ne rien écrire
ne plus rien faire qu’agir
s’il n’est pas trop tard
Je n’écrirai pas le journal intime d’un projet inachevé, ni un essai sur l’abandon créatif, ni bestiaire des objets oubliés, ni manuel de procrastination. Je n’écrirai aucun des livres que me suggère chaptbotgpt.fr dans sa liste des livres que je n’écrirai pas.
la peau est un pont
telle la mer vers l’autre
n’être plus île
des uns, des autres
tous mêmes qui ne s’aiment
dans leurs pas perdus
ménage de soi
rejoindre les non humains
incinération
Peut être ne faut il pas toucher aux poussières.
Sherlock Holmes interdisait à Mme Hudson, sa logeuse, de faire le ménage sur ses étagères. Seule la poussière, disait le détective, permettait de savoir exactement où étaient les choses et les documents accumulés au fil du temps.
folie d’aller voir
nuage effilé de l’œil
tranchant du réel
Jusqu’où ? Aller ? Voir ? L’histoire de l’œil précède Le chien andalou. L’indicible des fictions scandalise plus que les monstruosité de la réalité. Mais qui, de nos jours, storytellise la surréalité qui nous aveugle ?
es-tu là autre
entre le vide des mots
es-tu autre là
dès dix mots le bruit
d’écritages avancés
entropie en vue
la brume des mots
brouille soupçon des idées
nébuleux périls
Nuager, verbe rare. Et si récurrent pourtant. Addiction sans nul doute. Combien d’heures, de journées, de nuits passées à nuager ou à être nuagé ? Combien d’années ? Comme à procrastiner la vie. Attendre le vent dissipant les brouillards.
dire sans sujet
pas le Verbe au début
dire sans objet
Au tout début, il y a ceux qui t’apprennent à lire. Comble lacanien, pour moi elle s’appelait Madame Langue et je rêvais de l’embrasser. Et puis il y a aussi ceux qui te font bègue, de nombreux autres, toute une foule à affronter. Et puis, cela arrive aussi, il y a ceux et celles qui te poussent à écrire. Jeanne, la stricte secrétaire d’un vieux notaire, qui frappe à la machine tes premiers poèmes, le maître, disciple de Célestin Freinet, qui te fait correspondre avec l’Afrique, le professeur, enseignant le français et le dessin au collège, qui lit à haute voix des extraits de ta rédaction à toute la classe. Et puis, et puis, et puis…au début on ne sait rien encore de l’égo en nous.
bien joli !
Ah, être lu devant la classe, c’est bon pour l’estime de soi… après ça place la barre très haut ..,
Madame Langue avec cette orthographe ? Embrasser la langue ne veut pas dire forcément avec .
Plus que joli ! Trop trop joli. (après qu’on a semé c’est bien quand ça pousse )
Et là ça pousse si délicatement
Une flopée de rencontres et un cheminement à travers les mots… lire, écrire, dire à haute voix.
Et puis Freinet…
On ne dira jamais assez le fouillis d’effets de la méthode Freinet. Merci d’avoir ouvert le bal sans verbe, rien qu’avec de la chair… ce qui me ramène à ce conte que tu connais peut-être à ton insu : https://www.lecafeeuropa.com/post/la-chair-de-la-langue
Rétroliens : #contruire #01 Élucidation des sources (…) – le Tiers Livre | écrire, publier, explorer
Merci pour ton texte Ugo. j’adore la chute : «au début on ne sait rien encore de l’égo en nous ».
Moi aussi.
Merci Daniele, Nathalie, Annick, Emmanuelle, Natacha de vos passages et de toutes vos écritures. Langue ou Lang je ne sais pas quel était la bonne orthographe du nom de mon institutrice. Mais je suis bien allé audacieusement l’embrasser sur la joue dans la cour de l’école à la fin de la contine « embrassez qui vous voulez ».
Me rappelle la maîtresse d’école de Brassens (chanson qu’il n’a jamais lui-même chantée)
Bel hommage à ces passeurs, ces éveilleurs. Des rencontres fécondes.
Merci Betty. Oui, des passeurs qui réussissent parfois contre les déterminismes, mieux que certains conseils d’orientation.
« elle s’appelait Madame Langue et je rêvais de l’embrasser. »
La mienne s’appelait Mme Silex (ou un nom approchant, que l’on déformait ainsi).
Merci Laure
…Nuager quel poétique verbe à ne pas confondre avec ennuager, activité brouillard d’ensemenceur de nuage… Merci!
Tiens nous avons navigué dans la brume tous les deux 😉
Comme c’est beau !
nuager nuager nuées nuage nager
fumer lente et haïku
la brume des mots touche
Merci Ève, Rebecca, Nathalie de vos passages dans ces brumes où je me perds de plus en plus. Paresse, fuite ou déficit cognitif ? Je comprends que je ne comprends plus rien à rien, que tout m’effraie et que même les mots de la prose me font peur désormais.
…
là est un autre
( haïkus font chemin ) merci Ugo
Comme un chant ce es-tu là
Folie d’aller voir
Et
Pourtant
Œil dans la tombe précède histoire et chien
… Merci Ugo de nous remettre du plomb dans l’œil
Ou l’œil en face des trous
ah oui nuager nuager à l’infini… l’ego pousse si vite malheureusement…
Merci Ugo toujours aussi efficace! tu nous joues des tours poétiques, et j ‘adore celui de notre détective : »Seule la poussière, disait le détective, permettait de savoir exactement où étaient les choses et les documents accumulés au fil du temps. » c ‘est vrai que la poussière peut rimer avec repère…
Ménage de soi ( j’avais d’abord lu nuage comme partir en fumée ) : quel travail…
je n’aime pas qu’on fasse les « poussières » des vitres ça crée une matière qui rappelle l’atmosphère ( l’idée qu’on voit toujours à travers )
Merci Ugo pour la forme et le fond
Merci Rebecca, Catherine, Carole, Nathalie de vos passages. Nuages et poussières marquent le temps. Le temps qu’il fait et le temps qui passe.
pas perdus – ou gagnés ( sur la nuit)
dans la gare st Lazare des unes et des autres j’en voyais
merci pour ces méditations au pas des haïkus
Je relis à la suite tes contributions, la façon dont les textes répondent aux haïkus ouvre maints horizons.
très beau cette image de peau pont
Merci Nathalie.
Ce lien mer-peau-pont doit tout au philosophe Jean-Toussaint Desanti.
« La peau qui nous enveloppe, c’est notre île, notre insularité. Nous ne pouvons pas en sortir, elle nous accompagne partout. Nous sommes tous insulaires au sens propre. Nous sommes obligés de montrer nos sentiments sur notre peau et de lire, sur la peau des autres, leurs sentiments. Nous sommes toujours dans ce rapport à la fois d’exclusion et d’intériorité. L’intérieur et l’extérieur se tiennent. La notion de frontière doit être pensée entièrement, elle n’est pas une ligne de séparation, mais une relation mobile. »
merci
Cela fait bien longtemps que je ne suis pas revenue voir vos écrits.
Plaisir de retrouver les tiens Ugo. A bientôt.
Merci Laure, Nathalie, Clarence de vos passages et de vos mots.
ne plus rien faire qu’agir … ( écrire n’est pas agir?) `
« Je n’écrirai aucun des livres que me suggère chaptbotgpt.fr dans sa liste des livres que je n’écrirai pas » (et rire en Haiku! ) ( ça donne envie de découvrir le liste des non-livres)
Merci Ugo