descente aux contacts des corps toucher aveugler caresser entourer cacher perler effleurer le ciel blanc sur les corps beaux imparfaits pieds secs poussières rouges terre ombres rectangulaires découpées ciseaux collages rapiécer coudre réparer ombres piétinées danses danses pagnes couleurs rites dans le brouillard le matin tout le jour les peaux noires leurs reflets eau miroir pupilles comme les racines voir à travers creuser tombe refuge cacher dissimuler un doigt posé sur toutes les bouches
gouttes infimes effacent l’encre Nana Kwamina Kweigya Ankomah toi le chef Edina Elmina Cape Coast tes sandales ton épaule droite découverte tu es né ce jour-là les brumes du Royaume ordonnance indigènes loi administration coloniale jaunies photos jaunies sépia grises floues des visages gestes arrêtés un mariage Tawiah les parents qui sont les parents des parents des parents qui est Obaapannyin qui est Opanyin qui est Dansoa qui est Ansaba qui est Augustus qui est Ebusua loin dans les brumes les pas sans trace un parfum persistant le pain les raisins le grand four la cours le départ le marché Treichville le pain Abidjan les tissus importés le retour les vieux jours les yeux abîmés le dos courbé mains épaisses et le cou droit droit toujours c’est le sang
bouche ouverte boire déposé sur la langue le grand cycle de l’eau et du monde goutte-à-goutte petit à petit doucement Fante les racines terres de la côte contre terres intérieures Oguaa les racines Oburumankuma va Odapagyan va Osun va les racines Or Ivoire les racines guerre les racines capture esclaves départ esclaves contre l’océan Koromantyns leurs noms leur réputation les racines vendues enchères au plus offrant la vigueur au plus offrant la sève au plus offrant le nectar corps vendus luisant dans les brumes atlantiques
( « les corps beaux imparfaits » )
les noms dans leur mystère
les noms pourvoyeurs de langues « Nana Kwamina Kweigya Ankomah » : qui est qui est qui est
les noms qui font naitre les images
Le conte, ses boucles et ses répétitions. De belles pistes.
Oui, tout comme Nathalie et Olivia… et la musique du texte.
Merci pour ce voyage coup de poing.
(j’ai connu Treichville… j’ai écrit un petit texte sur Abidjan : « or, ébène, ivoire, poussière majestueuse »).