écris, plus j'ai envie d'écrire. C'est la première fois que je m'inscris à l'atelier de François Bon, et j'espère bien aller jusqu'au bout de cette aventure.

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