#construire #01 | Peut-être

Peut-être cette vidéo. Images tremblantes l’émotion de la main les tenues des femmes les tissus pour chaque homme le même les nœuds énormes aux coins des tentes toiles disposées blanches protègent du soleil les chaises alignées le festin les autorités les proches les lointains la rue condamnée est un don offerte aux célébrations une vie les chants les danses les visages certains reconnus le regard n’observe pas il est présent dedans est. Elle son visage plastifié couleurs saturées en grand et en rose entre les mains qu’on agite faire de l’air. Une absence néanmoins. Peut-être cette rencontre. Plus loin. Deux femmes assises l’une en face de l’autre. Chaises plastiques. Une grand-mère une petite-fille ne se connaissent pas vraiment elles se tiennent délicatement les mains elles ne savent pas dire ce qui pourrait être dit lorsque deux femmes inconnues l’une pour l’autre du même sang réunies. Coursive du premier étage surplombant la cour rectangulaire presque vide chaleur rambarde écaillée c’est le jaune qui domine pâle toute la scène. Un seau à côté de la vieille où s’entassent les entrailles des poissons écaillés eux sur un plateau de l’autre côté les mains essuyées sur le tablier les chevilles gonflées le silence de la cour les rares sons de la rue. Les yeux embués. Le souvenir du pain brioché et les raisins secs. Peut-être cette photo. Plus loin encore. Un portrait noir et blanc une femme jeune une image professionnelle la lumière sur la peau les cheveux le sourire le regard franc et joyeux les boucles dessinées le port fier la majesté. Une photo du portrait toujours présente dans le téléphone dans la pochette — il n’y a rien d’inscrit dessus — quelques papiers un bout d’arbre généalogique les branches ont séché depuis longtemps craquelures le feu pourrait prendre il suffirait de peu l’hiver a été rude le printemps n’est pas revenu. Peut-être ce très ancien flou. Non pas un souvenir précis mais une image. Cette cour les vacances un repas à préparer une poule comme libre attrapée elle l’égorge le sang dans la cour à côté le pain sort du four. Tous les vides espaçant les peut-être. Elle s’appellera A. Déterrer les racines, se croire capable de mots goûter l’ancienne sève.

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9 commentaires à propos de “#construire #01 | Peut-être”

  1. Peut être (ce peut être Durassien ) le tien … ces images : « inconnues l’une pour l’autre du même sang réunies » . Proche . Lointain . Précis . Indécidable. Pas une histoire précise mais une image (en plusieurs pour nous ici) : Tout les vides espaçant les peut-être : j’aime cette phrase ( et tes images)

  2. Les trois évocations réunies forment quelque chose d’une image fixe dans un film muet dont les couleurs vives font deviner les sons, couleurs qui s’estomperaient, pour passer au noir et blanc en remontant le temps. Le texte est très cinématographique.

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