Ça commence comme ça. Une araignée rouge s’affole au milieu des débris du pot en terre cuite et de la terre mouillée qui recouvre le carrelage aux motifs mexicains de la véranda. À l’air humide qui s’y engouffre par la porte grande ouverte s’ajoute le bruit des carcasses de voitures broyées quelques mètres derrière le jardin chez le ferrailleur. Ce fond sonore t’apaise, c’est une présence. Présence aussi dans la dentelle, tu crées des attrape-rêves, embellis l’ourlet d’une jupe ou un panier en osier. Présence aussi lorsque tu entres un instant dans l’intimité des foyers voisins. Là l’odeur d’un nettoyant à la lavande s’échappe d’un couloir, là quelqu’un s’est assoupi devant une collection de photos mal agencées sur un buffet couleur miel, là des restes de tarte à la rhubarbe dans des assiettes en céramique d’un bleu vif. Tu entends le bruit des cuillères jetées dans le tiroir, des draps défroissés à mains nues, de l’eau qui bout au petit matin entre les bâillements et les chaussettes qui traînent partout, du moteur de la camionnette de l’homme à tout faire qui refuse de démarrer.
La pluie commence à imprégner les mailles de ton long gilet ocre. Des mèches de cheveux châtains se sont échappées de ta queue de cheval et se collent à tes joues joufflues. Tu regardes la terre bêchée au bout du jardin, tu devais y planter des pommes de terre. Tu devais aussi détruire la cabane en bois et ramasser les tontes de pelouse entassées le long des plaques de béton. Tu tends ta main, quelques gouttes viennent la chatouiller. Tu voudrais qu’elles soient rocs. Roc, le chuchotement de l’ombre sur la coquille de l’escargot. Roc, l’hésitation de la brise sur le muguet. Elles écourtent les apéros – cabernet sauvignon, tuc au bacon et cubes de mimolette – improvisés sur la place par quelques voisins les premiers jours de printemps pendant que les gamins tournent inlassablement sur la manège de chevaux de bois, elles écourtent les farandoles autour de l’érable les jours de fête nationale, elles écourtent les parties de belote sur les marches de l’école, et s’échappent vers d’autres peaux. Éphémères. Éphémère, le pas qui n’est pas. Éphémère, le pas perdu là quelque part. Alors que les deuils, eux, résistent au va-et-vient des marchands ambulants. Tu ne fermes d’ailleurs jamais les volets, tu dis qu’il faut de la lumière pour les habiter, et des mirabelles pour s’en relever.
Tu montes l’escalier à la va-vite, évites de justesse le carton de vêtements à réparer, récupères une serviette rêche sur le rebord de la baignoire et redescends en longeant les poèmes que tu écrivais sur le mur.
Rocs les gouttes, ça ça promet
Merci Christophe… j’arrive vous lire.
J’aime bien cette adresse au personnage, ce retour sur soi-même pour évoquer les commencements.
Merci pour la lecture Emilie.
Au plaisir d’apprendre à se connaître.
« redescends en longeant les poèmes que tu écrivais sur le mur ».
Ca doit être beau des murs écrits de poèmes…
Oh que oui !!
Merci Raymonde et Rebecca pour la lecture.
un enchantement, tous les sens en éveil…
Bien contente de te retrouver ici Nathalie.
Merci pour tes mots.
Beau, toujours, j’aime l’imparfait de ce que ton personnage devait faire et on n’y revient pas. J’aime ce tu…
Merci Anne, ton regard, ton soutien, tes encouragements. Ca fait chaud au coeur.
Je trouve ce texte saisissant, d’une beauté saisissante. Merci beaucoup.
Merci Serge, ça me va droit au coeur.
Ravie de cette rencontre.
J’arrive vous lire.
Ce sont des images – des sons et des odeurs, aussi, mais surtout des images, qui donnent envie d’entrer dedans, et que ça se poursuive, dans toute cette atmosphère.
Merci Laure.
Heureuse de tes mots.
Je passe te lire au plus vite, et avec grand plaisir.
Bises.