1/ ça a commencé comme ça …
Ça a commencé dans la voiture en allant au Mcdonald à Toulon quand tu as dit que les educs te soupçonnait d’être à l’origine du vol de la télé du foyer. Je ne sais plus ce que j’ai dit. Ça a terminé quinze ans plus tard sur la place devant le snack, quand tu m’as dit que tu l’avais bien volé cette télé, pour la revendre. J’ai ri.
Ça a commencé par de longues conversations téléphoniques qui semblaient aller où je voulais qu’elles nous mènent. En fait c’est vous qui meniez la barque. Ça a terminé par de longs messages sur le répondeur que j’effaçais avant même de les avoir écoutés. Un jour, vous n’avez plus appelé. C’est l’infirmière du service où Y. est hospitalisé qui m’a appris votre décès.
Ça a commencé par un retard puis une accumulation de retards et finalement un si grand retard qu’il aurait fallu annuler. Mais nous ne l’avons pas fait. Ça aurait pu se terminer comme drame ou un fait divers mais ça s’est terminé bien, parce qu’avec nous cheminait celui qui avait déjà traversé la méditerranée et qu’il fallait juste accepter de se laisser guider. Nous n’avons pas dormi cette nuit là mais nous avons ri ; lui au centre comme un enfant. J’ai su plus tard qu’il avait fait de la prison.
Ça a commencé avec des poux, des centaines de lentes et de poux courant dans la chevelure des jumelles. Il a fallu traiter au peigne tous les soirs, mettre le produit, brosser les longues chevelures, et le lendemain tout recommencer. Rentrer chez soi en mettant tout dans un sac en poubelle sur le palier. Changer sa peau pour rentrer chez soi. Du foyer à son foyer ça a toujours terminé comme ça.
Ça a commencé par la gale. Puis une fièvre, enfin c’est ce qu’on croyait. Et puis finalement c’était une septicémie. Le médecin a dit que l’infection devait être là depuis des mois déjà. Tu étais avec nous depuis quelques semaines. A l’hôpital lors d’une des visites, une patiente qui prenait l’air sur le parvis et t’a demandé une cigarette a dit que je serais ta sœur. Soit, Mohamed, Annaba est bien quelque part en moi, et ça s’est terminé comme ça.
Ça a commencé comme la belle au bois dormant. Une fille est jeune et elle ne fait que dormir. Elle dort toute la journée, même si dans le règlement il est dit que ce n’est pas autorisé. Elle dort et nous ne la réveillons pas, nous rangeons sa chambre pour elle sur la pointe des pieds, nous lavons ses fringues qui sentent les endroits où elle est surement durant les cinq jours où nous ne la voyons pas. Quand elle se réveille nous lui donnons à manger, des vrais repas, pas des sandwich fromage pour ceux qui sont en fugues. Elle s’en va plusieurs jours et revient, elle dort à nouveau. Un jour elle rencontre un mec qui la tient éveillé. tout le monde est heureux pour elle. Puis elle a fait un enfant. Très vite ça n’a plus été et l’enfant a fini au foyer. Ça s’est terminé dix ans plus tard dans le tramway je l’ai reconnu tout de suite et elle pleurait. Elle m’a dit que ça allait.
Ça a commencé par l’annonce d’un mort. Celui tombé du toit. Puis celui de la balle perdue. Celui qui avait un contrat. Et celui qui…. Et d’un coup ce n’était plus que ça. Il n’y avait plus rien d’autres à raconter. Est ce qu’il reste des histoires quand on ne sait pas si demain vous vivrez encore ?
2/ les geôles – nuages du tribunal
On dit je l’ai vu dans les geôles on écrit entretien et la durée lieu de l’entretien geôles du tribunal on écrit ça avant a la main maintenant sur l’ordinateur, entretien durée une heure quarante minute quinze on écrit lieu de l’entretien geôles du tribunal on descend dans les geôle c’est en bas, c’est dessous, c’est caché derrière des couloirs gris sans fenêtres, les geôles du tribunal le lieu de l’entretien c’est gris, bas comme si le plafond pouvait toucher ta tête, on écrit et on dit je l’ai vu dans les geôles du tribunal et on ne fait pas que l’écrire on le fait, on descend les escaliers on traverse la place on rentre on passe le portique on prend l’escalier on badge on longe les couloirs gris on sonne à la porte des geôles qui s’ouvre parfois plus ou moins vite on entre on donne le nom à celui qui est là aujourd’hui plus ou moins fatigué on se dit bonjour et parfois d’autres choses ca dépend qui travaille ce jour là dans les geôles du tribunal et on entre dans le petit bureau gris qui fait un angle sans jamais savoir comment se mettre bien on est dans le bureau des geôles du tribunal et on ne sera jamais bien – on est là et celui qui entre après toi n’est parfois pas le bon, il repart et un autre viendra ils viennent toujours finalement ici avec plus ou moins d’attente ils entrent et toi tu es déjà là sur la chaise à moitié défoncée ils entrent dans le bureau d’entretien des geôles, devant toi tu as un gars et le papier que tu rempliras avec tout ce que le gars t’as dit ou pas, le papier que tu rempliras après, quand tu auras dit à tout à l’heure, que tu auras longé les couloirs gris, appuyé sur le bouton pour demander la sortie, quand tu seras sortie, sortie des geôles du tribunal, monté l’escalier, poussé la porte, traversé la cour, passé le portique, monté les escalier, ouvert ton bureau qui lui, n’est pas dans les geôles qui ne l’a jamais été, qui lui a une fenêtre et même si les tasses à café sont jamais lavés ailleurs que dans le lavabo des chiottes, que le bureau lui même n’est qu’un amoncellement de choses où on ne retrouve rien et même si tu n’as pas le temps de manger et même si ce putain de papier avec écrit lieu de l’entretien geôles du tribunal tu devras l’écrire avec montre en main et la faim, il y a de l’air et des sons de dehors qui rentrent par la fenêtre, le petit marché de la place et parfois même un type qui joue de la musique, dans le bureau qui n’est pas dans les geôles la vie peut entrer, eux dans les geôles, les gardés et ceux qui les gardent n’ont rien que les heures grises, les mêmes têtes et les même cris, les mêmes qui jurent qu’ils ne reviendront pas, là-bas, dans les geôles du tribunal, est-ce qu’on peut vraiment être sur qu’on est encore vivant ?
3/ l’homme qui ….
il a regardé déjà trois fois le GPS pour être bien sûr de l’adresse et pourtant il connait la ville, c’est chez lui ici, petite zone d’une ville de seconde zone, pas beaucoup de touristes à trimballer ici, plutôt des gens du coin les jeunes qui vont passer la soirée un peu plus loin dans la banlieue d’à coté mais que s’ils avaient du prendre le bus ils auraient galérer ; avec l’application ils n’ont pas besoin de réfléchir pas besoin de regarder l’heure, ils peuvent aller au ciné, ou trainer jusqu’à pas d’heure à côté du kfc ; les choses évoluent parfois pour le mieux, il le croit. Sur les réseau sociaux on peut penser que non mais franchement, à son époque si il y avait eu ce genre de services ; il tourne au rond-point central en se rappelant toutes les nuits où il a traversé à pied jusqu’à la cité d’à côté, plusieurs km le long de trottoirs défoncés et pas éclairés ; aujourd’hui ce n’est plus comme ça et c’est bien, les jeunes prennent l’application et ils rentrent tranquillement ; les groupes de potes de soirées, parfois des jeunes femmes trop jeune pour comment elles sont habillés – ces fois là où il se retient mais il noterait presque l’adresse et il attendrait, voir si la fille il ne lui arrive rien – parfois une mère fatiguée qui rentre du marché avec sa fille, elles sont chargées et aucune d’elle n’a appris à conduire ; deuxième à droite dans 400 mètre et il pense à son fils qui voudrait faire comme lui plus tard, il veut conduire des voiture, il lui dit toujours avec ses yeux ronds ouverts grand sur tout et n’importe quoi – il aurait jamais pensé qu’il aurait des enfants – continuer tout droit sur 1km ; il fait nuit de plus en plus tôt et toute la ville à des airs de brumes ces temps-ci ; au feu à gauche il dépasse les grands ensembles couleurs brique et se met un peu de musique, regarde l’heure il sera à temps, si sa mère avait su qu’un jour il serait un mec ponctuel, un mec qui arrive à l’heure, bien habillé qui ouvre la portière et sourit et puis se tait, sourire poli et ne s’énerve jamais – si elle avait su qu’il se marierait – dans 800 mètre au rond-point, prendre la troisième sortie ; en même temps c’est pas un scoop finalement si on regarde les choses différemment, tous ses potes sont comme lui, de la rue au ronron du quotidien, des soirées au bar au foot à la maison quand les petits lâchent les écrans, ce qui aurait détonné en fait ce serait qu’il ait eu une autre vie, qu’il s’en aille d’ici découvrir un peu plus loin, il aurait aimé faire une année en Australie ou à Londres – dans 100 mètre tourner à droite et continuer sur 300 mètre – il met son clignotant et s’engage dans la petite allée, une rue d’ici dans laquelle il n’est jamais venu – vous êtes arrivés à destination et sur le bas-côté il n’y a personne à part un gosse en capuche et cache nez ; il vérifie sur l’application Gzerdhi26, 35 ans a réservé la course et le gosse s’avance vers lui ; il ouvre sa fenêtre et l’autre lui dit si c’est bien lui le uber , et fait comme si il allait ouvrir la portière – on ne prend pas les mineurs ; l’application le stipule bien et lui, il l’a appris lors du stage et on lui a redit quand il a signé le contrat mais ça c’est des arguments que le gosse n’entendra pas – il ne sera pas allé au bout de la phrase – le gosse a sorti un flingue et sur l’appui tête de la voiture, quelque chose a déjà explosé.
Outch, durs tous tes textes ! Mention particulière pour le dernier, pas de ponctuation, pas de pose, on est en apnée et la fin…