Le messager
Le samedi, le jour du mariage, j’ai conduit les enfants jusqu’au palais. Ils disaient qu’ils ne voulaient pas participer à la fête, qu’ils ne voulaient pas voir la nouvelle femme de leur père. Ils disaient qu’ils refusaient de lui porter les cadeaux préparés par leur mère. Alors je leur ai dit que grâce à elle ils deviendraient rois, que grâce à elle ils auraient toutes les richesses de la terre. Mais ils n’avaient rien à faire des richesses de la terre ; ils ont dit, comme leur mère, qu’eux pouvaient regarder le soleil en face, c’était ça qui importait. Je n’ai plus rien dit. On a monté en silence les marches du palais ; leur père les attendait. Je ne sais pas ce qu’il leur a dit ; je me suis tenu à l’écart. Les enfants pleuraient, Jason s’agitait, il a montré les cadeaux puis indiqué le chemin. Je les ai suivis de loin. Quand on est entré dans la chambre de Créüse, son père sortait les sourcils froncés, je l’ai entendu grommeler qu’une femme n’avait pas à refuser le mari qu’on lui proposait. Créüse reniflait, elle n’a pas souri en voyant Jason, mais elle a accepté les cadeaux de la main de ses fils, assez excitée d’un seul coup à l’idée des biens nouveaux, comme le sont toutes les filles de rois, les filles dociles éblouies par les éclats de l’or. Elle a crié de joie en dépliant le voile de soie léger orné d’un bandeau d’or tressé et s’est immédiatement enroulée dedans en dansant sur ses pieds nus. Mais, en un instant, les joyaux du soleil deviennent un feu dévorant le voile puis les chairs blanches de l’infortunée. Impossible de fuir ; tout son corps n’est qu’une torche ardente, et le sang qui coule au sol est mêlé de flammes, les os fondent comme de la résine. Au premier cri, Créon est accouru, voulant éteindre le feu avec de l’eau qui se transformait en brasier. Jason, sidéré, maudissait la magicienne. Créon enlaçait le corps de sa fille en sanglotant : « Misérable vieillard tu as trop vécu pour voir mourir ton enfant ». En voulant se relever, il a trébuché à nouveau, pris au piège comme un lierre aux rameaux du laurier. J’ai attrapé les enfants chacun par la main, connaissant déjà la fin de ce jour funeste. On est parti en courant pendant que Jason appelait des secours. À peine sortis du palais, on a vu l’incendie gagner toute l’aile. Je pense que les fumées étaient visibles jusqu’au cap Malée. Je me souviens du glas qui a sonné après, à la place des chants de noces.
c’est beau ! tu tiens quelque chose olivia…